Apprendre à vivre ensemble: avons-nous échoué?

«Si l’apprentissage du vivre-ensemble est une priorité, il est grand temps d’y voir afin d’être certains que nous n’échouerons pas à cette tâche éducative essentielle», dit Nancy Bouchard.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «Si l’apprentissage du vivre-ensemble est une priorité, il est grand temps d’y voir afin d’être certains que nous n’échouerons pas à cette tâche éducative essentielle», dit Nancy Bouchard.

Dans sa lettre Bon été, chers professeurs (Le Devoir, 4 juillet 2016), le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx affirme qu’il y va de la vocation de l’enseignant de faire en sorte que nos enfants deviennent des adultes qui auront découvert l’importance des liens sociaux et du respect d’autrui dans notre société. On ne peut que se réjouir de cette vision de l’éducation du nouveau ministre car il y va de l’avenir de notre société.

Mais qu’en est-il dans les faits ?

Depuis sept ans, une période à l’horaire de l’élève est spécifiquement dédiée au développement de rapports sociaux harmonieux avec le cours d’Éthique et culture religieuse : sa visée ultime étant d’apprendre à vivre ensemble dans la diversité. Implanté simultanément à tous les niveaux du primaire et du secondaire en 2008, il y a fort à parier que ce projet de formation au vivre-ensemble requiert des ajustements.

L’enseignement de ce programme contribue-t-il à l’apprentissage du vivre-ensemble, à la reconnaissance de ce Bien commun que représente la dignité humaine — de ce qui fait que l’on est à même de refuser l’intolérance comme l’intolérable ? Qu’en est-il de l’enseignement de ce programme ?

Le dialogue en culture religieuse se pratique difficilement

Un bilan s’impose ! Par exemple, au sujet du dialogue en culture religieuse, celui-ci se pratique difficilement et il est généralement absent des préparations de cours (situations d’apprentissage). À propos de l’enseignement dédié à ce cours, une enquête de l’Association québécoise en éthique et culture religieuse corrobore les échos que nous avons du milieu scolaire : près de la moitié des écoles (100/211) réduisent sensiblement le temps d’enseignement recommandé par le ministère. À Montréal, ce taux grimpe aux deux tiers. Il semble aussi que des écoles placent officiellement ce cours à l’horaire mais, dans les faits, lui substituent un autre cours. Quant au personnel qui donne ce cours au secondaire, tout porte à croire qu’il s’agit surtout d’enseignants d’autres disciplines, non formés en éthique et culture religieuse.

Si l’apprentissage du vivre-ensemble est une priorité, il est grand temps d’y voir afin d’être certains que nous n’échouerons pas à cette tâche éducative essentielle. Il importe de nous assurer que nous prenons cette responsabilité d’éduquer au vivre-ensemble suffisamment au sérieux. Les événements de l’actualité ne cessent de nous le rappeler : il reste beaucoup à faire pour vivre ensemble en paix et, éventuellement, dans l’amitié.

Apprendre à vivre ensemble est une nécessité. L’UNESCO en a fait le chantier prioritaire de l’éducation depuis de nombreuses années, la ligne générale étant d’éradiquer les causes profondes qui sont aux sources du terrorisme, parmi lesquels figurent la pauvreté, l’ignorance, le préjugé, la discrimination. Omettre ce pilier de l’éducation pourrait avoir comme conséquence l’annihilation de tous les autres efforts en faveur de l’éducation car il s’agit là de la clé de voûte de l’éducation pour le XXIe siècle.

L’école ne peut pas tout à elle seule, l’éducation des enfants est une responsabilité partagée, mais il n’en demeure pas moins que, pour apprendre à vivre avec les autres, à vivre en société, l’école doit jouer un rôle majeur.

27 commentaires
  • Diane Guilbault - Abonnée 17 août 2016 03 h 01

    La diversité n'est pas que religieuse

    Pourquoi les religions devraient-elles être davantage enseignées que la musique, les langues étrangères, la littérature internationale, la mode pour favoriser le vivre-ensemble? La diversité ne serait que religieuse alors qu’on sait que de plus en plus de gens se disent sans religion? Cette équation religions=diversité est un malheureux produit de la commission Bouchard Taylor qui a associé du début à la fin religion et immigration. Ne serait-il pas temps d’être plus respectueux des immigrants en cessant de les réduire à leur appartenance religieuse? Le cours ECR ne sert qu’à perpétuer des clichés. Il est temps de passer à autre chose.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 17 août 2016 12 h 09

      Parfaitement d'accord avec votre commentaire Mme Guilbault!

