Les comités de «pères Ovide»

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand
Photo: François Pesant Le Devoir Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand

Lorsque le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles Pierre Arcand a déposé le projet de loi 106 en juin dernier, il savait que son projet passerait sous le radar médiatique en ce début des vacances. Était-ce pour favoriser discrètement l’industrie des hydrocarbures tout en évitant la controverse ?

Certes, ce projet de loi présente quelques points intéressants au chapitre de la transition énergétique, mais le projet de Loi sur les hydrocarbures qu’il contient aussi reprend l’essentiel des dispositions inacceptables de l’antique Loi sur les mines, dont la première version date de 1880.

Depuis quelques années, l’industrie des hydrocarbures et le gouvernement martèlent que les projets industriels doivent bénéficier de l’acceptabilité sociale. Pourtant, la liste officielle des intervenants à la commission parlementaire sur le projet de loi 106 fait état de seulement trente intervenants. Cette liste révèle que seulement six d’entre eux pourraient potentiellement poser un regard critique au sujet des dispositions de la future loi. Les autres sont des intervenants connus pour avoir une approche très favorable à l’industrie. Comment jouer la carte de l’acceptabilité sociale sans aucun groupe de citoyens ni aucun groupe des Premières Nations ?

L’acceptabilité sociale sera majoritairement définie par des intervenants qui ont un préjugé favorable à l’exploitation des énergies fossiles. Certes, pour la forme, la commission acceptera des mémoires de groupes ; sinon, la manipulation de l’opinion publique serait beaucoup trop flagrante.

Comités bidon

Le projet de loi 106 prévoit qu’il y aura des comités de suivi pour faire semblant d’avoir la participation de la communauté. À l’article 25, on peut lire que « le titulaire d’une licence d’exploration constitue un comité de suivi pour favoriser l’implication de la communauté locale sur l’ensemble du projet d’exploration » et, plus loin, que « les membres du comité sont choisis selon le processus déterminé par le titulaire de la licence. Il détermine également le nombre de membres qui composent le comité ».

Rappel littéraire

Un comité de suivi dont les membres sont nommés par le promoteur… Le promoteur va-t-il nommer une personne qui connaît le dossier, comme moi ? Va-t-il nommer une personne qui l’a défié en signant une des 66 000 lettres « Vous n’entrerez pas chez nous » ? Ou préférera-t-il nommer de gentils messieurs et de gentilles madames qui ne feront pas de vagues ? Et comme ceux-ci ont une connaissance très limitée du dossier, ils ne sauront même pas quelles questions poser.

Des comités de suivi bidon comme ceux-là, ça nous rappelle Les belles histoires des pays d’en haut. Dans notre imaginaire collectif, on se souvient du roman de Claude-Henri Grignon et d’une longue télésérie avec l’acteur Jean-Pierre Masson, sans oublier un film avec Pierre Lebeau, puis les plus jeunes ont vu une série plus olé olé l’an passé avec Vincent Leclerc dans le rôle-titre.

Pour assurer son pouvoir économique et politique sur sa paroisse, Séraphin Poudrier utilisait des prête-noms, comme celui de père Ovide. Un « père Ovide », c’est une mitaine, un béni-oui-oui qui fait ce que son patron lui dicte de faire à la table du conseil municipal. Même s’il est « collé hier, collé aujourd’hui, collé demain », le père Ovide est une marionnette qui n’a aucun pouvoir ; sa colonne vertébrale en Jell-O officialise la mainmise de son patron sur le système politique.

Les comités de suivi sont censés « favoriser l’implication de la communauté locale » dans le cadre de l’acceptabilité sociale. En théorie, c’est vrai, mais si le projet de loi 106 conserve l’idée que ces comités seront choisis par le « titulaire d’une licence d’exploitation », ces comités seront une parodie grossière de l’acceptabilité sociale. Si le projet de loi n’est pas amendé, ces comités-bidons seront la preuve que M. Couillard et M. Arcand sont les « pères Ovide » des pétrolières !

8 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 17 août 2016 04 h 22

    Mais "Cré tac !"...

    Mais "Cré tac !", vous avez raison en tout, Monsieur Montpetit.
    "Collé hier, collé aujourd'hui, pis collé demain.", qu'il disait aussi le Père Ovide...
    Ce qui me semble ici parfaitement illustrer la justesse de vos propos au sujet de ce qui lie concrètement ce pseudo-comité formé de l'industrie du pétrole, de notre bon gouvernement à Québec (élu par moins du tiers des électeurs) et le très à la mode gouvernement du Canada (qui lui, n'a eu qu'une part à peine plus élévée de votes du Québec, soit 39%).
    "Non, ça veut dire non !", ajouta donc à cela Alexis Lebélugas en s'éloignant du rivage...

