L’héritage empoisonné

La petite reine des Jeux de Montréal, la Roumaine Nadia Comaneci
Photo: Paul Vathis Associated Press La petite reine des Jeux de Montréal, la Roumaine Nadia Comaneci

J'avais 16 ans au mois de juillet 1976. Les Jeux olympiques, c’était pour moi, pour la jeunesse du monde entier, comme on se plaisait à le proclamer sur toutes les tribunes. Ils allaient faire parler de Montréal partout sur la planète, montrer notre savoir-faire et laisser un héritage incomparable.

Les Jeux olympiques rappellent au contraire de mauvais souvenirs. La « magie des jeux » a été dès le départ brisée par ce qu’on appelle encore aujourd’hui la saga des Jeux de Montréal avec son cortège de scandales.

Sa nomenclature a déjà fait l’objet de quantité d’oeuvres, mais mentionnons les principaux : fraudes systématiques de nombreux entrepreneurs et fournisseurs, détournements de fonds et favoritisme du COJO, abus et chantages syndicaux comptent parmi les mieux documentés. Ajoutons une forte dose d’incurie politique et de mégalomanie, mot qui s’est d’ailleurs ajouté à mon vocabulaire d’adolescent en même temps que se multipliaient les promesses oiseuses de Jean Drapeau, dont celle d’un stade et de Jeux autofinancés… Pour la postérité, mentionnons que nous avons collectivement mis plus de trente ans à payer ce stade qui attend maintenant qu’on lui trouve une vocation en plus des centaines de millions nécessaires à sa réfection.

Bilan sportif peu reluisant

Le bilan sportif n’est guère plus reluisant. Les Jeux de Montréal marquent un tournant dans l’histoire en matière de dopage alors que le monde entier a pour la première fois découvert des contingents entiers d’athlètes usant de stéroïdes telles ces fameuses nageuses est-allemandes dont l’adolescent maigrelet que j’étais rêvait d’avoir la carrure. C’est tout dire…

Quant à la petite reine des Jeux de Montréal, la Roumaine Nadia Comaneci, j’ai toujours des haut-le-coeur en la voyant s’exécuter sur la poutre ou aux barres asymétriques sur des images d’archives censées nous rappeler ses éblouissantes performances. Ces performances, comme elle l’a si bien rappelé par la suite, étaient en réalité le produit d’un régime étatique qui avait broyé son enfance.

Par ailleurs, a-t-on besoin de rappeler que le Canada a eu l’insigne honneur de devenir le premier pays hôte des Jeux à être incapable de gagner la moindre médaille d’or ? Comme héritage sportif, on a déjà vu mieux…

Comme de jeunes mariés

L’ado que j’étais au milieu des années 1970 se rappelle aussi que l’époque était marquée par une certaine légèreté et une confiance en l’avenir qui a semblé s’évanouir au fur et à mesure qu’on faisait le bilan des Jeux. Passés si près de la catastrophe (on croyait quelques mois avant les Jeux être incapable de les tenir tant les retards de construction semblaient catastrophiques), comptant les zéros qui s’allongeaient sur la facture, nous ressemblions collectivement à ces jeunes mariés qui finissent leur nuit de noces en dégueulant dans les toilettes.

Montréal semble encore aujourd’hui assommé par la saga des Jeux. Quand je vois ces infrastructures en lambeaux, ces chantiers qui n’en finissent plus, ces trous dans nos rues, ces entrepreneurs véreux, ces syndicats omnipuissants qui encore aujourd’hui dictent les règles, ces politiciens roublards, je vois des relents de 1976. Comme si tout avait commencé là. Comme si les Jeux olympiques nous avaient à jamais enlevé la foi en nous-mêmes, le goût d’entreprendre et l’envie d’exceller.

Notre incurie, notre laxisme, notre impuissance collective, est-ce bien ça le legs des Jeux de Montréal ? J’en ai bien peur…

7 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 18 juillet 2016 07 h 30

    Les athlètes

    Encourageons "nos" athlètes.

  • Sylvain Auclair - Abonné 18 juillet 2016 07 h 55

    Syndicats

    Les enveloppes brunes seraient-elles la faut des syndicats maintenant?

  • Lucille Labrie - Inscrite 18 juillet 2016 13 h 19

    Fleur de lys absent

    Célébrez la venue des jeux olympiques à MOntréal c'est bien, mais pourquoi ne pas en profiter pour réclamer que nos athlètes québécois qui performent à l'étrranger aient le droit d'apposer une fleur de lys, symbole du Québec nation à ce qu'on prétend, sur leur costume olympien. Une nation se doit d'être réellement représentée , pas camouflée dans une autre.

  • Réal Bergeron - Abonné 18 juillet 2016 15 h 22

    (Mauvais) rêve olympique

    Ajoutons à ce cauchemar olympique le démantèlement sauvage de l'exposition «Corridart dans la rue Sherbroke».
    Chauvinisme, corruption, destruction du patrimoine, endettement public, escroquerie, enrichissement éhonté de l'élite économique, tel est le rêve olympique.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 18 juillet 2016 15 h 44

    Cent pour cent d'accord !

    Bravo !