    • Jacques de Guise - Abonné 17 août 2016 12 h 14

      J'abonde totalement à vos propos...il est temps de passer à autre chose et ça presse. L'école est bloquée par le corporatisme des savoirs : un ti-peu d'ECR, un ti-peu de philo, un ti-peu de français, etc. etc.....complètement décroché de la vie. Il faut partir de l'expérience scolaire. Qu'est-ce que l'école fait vivre à ces élèves???? Et leur permettre de se construire à partir de là!!! C'est leur identité qu'ils doivent construire, ce n'est pas d'apprendre ce que Madame ou Monsieur chose pense qu'ils doivent apprendre!!!!!!!!!! C'est l'expérience d'abord et non le savoir, or toute l'école est fondée sur la diffusion du savoir en négligeant trop l'expérience vécue!!!!!

    • Marc Lacroix - Abonné 17 août 2016 19 h 54

      Je me trompe peut-être, Mme Guilbault, mais la diversité qui pose problème est justement due..., à la religion et à la culture liée à la religion. Il se trouve que pour les gens religieux en dehors du christianisme, la religion joue un rôle majeur dans la vie et ne peut être mise de côté comme pour les "de souche". Curieusement, il me semble que c'est là que l'acceptation de la diversité ne passe pas et pas ailleurs. Les gens qui refusent de s'intégrer à notre société le font par conviction religieuse.

      Votre point de vue me parait très lié à la rectitude politique qui prétend que tout le monde il est beau et il est gentil. Vous pourriez nous expliquer à quoi vous voulez faire référence, parce que là je ne vous suis pas! Ce n'est pas la musique qui fait une différence, les langues, le comportement sexuel ? De quoi parlez-vous concrètement ?

    • Johanne St-Amour - Abonnée 17 août 2016 20 h 27

      L'école est confessionnelle, M. Lacroix, depuis quelques années. Si elle veut éduquer au vivre-ensemble, je comprends mal qu'on passe principalement par le cours Éthique et culture religieuse. Un cours, par ailleurs, extrêmement contesté, entre autres, parce qu'il donne une image très stétéotypée des rapports entre les femmes et les hommes.

      Voici ce qu'en dit Nadia El Mabrouk, professeur à l'Université de Montréal, membre de l’Association Québécoise des Nord Africains pour la Laïcité:

      «Il en ressort une contradiction flagrante entre le volet «éthique», qui valorise l'égalité entre les hommes et les femmes et les facteurs d'émancipation de la femme, et le volet «culture religieuse», où c'est plutôt une vision fondamentaliste et traditionaliste du statut et des rôles des femmes qui est mise de l'avant.

      Les images, qui sont le support principal de l'information transmise aux jeunes enfants, sont parlantes. Les femmes sont nettement moins représentées que les hommes, et ce, pour toutes les religions. Alors que ce sont surtout les hommes qui officient aux cérémonies religieuses et qui manipulent les livres sacrés, ce sont les femmes qui font la cuisine et qui portent les enfants. Alors que la réalité du Québec est toute autre, le mariage est présenté comme la norme sociale. »

      Un collectif, sous la direction de Daniel Baril et Normand Baillargeon, vient également de publier cette critique : «La face cachée du cours Éthique et culture religieuse».

      Mais ce que dit Diane Guilbault, c'est qu'apprendre à vivre ensemble ne passe pas que par la religion -d'autant plus que dans ce cours on ne parle aucunement des athées ou des agnostiques ou encore des non pratiquants. On peut apprendre à connaître des personnes d'autres cultures par la musique, la littérature, le théâtre, les langues étrangères et même la mode et la cuisine! Pourquoi pas?

    • Marc Lacroix - Abonné 18 août 2016 06 h 46

      À Madame St-Amour,

      Je vous remercie d'avoir pris le temps d'expliquer un peu ce point de vue, mais il m'apparaît encore bien déconnecté de la réalité. Vous le mentionnez vous-même dans votre commentaire, la culture religieuse traditionnelle n'offre qu'une mince place aux femmes, mais en même temps — c'est cette culture qui divise —, car ceux qui arrivent ici formés par cette culture se sépareront du reste de la population (ghettoïsation).

      Vous pouvez vouloir utiliser d'autres moyens pour favoriser le vivre ensemble, mais pour envisager le vivre ensemble, il faut être deux à la vouloir... Si ceux et surtout celles — qui ont des idées religieuses traditionnelles s'isolent —, s'en est fait du vivre ensemble.

