Libre opinion: Va pour le Suroît, mais n'oubliez pas Belledune!

Quelques jours après que plusieurs milliers de Québécois sont descendus dans les rues de la métropole pour manifester, le premier ministre Jean Charest a annoncé la remise en question du projet tant controversé du Suroît.

J'en suis heureux, sincèrement. J'avais moi-même signé une pétition à ce sujet. Mais je suis en colère aussi. J'en ai même la rage au coeur, comme la plupart de mes amis. En effet, voyez-vous, j'habite la Gaspésie, région très appréciée l'été par les touristes des grands centres mais dont on parle très peu lorsqu'il est question des enjeux menaçant la région.

Rares sont les habitants des grands centres qui le savent mais les habitants de la Gaspésie et du nord du Nouveau-Brunswick mènent une lutte environnementale gigantesque depuis maintenant six mois contre l'implantation d'un incinérateur de sols contaminés par des déchets toxiques comprenant de la créosote et des hydrocarbures dans la ville de Belledune, au Nouveau-Brunswick, sur les abords de la baie des Chaleurs. Ces sols contaminés proviendront principalement de sites industriels et militaires américains.

Les opposants au projet reprochent au promoteur du projet, la compagnie ontarienne Bennett Environmental, les irrégularités dans la procédure démocratique et le manque d'impartialité de son étude d'impacts environnementaux (payée par la compagnie) utilisée pour convaincre le gouvernement provincial d'accepter le projet. Car la ville de Belledune est déjà la septième ville canadienne la plus polluée au chapitre des matières cancérigènes.

Pour manifester leur opposition à ce projet, les Gaspésiens, Acadiens et Micmacs, travaillant ensemble, ont manifesté de manière pacifique à maintes reprises et par milliers, et ce, dans une région très peu peuplée. En appui à ce mouvement d'opposition au projet, une pétition a été signée par plus de 46 000 personnes. Des résolutions d'appui aux opposants ont été adoptées par 52 municipalités et 135 organismes communautaires, sociaux et économiques, dont des groupes de médecins et des chambres de commerce. L'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador s'est même prononcée contre ce projet. En fait, une telle mobilisation générale de la population est jugée sans égale dans l'histoire de la région.

Pourtant, ni les gouvernements provinciaux du Québec et du Nouveau-Brunswick ni le gouvernement fédéral n'ont répondu à l'appel de moratoire que les opposants réclament. Un moratoire, tout simplement. Le temps de faire une étude environnementale et de santé indépendante et de mieux étudier le projet, de façon démocratique.

Le déficit démocratique, pour les habitants des régions comme la Gaspésie, il est là: dans le peu de poids politique que nous avons pour prendre notre avenir en main. Nous sommes éloignés géographiquement, défavorisés économiquement, avec une faible densité de population. Un choix idéal lorsque c'est le temps de sacrifier des vies humaines sur l'autel du pouvoir économique des grandes entreprises.

Je disais donc que je suis très heureux pour les Montréalais qui ont gagné une manche dans leur lutte contre la centrale du Suroît. Continuez votre lutte, et j'en ferai partie. Et je vous tends aussi la main pour que vous fassiez partie de ma lutte. Parce que la Gaspésie, comme bien d'autres régions du Québec, lutte actuellement avec acharnement pour la survie de son environnement et de ses habitants. Et parce qu'ensemble, nos voix seront capables de supplanter toutes celles qui, pour une poignée de dollars, cherchent sans cesse à nous faire taire.

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