Ramsay Cook, historien canadien au legs capital

Ramsay Cook
Photo: Université York Ramsay Cook

Le décès de Ramsay Cook, à l’âge de 85 ans, le 14 juillet dernier, a créé une onde de choc chez ses anciens étudiants et l’ensemble de la communauté des historiens du pays. En effet, le pays a perdu un de ses ambassadeurs. Originaire d’Alameda en Saskatchewan, Cook a exercé son métier d’historien pendant 36 ans dans la Ville reine après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Toronto sous la supervision d’un autre géant de l’histoire canadienne : Donald Creighton. Ce dernier a souvent indiqué qu’il admirait le travail de son protégé, malgré le fait qu’ils étaient souvent en désaccord.

Cook est connu au Canada anglais notamment en raison de sa conception des « limited identities », soulignant l’importance de la classe sociale, du genre et de l’ethnicité non seulement comme facteurs fondamentaux dans la construction des identités canadiennes, mais comme des cadres d’analyse en histoire. Il est un des pionniers de la nouvelle histoire sociale au pays. Il a également dirigé 39 doctorants — tant canadiens que québécois —, dont plusieurs ont mené de longues carrières dans les universités du pays. Il était un des artisans du Dictionnaire biographique du Canada, une entreprise massive entre les universités de Toronto et Laval.

Cook a été un grand ambassadeur de l’histoire canadienne à l’étranger. Il a fait des séjours aux universités Harvard (1968-1969) et Yale (1978-1979 ; 1997), et a multiplié les séjours à l’étranger, visitant des universités dans l’ancienne Union soviétique, en Chine, en Inde, en Australie et au Japon. Bref, nous venons de perdre un bâtisseur.

Un interprète du Québec

Un grand francophile, il faisait partie des intellectuels du Canada anglais qui cherchaient à comprendre le Québec et à le réconcilier avec le Canada. Il était un lecteur assidu du Devoir et a signé de nombreux articles pour André Laurendeau et Claude Ryan qui étaient, pour lui, de bons amis. Il croyait fermement aux bienfaits du bilinguisme et a inscrit ses enfants à la Toronto French School. Sa fille Margaret Michèle Cook est d’ailleurs devenue une écrivaine et une poète franco-ontarienne décorée à Ottawa.

Photo: Université York Ramsay Cook

Cook était un intellectuel, largement engagé dans les débats entourant l’unité nationale et la place du Québec dans le Canada. On peut dire qu’il occupait le rôle « d’interprète » du Québec pour le Canada anglais, notamment par ses livres Canada and the French Canadian Question (1966) et l’anthologie des principaux textes nationalistes québécois, French Canadian Nationalism (1969). Il réfléchit aux conséquences du nationalisme au Canada dans Maple Leaf Forever (1971), qui cimente son rôle comme intellectuel.

L’historien a également tenu une impressionnante correspondance avec de nombreux intellectuels et historiens du Québec, ayant correspondu avec Fernand Dumont, Michel Brunet, Jacques-Yvan Morin, Fernand Ouellet et d’autres encore. Il a donné plusieurs cours sur l’histoire québécoise et canadienne-française en plus de diriger de nombreuses thèses à ce sujet.

Cook ne laissait personne indifférent. Homme de principe, il défendait farouchement les droits individuels. Il rappelle à plusieurs reprises que les livres de George Orwell étaient une inspiration pour sa pensée. Antinationaliste, il faisait partie de la tradition philosophique de Lord Acton. En ce sens, il admirait Pierre Elliott Trudeau, et il l’a vigoureusement appuyé lors de sa course à la direction du Parti libéral du Canada en 1968. Grand batailleur, il aimait mettre au défi les intellectuels nationalistes du Québec comme Michel Brunet.

Le legs de Cook est énorme. Il cherchait à pousser les historiens et les intellectuels du pays à s’améliorer et à communier à l’excellence dans leur travail. Il a participé à bousculer les frontières de la discipline à l’extérieur de sa zone de confort. Il était l’archétype de l’universitaire engagé par son oeuvre d’intellectuel, par sa recherche, par son enseignement et par la formation de toute une génération d’historiennes et d’historiens du Canada et du Québec.

3 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 27 juillet 2016 09 h 30

    Je ne connais pas Ramsay Cook.

    Je commencerai par son anthologie des textes nationalistes quebecois.Mais le fait qu'il fut un admirateur de P.E.T. me déplais a prime abord,mais la curiosité l'emportera.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 27 juillet 2016 10 h 22

    Apres avoir cherché a connaitre Lord Acton.

    J'ai tombé sur le devoir de philo du 26 sept 2015 de Simon Couillard intitulé :
    "Lord Acton et le nationalisme impérial du ROC." Je recommande la relecture de ce texte .On y voit l origine lointaine de la soi-disant supériorité britannique et du "Québec bashing."

  • Yves Côté - Abonné 27 juillet 2016 12 h 41

    Le Canada a pour élément d'identité collective...

    "il faisait partie des intellectuels du Canada anglais qui cherchaient à comprendre le Québec et à le réconcilier avec le Canada"...
    La chose est impossible.
    Le Canada a pour élément d'identité collective la légitimité linguistique de l'anglais, langue exclusive de la seule majorité qu'il a voulue et persiste à choisir comme déterminante.
    Les Québécois ont pour élément d'identité collective la légitimité de leurs droits de vivre et de faire s'inscrire dans le temps, passé présent et futur, le français comme langue commune au Québec.
    Les deux sont donc irréconciliables et la situation politique actuelle et passé du Québec ne cesse de le le démontrer de manière évidente.
    Sauf bien entendu pour qui croit, ou qui s'illusionne et travaille, pour que la loi du plus fort, fort maintenant en nombre majoritaire mais au départ en pouvoir militaire (1759, Wolf, L'Armada Anglaise à Québec, Montréal 1760, Paris 1763...), soit encore une fois imposée comme la meilleure...
    Tâche à laquelle le professeur Cook a excellée, selon moi.