    Tourlou !

  • Claude Bariteau - Abonné 17 août 2016 08 h 05

    Excellente critique

    Le ministre, avec sa loi 106, choisit les 30 intervenants à la commission parlementaire, dont les 6 (20 %) pourraient poser un regard critique. Sa loi contient des propositions, l'une d'elles étant que le titulaire d'une licence d'exploration puisse constituer un comité de suivi pour favoriser « l'implication de la communauté locale sur l'ensemble du projet d'exploration ».

    En quelque sorte, sa loi donne au titulaire le pouvoir de sélectionner les intervenants comme le ministre se l'est donné. Il ne s'agit donc pas d'une commission ni d'un comité cherchant à connaitre le point de vue de la population, mais bel et bien d'organismes visant à promouvoir les objectifs du ministre et des titulaires.

    La même journée, Alexandre Shields explique qu'il y a 12 firmes titulaires des titres d'exploration sur 16,000 kilomètres carrés de permis. Mis à part ceux dans le golfe octroyés en 1996, les autres l’ont été en majorité entre 2006 et 2010 alors que le PLQ était au pouvoir.

    Cela étant, il devient quasi transparent que le ministre Arcand du PLQ, avec cette loi, a pour objectif de favoriser l’exploitation après que, sous ce parti, il y eut multiplication de permis d’exploration. Et pour atteindre cet objectif, il cherche, avec cette loi, à donner l’impression qu’il y a participation de la communauté locale alors que cette participation est celle des associés des promoteurs.

    Pas fort. Surtout, totalement inacceptable. La démocratie participative n’est pas l’affaire des promoteurs de projet, mais des résidants, qui vivent dans des organismes existants, en majorité des villes et des réserves, qui ne sont pas des communautés locales mais des institutions légales auxquelles il revient d’assurer un suivi en créant les comités.

    Par ailleurs, il ne revient pas au ministre de choisir les intervenants, mais bien aux élus de l’Assemblée nationale selon des modalités qui permettent une présentation éclairée des points de vue.

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 17 août 2016 10 h 15

    Toujours pareil à lui-même

    Ce gouvernement Couillard se donne bien du mal pour entourlouper les Québécois (encore une fois) en vue de servir ses seuls maîtres, en l'occurrence l'industrie des hydrocarbures. Il est vrai que si le gouvernement Couillard ne faisait pas l'hypocrite tel que décrit dans la chronique de M. Montpetit, ce serait bien plus difficile de rouler la population du Québec et du même coup mal servir ses maîtres corporatifs. Au moins ce gourvernement Couillard pourrait-il nous indiquer une fois pour toutes quels sont les avantages pour lui de rouler les Québécois au profit de grosses compagies avides de profits. Ce serait peut-être moins indécent que de toujours nous prendre pour des cruches.

  • Denis Paquette - Abonné 17 août 2016 11 h 02

    les élites véreuses, aux travaux forcés, pour leur apprendre la vie

    la plupart des gens du temps étaient analphabetes, aujourd'hui ce sont des gents instruits, je les mettrais aux travaux forcés pour leur apprendre a respecter certaines choses, ne dit on pas que quand on n'a jamais eu mal on ignore tout de la vie

  • Pierre Raymond - Abonné 17 août 2016 11 h 44

    La fin justifie les moyens

    J'ai lu le texte sur lequel sera basé le projet de loi 106 et considérant la date à laquelle il fut rendu public, il n'y a pas à s'y tromper ça ne peut venir que du PLQ.

    Moralité, intégrité et amour propre semblent facilement « bargainnable » quand pour satisfaire les intérêts des amis toute fin justifie tous les moyens.

    Le PLQ sévit depuis assez longtemps pour qu'on puisse supposer qu'il n'y a plus beaucoup de Québécois qui ignore qui ils sont et c'est ça que je trouve le plus désolant. Comment se fait-il qu'il y ait encore autant d'électeurs pour porter ce parti de magouilleurs au pouvoir ? Il y a au moins 3 autre partis et bientôt un quatrième vers qui se tourner alors !

    • Guy O'Bomsawin - Abonné 17 août 2016 21 h 40

      Pierre... les anglos et les allos votent majoritairement pour ce parti ultrafédéraliste auquel trop de Québécois s'associent encore. Quelle désolation. Crétinisme, ignorance ou cupidité ?