L’esprit olympique, vous dites?

«Ce n’est pas un hasard si les nombreux pays participants dits du Sud remportent collectivement moins de médailles aux JO que les 20 pays les plus développés», rapporte Cathy Wong.
Photo: Dmitri Lovetsky Associated Press «Ce n’est pas un hasard si les nombreux pays participants dits du Sud remportent collectivement moins de médailles aux JO que les 20 pays les plus développés», rapporte Cathy Wong.

Avec l’ouverture des Jeux olympiques de Rio, on célébrera sans cesse les trois valeurs cardinales de l’esprit olympique que le président du CIO, Thomas Bach, rappelait lui-même à Montréal lors de l’inauguration des nouveaux locaux du Comité olympique canadien : « excellence, amitié et respect ». Or, comment ce fameux esprit olympique qui invite au dépassement de soi s’incarne-t-il pendant les JO ?

L’excellence, d’abord. Il semble que la priorité ne soit plus seulement la participation : il faut gagner à tout prix. C’est le culte de la performance avec son lot de corruption, de dopage et d’autres formes de tricherie. Et dans ce qui est devenu une chasse aux médailles au détriment de l’idéal olympique, la détermination et l’effort individuels sont loin d’expliquer à eux seuls les performances olympiques. Il y a aussi une inégalité des chances dans l’accès à l’excellence. Le produit intérieur brut et le type de régime politique d’un pays sont de meilleurs « prédicteurs » de médailles pour les Jeux d’été, ont montré plusieurs études.

Le Centre interuniversitaire québécois de recherches en analyse des organisations estimait récemment qu’un investissement public situé entre 72 et 93,5 millions de dollars pouvait accroître d’une médaille le positionnement d’un pays sur la scène sportive internationale. Investir 93,5 millions, acheter une médaille. Encore 93,5 millions, une autre médaille.

En somme, ce n’est pas un hasard si les nombreux pays participants dits du Sud remportent collectivement moins de médailles aux JO que les 20 pays les plus développés. La capacité et la volonté d’un pays à investir dans l’entraînement de ses athlètes et ses infrastructures sportives jouent un rôle essentiel dans les résultats. L’UNESCO indiquait que 47 % des écoles primaires dans le monde n’ont toujours pas accès à des professeurs d’éducation physique bien formés ; alors imaginons, dans ces pays, le sous-investissement chronique dans leurs infrastructures sportives de haut niveau. Au total, la valeur olympique de « l’excellence » se trouve-t-elle désormais assujettie aux logiques de rendement et d’inégalités ?

Plus rien de ludique

Et qu’en est-il des valeurs de « l’amitié » et du « respect » ? On peut lire dans la Charte olympique que les « Jeux olympiques sont des compétitions entre athlètes […] et non entre pays ». Pourtant, Équipe Canada, par exemple, affirme sur son site Internet qu’elle est « prête à concourir contre le monde » aux JO de Rio. Force est de constater que la compétition est aussi vive entre nations qu’entre athlètes, le chauvinisme ayant pris le dessus sur la valeur d’« amitié » et sur la recherche d’un « monde meilleur ».

Les JO constituent une occasion en or pour flatter le narcissisme des nations et elles ne s’en privent pas. À sa clôture, l’attention de la planète bifurque vers la comptabilisation des médailles et le classement hiérarchique des États. Combien de médailles a remportées notre pays ? Telle est la question. Dans ce contexte, les « Jeux » n’ont plus rien de ludique aujourd’hui. Ils sont aux prises avec leurs propres contradictions, entre la vénération de l’esprit olympique par son institution et les athlètes d’un côté, et de l’autre la maladive chasse aux médailles par les nations. Piégés dans un tel système, les athlètes sont-ils condamnés à se détacher des valeurs olympiques s’ils souhaitent accéder au podium ?

C’est peut-être bien en amont des JO que les valeurs olympiques s’incarnent le mieux. Dans les cours d’école, les centres communautaires et les terrains sportifs, c’est là que les attitudes belliqueuses et le culte de la performance sont sévèrement critiqués. Mes enseignants d’éducation physique à l’école primaire me récitaient à chaque partie de ballon chasseur le credo olympique « l’important c’est de participer, pas de gagner ».