      Que dans le cours ÉCR on parle peu des athées, des agnostiques et des non pratiquants, c'est peut-être un élément à corriger, car nous savons que ces gens composent la majeure partie de la population, mais encore là j'insiste, "les religieux" s'opposeront farouchement à ce que des cours fassent la promotion de la mise de côté de leur culture religieuse; regardez ce qui se passe avec les hassidims présentement ( http://www.ledevoir.com/societe/education/477736/e )

      L'apprentissage du vivre ensemble demande plus que de pieuses intentions, et entre vous et moi, pensez-vous que le PLQ va prendre des mesures sérieuses à ce sujet? En peu de mots, le vivre ensemble — doit passer — par le religieux.

      Par ailleurs, j'aimerais souligner un aspect que les militants athées, agnostiques..., oublient presque toujours, c'est le fait que l'humanisme dérive directement de la pensée de l'Europe chrétienne de la fin du Moyen-Âge, même les Églises chrétiennes traditionnelles peinent à accepter l'idée, car elles remettent en cause leurs positions rigides.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Humanisme

      Le rejet en bloc du religieux, c'est jeter le bébé avec l'eau du bain!

    • Johanne St-Amour - Abonnée 18 août 2016 08 h 45

      Qui vous dit qu'on rejette la religion? La religion a sa place dans notre société, mais pas nécessairement à l'école, comme on l'a vu avec la déconfessionalisation. A tout le moins, on pourrait intégrer un cours sur les religions dans un cours d'histoire. Mais un cours révisé!

      Maistout le monde n'est pas un adepte d'une religion, même que de plus en plus de gens n'en ont que faire de la religion. Parfois, ils vivent une spiritualité détachée des dogmes et des rites.

      Et le vivre-ensemble ne passe absolument pas par la religion!

    • Marc Lacroix - Abonné 18 août 2016 10 h 27

      À Madame St-Amour,

      Qui parle de rester attaché aux dogmes et aux rites, sûrement pas moi, mais pour juger de la valeur des traditions, encore faut-il les connaître un peu! Plusieurs textes du christianisme ancien sont des approches psychologiques des problèmes humains, mais qui le sait? Ceux qui ne conçoivent les religions que — comme des rites ou des dogmes ne savent pas de quoi ils parlent —, et ils ne voient la religion que comme était — notre catholicisme des années 1950 au Québec —, comme si les religions n'étaient que ça.

      Concrètement, comment montrer le vivre ensemble aux hassidims et aux musulmans rigoristes et autres traditionalistes? Une approche dans les nuages est d'autant plus décalée de la réalité que ces gens se servent de l'école à la maison pour s'isoler avec leur seule communauté. Parler de musique, de littérature, ou que sais-je auprès de personnes déjà "converties" ne mène à rien, vous ne touchez pas les gens qui s'isolent dans le communautarisme. Il est évident que les gens areligieux ne s'intéressent pas de prime abord aux religions, mais le vivre ensemble devrait les inviter — à connaître au minimum — la nature de ce qu'ils rejettent d'emblée! De la même façon, d'obliger les "religieux" à respecter un programme scolaire de base fait partie de la solution.

      Et je vous inviterais à justifier votre affirmation : "Et le vivre ensemble ne passe absolument pas par la religion!"

      Répéter que de nombreuses personnes ne s'occupent pas de religions ne justifie rien.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 18 août 2016 11 h 41

      Vous avez raison, la résistance semble davantage venir de religieux qui pratiquent de façon intégriste. Et malheureusement, le gouvernement a énormément de difficulté à sortir ces gens de leur communautarisme et même à faire respecter les lois sur l'éducation. Vous vous souvenez de ce couple de juifs hassidiques qui poursuit le gouvernement pour manquement à leur éducation?

      Je vois que vous persistez à vouloir imposer la compréhension des religions (ce qui se fait à l'école, et de façon très sexiste malheureusement, donnant des femmes et des hommes des images très stéréotypées). C'est votre point de vue.

  • Denis Paquette - Abonné 17 août 2016 03 h 29

    notre ami nous avait quand même mis en garde

    peut etre que l'intergénérationnelle est en train de s'effrondrer,donnez vous la peine de regarder et de voir évoluer vos enfants, même adulte vous n'en avez peut etre pas la célérité, soyons clair le cerveau et surtout l'affectif n'est pas quelque chose de fixé, a jamais,l'affectif n'y arrive que sommairement, etre passé du cheval a la cyber espace en quelques années c'est tout a fait fabuleux, c'est vraiment le cheval dans la locomotive,ref: Arthur Koestler

  • Yves Côté - Abonné 17 août 2016 04 h 34

    Comment donc s'appellent…?

