Pour un sentier du littoral d’Anticosti

«?Le sentier côtier d’Anticosti que j’imagine ceinturerait de très près les 530 kilomètres de rive de cette île afin que le marcheur puisse y contempler les flots puissants du golfe et la vie marine observable de la côte», écrit André Clouâtre.
Photo: Productions Rapide-Blanc «?Le sentier côtier d’Anticosti que j’imagine ceinturerait de très près les 530 kilomètres de rive de cette île afin que le marcheur puisse y contempler les flots puissants du golfe et la vie marine observable de la côte», écrit André Clouâtre.

Comme des milliers de Québécois, j’aime les longues randonnées à pied et, cet été, j’ai eu le plaisir de faire une randonnée de neuf jours et de 150 km dans le comté de Cornwall en Angleterre, sur le South West Coast Path. C’est un sentier séculaire de 1000 km qui longe la mer Celtique et l’océan Atlantique.

Depuis cette randonnée, je pense au Québec et au Saint-Laurent, en me demandant où un long sentier de littoral avec pareils services pourrait être implanté. Il me semble irréaliste de faire un long sentier sur les côtes nord ou sud du fleuve étant donné leur grand degré de privatisation. En revanche, j’entrevois qu’il serait réalisable sur l’île d’Anticosti, propriété du gouvernement du Québec, bien que son littoral soit déjà convoité par des clubs privés.

Le sentier côtier d’Anticosti que j’imagine ceinturerait de très près les 530 kilomètres de rive de cette île afin que le marcheur puisse y contempler les flots puissants du golfe et la vie marine observable de la côte. Il pourrait faire le tour de l’île en une trentaine de jours, divisée en plusieurs séjours sur l’île. Ce sentier pourrait être parcouru en autonomie ou en faisant appel à une agence pour la planification et les réservations de gîtes, comme c’est courant de le faire pour les longs sentiers. Il y aurait donc des sites d’approvisionnement et d’hébergement répartis sur le tour, opérés par des particuliers ou de petites entreprises locales.

L’approvisionnement des sites serait fait par terre ou par mer. Ces routes serviraient aussi au transport d’urgence. Pour le transport des randonneurs vers l’île d’Anticosti, une navette maritime partant de la côte gaspésienne compléterait le service déjà offert de la côte nord.

Infrastructure peu coûteuse

Un sentier pédestre est une infrastructure légère et très peu coûteuse à comparer à celles requises pour l’exploitation des ressources du sous-sol. Dans un cas les retombées économiques sont assurées, croissantes et perpétuelles; dans l’autre cas, elles sont incertaines et de durée limitée.

Le sentier du littoral d’Anticosti, une île de la taille de la Corse, une île de l’estuaire du Saint-Laurent dont la forme est si distinctive, deviendrait une destination de premier choix pour les randonneurs québécois et internationaux, car il serait le sentier de littoral le plus long, et de loin, en Amérique.

On peut imaginer l’activité économique concomitante et la réputation que le Québec se ferait en rendant grandement accessible un lieu exceptionnel de nature sauvage.

Un patrimoine transgénérationnel

Présentement, les territoires de nature sauvage du Québec, comme l’île d’Anticosti et ceux protégés par le Plan Nord, apparaissent à la population comme des entités cartographiées, abstraites et pratiquement inaccessibles. Depuis l’ère Duplessis, ils ne sont utilisables, en excluant du décompte les populations locales et les aventuriers, que par les chasseurs et les pêcheurs qui peuvent assumer le transport aérien vers ces territoires et les autres frais élevés de pratique de ces activités.

Il y a d’autres modes de jouissance de la nature. Simplement être présent et marcher dans un espace naturel aussi spectaculaire que le littoral du golfe Saint-Laurent correspond à une aspiration humaine fondamentale. Rendre possible cette activité par des infrastructures adéquates a une valeur économique qui ne cessera de croître dans les décennies et les siècles à venir. Il y a là, selon moi, un patrimoine transgénérationnel des plus précieux.

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8 commentaires
  • François Crépeau - Abonné 23 août 2016 07 h 48

    Projet inspirant!

    J'aimerais tant qu'un tel projet soit réalisable, et réalisé. Je suis convaincu qu'il obtiendrait au fil du temps une renommée internationale. Un site propice à la contemplation, en cette époque d'excès de stimulations.

  • José Pouliot - Abonnée 23 août 2016 07 h 56

    Le promeneur

    Bravo pour cette proposition qui permettrait aux randonneurs d'ici et d'ailleurs de s'approprier ce territoire exceptionnel. Sans polution, sans fracture des paysages et des populations humaines, animales et végétales, une telle exploitation assurerait une activité économique certes pour les habitants, mais une accessibilité à une ile de grande beauté aux gens moins fortunés. C'est aussi ça habiter le territoire.

  • Bernard Morin - Abonné 23 août 2016 08 h 43

    Qulle belle idée! Merci de nous la faire partager.

  • Carol Vachon - Abonné 23 août 2016 10 h 46

    Des souvenirs inoubliables

    J'ai fait diverses excursions à vélo sur Anticosti. La plus inspirante et magnifique a été la côte sud de l'île entre Port-Menier et l'embouchure de la rivière Jupiter. La mer à sa droite avec tout ce qu'elle inspire, plusieurs rivières et ruisseaux sur sa gauche, sur cette île encore peu marquée par l'homme. Car il n'y a pas toujours de chemin, souvent un sentier de VTT, ou de marcheur, sinon seulement la grève, qui peut être utilisée si on passe sur la partie mouillée avec des pneux assez larges.
    Avec ça, des chevreuils qui s'élancent à ta rencontre, l'aigle à tête blanche, le pygargue, qui vole en cercle, les renards...
    Il y a aussi des chemins de bord de mer ailleurs sur l'île. J'y étais encore ce juillet.

    Carol Vachon, Québec

  • Jana Havrankova - Abonnée 23 août 2016 10 h 52

    La vraie richesse!

    J'ai séjourné à Anticosti il y a deux ans. En effet, il s'agit d'un joyau largement ignoré et victime d'un cercle vicieux. Comme l'île est éloignée des grands centres, peu de gens y vont. Comme il y a peu de touristes, les infrastructures de transport et de séjour sont peu développées. Par conséquent, peu de gens y vont.

    Est-ce que ce sont les hydrocarbures ou des espaces de nature peu altérés qui vont manquer à l'humain d'ici peu? Poser la question, c'est y répondre, comme on dit!