La médaille d’or de la cohérence devrait leur être remise, ainsi qu’aux sportifs amateurs et à leurs entraîneurs qui appliquent au jour le jour les nobles valeurs de l’olympisme. Les dirigeants et les athlètes olympiques auraient peut-être intérêt à faire un stage auprès d’eux pour remettre l’esprit sportif au coeur de leurs engagements.

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4 commentaires
  • Benoit Thibault - Abonné 4 août 2016 10 h 32

    L'esprit olympique ...

    Tout à fait d'accord avec vous.
    Le déficit ce manifeste bien avant la tenue des jeux. On le voit avec le "respect" dans les planifications des aménagements pour tenir ces jeux. Au diable la populatio net l'environnement local les bulldozers sont la et le tout sera plus blanc que blanc.

    De si grandes dépenses pour féciliter, médaille, les 20 pays les plus développés...

    Pour les jeux de Rio c'en est mêm gênant!

    Il y a urgence à une réflexion...

  • Pierre Robineault - Abonné 4 août 2016 10 h 41

    Et Vlan!

    Vous avez brillamment tout dit ce qu'il fallait dire! Avec peut-être un tout petit oubli que je ne vous reproche surtout pas. Les Jeux Olympiques en sont ainsi depuis que le professionalisme sportif y a supplanté l'amateurisme! Les JO n'ont plus de raisons d'être, et ils ne s'en relèveront plus jamais, de toute évidence. Mais ne sont-ils pas à l'image de notre société?

  • Francois Cossette - Inscrit 4 août 2016 11 h 41

    Voila !!!

    Les JO sont devenus une histore de $$$$

    La devise olympique : Plus haut, plus loin, plus riche.

    Pour 10 jours de narcissismees, des années de misère pour les populations locales qui en font les frais. Je n'ai pas regardé 1 minute des jeux de pekin, je n'en regarderai pas plus pour ceux de rio.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 4 août 2016 12 h 12

    Esprit olympique ? WOW

    Pour notre jeunesse il faudrait de la formation sur la collusion, corruption et l'utilisation des drogues et médicaments.
    Notre jeunesse est initiée à ces vices dès leur départ dans la vie. À l'école on valorise les grands performeurs. Et pour devenir le meilleur il faut: sniff sniff, pic pic.
    Nous disons à notre jeunesse d'éviter les drogues et nous les envoyons faire du sport corrompu et droguer.

    Au niveau amateur: les Jeux olympiques, le cyclisme, l'haltérophilie sont des sports stéroïdés à l'os.
    Quelle corruption, c'est l'exemple pour notre jeunesse.

    Au niveau professionnel, la drogue: le tennis (Sharapova), le baseball, le football américain, le hockey sur glace (violence), le soccer (football européen), sont des sports stéroïdés et cocainés à différents niveaux, sans compter les fraudes fiscales et l'administrative.
    Ce sont des exemples néfastes pour notre jeunesse.

    Et lorsque tous ces jeunes se retrouvent dans des secteurs professionnels après leur carrière sportive, ils ont besoin de commissions Charbonneau pour départager les fraudeurs.
    Belle société!

    Tout ce qui tourne autour des Jeux olympiques et des fédérations sportives n'est que corruption, collusion, dopage et agressions sexuelles. ( Marcel Aubut, ce n'est que la pointe de l'iceberg)
    Est-ce l'exemple que l'on veut donner à notre jeunesse du monde entier ?

    Avertissement sévère aux parents:
    Pour les enfants de 16 ans et moins, les Jeux olympiques que vous avez vu et que vous verrez comportent des scènes disgracieuses de violence (Geneviève Jeanson), de corruption (la FIFA et le comité des Jeux olympiques), de dopage (l'IAAF, Ben Johnson) et de harcèlement sexuel (notre ami Marcel Aubut).
    S'il vous plaît, tenir hors de la portée de la jeunesse du monde entier.