    Comment donc s'appellent les politiciens tout-croches qui une fois arrivés aux manettes du pouvoir, font le contraire de ce qu'ils disent la main sur le coeur aux Ti-Gars et Tites-Filles ?
    Ah oui !, Je Me Souviens : les langues fourchues...
    Quelle belle image pour un ministre et des ministres, un gouvernement en somme, qui trafiquent avec leur parole comme jamais aucun n'a osé le faire avant, au Québec.
    N'est-ce pas ?

    Ah mais le bonheur de l'un, le lendemains des élections, n'est-t-il pas de voir l'autre, mon fiston, se casser le cou ? Ouh-ouh...

    Tourlou ! (ouh-ouh aussi peut-être un peu...?)

  • Eric Lessard - Abonné 17 août 2016 07 h 18

    Mes expériences

    Si je me fie à mes expériences, ce n'est pas l'intolérance sur une base raciale ou religieuse qui pose le plus de problèmes au Québec, mais plutôt d'autres groupes spécifiques comme la communauté LGBT, les gros, les syndromes d'Asperger, etc.

    On dit que 80% des jeunes gays et 90% des jeunes Asperger ont subit de l'intimidation. Etant donné que je suis à la fois gay et Asperger, je peux vous dire qu'il est difficile de s'intégrer dans bien des endroits.

    Parfois, l'homophobie est telle qu'elle relève de la maladie mentale. J'ai déjà vu un adulte de 18 ans, 6 pieds et 200 livres, courir dans les couloirs d'un collège, les bras en l'air, enragé et hurlant "maudite pédale" et personne n'a pu changer ces comportements homophobes répétitifs.

    On doit apprendre aux élèves à être tolérants et à vivre ensemble, mais je doute que l'accent mis sur la religion cible les vrais problèmes qui sont d'un autre ordre.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 17 août 2016 08 h 10

      Ce n'est pas avec le défilé gai qu'on apprendra à vivre ensemble. Ce que l'on voit lors de ce défilé, c'est du travesti, des scènes indignes d'un homosexuel. On fait plus de tort aux homos que de bien. Les homos sérieux déplorent ce défilé et n'y participent pas. Il serait temps de faire une vraie évaluation et de mettre fin à cette folie qui a assez duré.

  • Marc Lacroix - Abonné 17 août 2016 07 h 34

    Vivre ensemble, une utopie ?

    En effet, l'école ne peut pas tout à elle seule. Le cours ECR souffre peut-être du même préjugé que la philosophie; un cours de pelletage de nuage!

    L'école elle-même n'est pas étrangère à l’implantation d'un tel préjugé. Il y a plusieurs années, alors que les Québécois de souche étaient tous catholiques, la pensée libre n'était qu'une plaie, un piège tendu par Satan pour faire tomber les âmes. Vatican II est arrivé, la révolution tranquille aussi, l'Église a perdu sa mainmise sur le peuple en même temps que sa crédibilité comme pasteur. Avec les CÉGEPS, la philosophie a, en apparence, pris du galon, mais quelle philo? Une philo ouverte à n'importe quoi: Socrate, Platon et n'importe quoi. La pensée, la rigueur rarement, mais plutôt l'attrait de la nouveauté. La philo était un cours obligatoire, mais "bébelle". Car n'oublions pas que c'était aussi l'époque ou nous croyions que la science libèrerait l'humanité de ses fardeaux...

    Au primaire et au secondaire, les cours de sciences religieuses et de morales sont devenus, un mal nécessaire, comme la philo. Aujourd'hui, nous constatons que le scientisme de l'époque, se baignait dans l'illusion: les travailleurs sont de simples outils interchangeables, les consommateurs, des vaches à lait pour le milieu des affaires et nos gouvernements qui se vautrent dans le carriérisme. Les gens n'ont plus de raison de vivre, autre que pour nourrir leur ego, par la consommation ou l'attrait d'une vague possibilité de devenir — quelqu'un... Comme individu, nous pataugeons dans la dépression, notre mode de vie détruit la planète, et notre philosophie se limite à la rectitude politique. Pour ceux qui accordent encore une valeur à la religion, particulièrement les gens d'autres traditions que le christianisme, sont encore encroutés dans une certitude moyenâgeuse...

    Entre vous et moi, Madame Bouchard, pouvons-nous être surpris de l'échec du vivre ensemble?