Pour en finir avec les préjugés

«Si l’on veut parler de la hausse fulgurante du prix des loyers, il faut avoir une réflexion qui va bien au-delà des limites d’Hochelaga-Maisonneuve», affirment Laurence Lavigne Lalonde et Éric Alan Caldwell.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir «Si l’on veut parler de la hausse fulgurante du prix des loyers, il faut avoir une réflexion qui va bien au-delà des limites d’Hochelaga-Maisonneuve», affirment Laurence Lavigne Lalonde et Éric Alan Caldwell.

Depuis quelques semaines, divers articles sont parus dans les médias au sujet de la « gentrification dans Hochelaga-Maisonneuve ». Or, s’intéresser à Hochelaga-Maisonneuve pour y opposer deux groupes, deux classes sociales, c’est clairement passer à côté de toute la richesse de ce quartier et de ceux qui l’habitent.

Longtemps, les médias ont dépeint Hochelaga-Maisonneuve comme un quartier pauvre, un quartier de drogués, un quartier de motards. Et aujourd’hui, les médias critiquent encore ce quartier en lui apposant une nouvelle étiquette, celle d’un quartier en pleine gentrification, d’un quartier déchiré, déconstruit. C’est comme si on voulait décider de l’identité de ce quartier en l’observant de loin. Avant, on parlait d’un quartier malfamé ; maintenant, c’est un quartier où deux clans s’opposent.

Hochelaga-Maisonneuve, tout au long de son histoire, a su accueillir des résidents provenant de tous les horizons et les intégrer dans une vie de quartier qui ne fait pas de discrimination. Hochelaga-Maisonneuve est un fleuron de l’économie sociale à Montréal et le berceau des cuisines collectives, de l’entraide. C’est un quartier qui voit naître chaque jour des artistes de grande renommée, des gens vivants et engagés.

Non, la prostitution n’est pas une fatalité. Non, les crack houses ne sont pas légalisées dans Hochelaga-Maisonneuve. Mais au lieu de chasser les personnes marginalisées et de risquer de les rendre plus vulnérables, nous avons choisi, il y a bien longtemps, de nous entraider entre concitoyens. Parce que la beauté d’un quartier comme le nôtre, c’est que tous s’entendent sur le fait que les institutions communes que sont les écoles, les parcs, les artères commerciales, les activités communautaires sont des lieux d’échange et de cohabitation pour tous. Pas l’univers du « qui se ressemble s’assemble », mais le constat « qu’on est tous dans le même bateau ». Cette solidarité, c’est l’âme de ce quartier.

À ce titre, notre quartier nous apparaît comme étant exemplaire. Il y a peu de milieux de vie desquels émane une aussi grande acceptation des différences, et une trame urbaine où s’entremêlent des parcours de vie éclectiques et des architectures témoignant de la cohabitation de différentes classes sociales. Le défi pour nous est de trouver les outils pour combattre une uniformisation des catégories de résidents, parce que cela entraîne nécessairement le repli involontaire de certains de nos résidents vers d’autres quartiers.

Si l’on désire dénoncer les constructions de condos au détriment de logements sociaux, si l’on veut parler de la hausse fulgurante du prix des loyers, il faut avoir une réflexion qui va bien au-delà des limites d’Hochelaga-Maisonneuve. Il faut donc avoir une réflexion montréalaise sur l’évolution du cadre bâti résidentiel et sa capacité à intégrer au sein d’un environnement partagé des condos, logements locatifs, logements sociaux, logements pour les familles et espaces pour les personnes seules. Pour ce faire, nous sommes de ceux qui réclament plus de pouvoirs au gouvernement afin de mieux planifier, entre autres, l’offre de logements. Surtout, il faut avoir une réflexion sur la mixité économique et sociale. Parce que tous les résidents de nos quartiers devraient avoir accès au logement et aux services auxquels ils ont droit.

4 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 août 2016 03 h 20

    … humaines !

    « Hochelaga-Maisonneuve est un fleuron de l’économie sociale à Montréal et le berceau des cuisines collectives, de l’entraide. » (Laurence Lavigne Lalonde et Éric Alan Caldwell - respectivement conseillère de Maisonneuve–Longue-Pointe et conseiller d’Hochelaga, Projet Montréal)

    De cette citation, il est comme yahou, d’expérience et d’intérêt, de signaler que ce quartier s’offre des rencontres citoyennes dynamiques ; des rencontres d’engagements pertinents, de solidarités socio-économiques et politiques populaires et d’ouvertures à la différence !

    Tout autant fascinant, et contrairement à d’autres quartiers plus hésitants, demeure le fait que les gens se parlent, se regardent et s’habitent ce dont ils innovent, créent de fierté, de beauté, d’émancipation d’abord et avant tout …

    … humaines ! - 2 août 2016 -

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 2 août 2016 08 h 29

    Histoire d’HoMa

    Au début du XXe siècle, cette partie de l’ile de Montréal constituait une municipalité indépendante connue sous le nom d’Hochelaga (de 1875 à 1883), puis de Maisonneuve (de 1883 à 1918).

    Le château Dufresne, le Marché Maisonneuve, le bain Morgan (dont la façade est inspirée de la Central Station de New York), la caserne Letourneux (inspirée du style de Frank Lloyd Wright), et l’Hôtel de Ville néoclassique (devenu bibliothèque de quartier depuis), visaient à faire de Maisonneuve une cité bourgeoise modèle.

    Après la construction ruineuse de ces édifices emblématiques et après l’abolition complète de taxe offerte aux industries qui voudraient bien s’installer chez elle, la municipalité de Maisonneuve se retrouva au bord de la faillite et se résigna à l’annexion à Montréal en 1918.

    Au cours des décennies suivantes, la fermeture de pôles industriels importants (la Vickers et les usines Angus) et le dépeuplement le long de la rue Notre-Dame ont appauvri le tissu social d’un quartier qui se voulait huppé.

    Les auteurs ont bien raison de s’attaquer aux préjugés qui frappe HoMa. Ce n’est pas un quartier ouvrier qui s’est embourgeoisé; c’est plutôt une municipalité bourgeoise qui s’est appauvrie et qui retrouve aujourd’hui une mixité et un charme qu’elle n’a jamais connu.

    Ceux qui, au contraire, veulent en faire un ghetto de pauvres au nom de son passé ne connaissent rien de son histoire.

  • Alice Savage - Inscrit 2 août 2016 17 h 14

    Un riche passé méconnu; un avenir à souhaiter sans misérabilisme

    Un texte bienvenu, bien rédigé sans franglais (contrairement à ceux de bien des journalistes), et qui, appuyé par le trop court rappel historique de M. Martel, devrait je l'espère contribuer à enrayer le dénigrement de ce quartier que j'habite depuis peu.
    Après le Plateau qui ne cesse d'être démoli par les grandes gueules, incluant le maire de Montréal lui-même, je me suis récemment établie dans Maisonneuve.
    Assez bourgeoise pour louer un beau condo; pas assez pour l'acheter... Entre Jardin botanique et Promenade Ontario, je découvre l'histoire et la qualité de l'urbanisme et des résidents.
    Oui, sus aux préjugés et merci au Devoir de donner la parole aussi, parfois, à ceux qui savent de quoi ils parlent et qui défendent des projets d'avenir.

  • Nadia Alexan - Abonnée 3 août 2016 11 h 29

    Quel beau témoignage d'Hochelaga-Maisonneuve!

    Quel beau témoignage de solidarité et de fierté qui réchauffe le coeur! Merci pour cet éclairage de votre quartier.