Lettres: Pour et avec les Haïtiens

Il se trouve au moins trois idées soumises par Jean-Louis Roy dans Le Devoir du 11 février auxquelles on peut acquiescer spontanément. D'abord, qu'il s'impose d'oser enfin faire quelque chose de décisif pour stopper l'hécatombe récurrente en Haïti; ensuite, que parmi des actions qui s'imposent impérativement, il en est que les Haïtiens ne sauraient probablement jamais parvenir à mettre en oeuvre seuls; enfin, par ailleurs, que ces actions «ne peuvent être accomplies sans eux» non plus.

M. Roy mentionne d'emblée en vertu de quel principe une telle initiative (extérieure) doit être entreprise et menée à bonne fin: l'extrême détresse du peuple haïtien. [...]

Bien sûr, d'aucuns l'ont judicieusement subodoré, une telle approche semble susceptible d'engendrer des dérives vers l'hégémonie d'un seul, de favoriser ou de suggérer des empiétements indus, si bien qu'à ce qui serait censément gagné en «paix mondiale» globale pourrait correspondre une aliénation de précieuses libertés locales, individuelles et intérieures. Sans compter qu'en intervenant, on s'exposerait à voir s'accroître de façon exponentielle ou illimitée des demandes en ce sens envers la communauté internationale.

Il demeure qu'en choisissant de privilégier ce que M. Roy appelle des palabres diplomatiques ou des «appels creux à la réconciliation», ladite communauté internationale se voit acculée à l'ironique paradoxe de juger devoir néanmoins apporter quelque aide humanitaire aux populations qu'elle laisse se faire ainsi spolier d'autres façons. Ceci évoque l'individu qui, au lieu de fermer le robinet, s'emploie à transférer indéfiniment à grands seaux l'eau d'une baignoire qui déborde. Certes, la «solution» en Haïti peut être autre que militaire. Mais plus encore doit-elle être autre que le laisser-faire.