Le patrimoine pour contrer la banalité

Le milieu bâti québécois incarne l’histoire du Québec et est une manifestation tangible de sa culture.
Photo: iStock Le milieu bâti québécois incarne l’histoire du Québec et est une manifestation tangible de sa culture.

Le renouvellement de la Politique culturelle est une occasion de s’interroger à nouveau sur la place du patrimoine bâti et des paysages culturels ainsi que sur les liens qu’ils entretiennent avec notre culture, mais aussi, et surtout, avec l’aménagement de notre territoire.

En tant que professionnels de la relève et d’horizons différents, administrateurs et collaborateurs d’Action patrimoine, nous résumons ici les principales idées du mémoire que nous avons déposé pour l’occasion. Un document qui présente les enjeux auxquels nous faisons face et qui opte pour une approche du territoire plus sensible.

La vision

La vision oriente toute décision et permet des solutions durables par l’adoption de stratégies et d’outils appropriés à sa mise en oeuvre. Il est donc impératif de s’entendre sur la définition de l’objet sur lequel elle porte. Le milieu bâti québécois incarne l’histoire du Québec et est une manifestation tangible de sa culture. En tant que trace de ce vécu, le patrimoine bâti est un vecteur de l’identité québécoise.

Le concept même de patrimoine a évolué avec le temps, s’appliquant d’abord aux monuments historiques jusqu’à inclure, tout récemment, les paysages. Le patrimoine peut ainsi désigner des ensembles organisés d’échelles diverses tels un noyau villageois, un quartier ancien. Il englobe une variété d’éléments qui nécessitent l’actualisation de sa gestion. Cette réalité oblige à considérer bien plus que l’histoire du lieu ou de l’événement auquel se réfère un monument et, par le fait même, à mobiliser de multiples champs d’intérêt et de compétences.

Le discours

Une fois qu’une vision claire et cohérente a été définie et que le patrimoine est considéré comme une priorité, il reste à faire valoir ses retombées positives dans le discours quotidien.

Trop souvent, sous le couvert d’un discours propatrimoine, des compromis et des solutions de rechange, tels la commémoration, le façadisme ou même l’insertion d’artefacts à même les projets de remplacement, viennent justifier la démolition de bâtiments d’intérêt.

Sans avoir réalisé d’études au préalable, on utilise des arguments comme le coût trop élevé de la mise aux normes, la contamination, la main-d’oeuvre inexistante et le manque de mobilisation citoyenne pour justifier la disparition d’un patrimoine. Une connaissance de la situation est essentielle pour déterminer les différentes options : il existe un monde de possibilités entre la préservation intégrale et la démolition complète d’un bâtiment. Des études sérieuses, faisant appel à des professionnels compétents dans le domaine, permettent d’élaborer des projets adaptés à toutes les situations en mettant en avant la valeur économique et sociale du patrimoine.

Le temps

Faute d’une vision claire, nous sommes présentement dans une gestion que l’on pourrait qualifier de « pompier ». Lors de l’élaboration d’un projet, la question du patrimoine est souvent traitée à la dernière minute, et de manière expéditive. Elle est vue comme un obstacle qu’il faut surpasser rapidement et non pas comme une plus-value apportée au projet, voire un levier de développement économique et social.

Notre patrimoine n’est pas un legs culturel abstrait sans ancrage spatial : il est un élément structurant du territoire. C’est pourquoi les projets doivent être évalués en fonction de leur apport à la qualité globale du cadre bâti et des espaces publics et, par extension, à la qualité et à la richesse de nos milieux de vie. Cette évaluation doit reposer sur une bonne connaissance du territoire permettant que l’on se donne des critères objectifs d’analyse et, ainsi, que l’on porte un jugement éclairé en fonction du contexte particulier de chaque situation.

Tout au long du processus qui précède la réalisation d’un projet, l’information et la consultation publique sont indispensables, puisqu’elles contribuent à une meilleure inscription du projet dans son environnement et à son acceptation sociale. Une telle démarche impliquant une connaissance du territoire et une participation citoyenne dans une logique d’intérêt collectif n’est pas réalisable en situation d’urgence, où nous avons le sentiment que les dés sont jetés.

La structure

Différents acteurs, des promoteurs aux citoyens en passant par l’État et les municipalités locales, jouent un rôle essentiel dans la préservation du patrimoine bâti et des paysages culturels. Il va sans dire que les instances publiques détiennent le premier rôle en la matière.

À l’heure actuelle, on constate une confusion — notamment entre les paliers municipal et gouvernemental ainsi qu’à l’intérieur de chacun d’entre eux — qui entraîne des incohérences sur le terrain. Une réflexion doit avoir lieu quant à la clarification des rôles ainsi qu’aux moyens d’intervention décernés à chaque acteur, et ce, dans une logique à long terme.

La multiplication des lois traitant du patrimoine, avec, d’une part, la Loi sur le patrimoine culturel et, d’autre part, la Loi sur l’aménagement du territoire et l’urbanisme, sans parler de la législation sur le développement durable et la protection du patrimoine agricole, n’aide pas à faire émerger une vision claire. Les modalités d’application de ces différentes lois ont pour résultante que l’on n’agit pas toujours de façon cohérente et efficace.

Territoire et patrimoine

La gestion, la protection et la valorisation du patrimoine bâti et des paysages culturels québécois doivent être envisagées dans une perspective intégrée d’aménagement du territoire.

Le Québec doit se doter d’une vision claire et cohérente en matière de patrimoine, et cette vision doit être à la base même de toutes les actions qui seront entreprises. Le discours véhiculé sur le patrimoine doit mettre davantage l’accent sur la valeur sociale et économique de ce dernier et sur son rôle dans la revitalisation et le repositionnement des villes et des régions.
 

 

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Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, un extrait du numéro d’été (no 149) de la revue Continuité.
1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 2 août 2016 10 h 47

    Vive les nuls

    je suis tout a fait d'accord avec ces auteurs comment prendre des decisions éclairées sans une certaine perspective prenant ses racines dans notre histoire, il y a assez que la vie est courte s'il faut en plus se conduire en pompiers, nous ne serons meme pas des éphémeres, mais des cendres juste bonnes a remblayer, quand on veut etre sur qu'il n'y a plus de vie on reduit tout en cendre , est ce possible de vouloir autant faire parti des nuls nous avons eu des nuls en toutessortes de choses, il nous reste plus que le devenir nous memes