Le rapport de l'OCDE sur Montréal et sa région - Montréal va mieux, mais...

Coup sur coup, trois études montréalaises et une étude internationale de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) braquent leurs projecteurs sur l'état de santé et l'avenir économique de Montréal. Cette «convergence» est d'autant plus amusante que l'étude de l'OCDE apporte un regard de l'étranger sans qu'il y ait eu concertation avec les autres études locales, que ce soit celle de Montréal International sur l'impact économique des universités montréalaises, celle de l'Association d'études canadiennes qui compare Montréal à 12 autres villes canadiennes, ou les propos du démographe Jacques Henripin sur le vieillissement de la population québécoise.

L'évaluation de la santé économique et de la gouvernance de Montréal faite par l'OCDE, un organisme crédible qui fait de nombreuses études comparatives, tient en peu de mots: Montréal va mieux...mais!

Montréal va mieux depuis cinq ans au niveau de l'emploi et «semble bien orientée sur une courbe ascendante de croissance». Mais elle se classe en 44e place sur 65 régions métropolitaines comparées en fonction du PIB réel par habitant en 2001. Sa faiblesse majeure et principale réside dans sa compétitivité. Cette situation repose sur trois problèmes et appelle trois solutions.

Diagnostic

Premier problème, la population montréalaise est moins éduquée et vieillit rapidement. Les lacunes en éducation sont connues et bien documentées par le gouvernement du Québec et par l'ensemble du milieu éducatif. Que ce soit le dramatique problème du décrochage scolaire, l'urgence de la réforme du secondaire et du collégial, le taux de diplomation universitaire, tous ces éléments et bien d'autres sont sur la table et ont fait l'objet de dizaines d'études, de mémoires, de recommandation. Le cul-de-sac du vieillissement est lui aussi sur la sellette depuis de nombreuses années.

La solution à ce problème selon l'OCDE, c'est d'attirer plus d'immigrants hautement qualifiés, d'immigrants titulaires d'un diplôme universitaire. C'est aussi de mettre en place les outils nécessaires à l'application d'une politique de développement économique intégrée et efficace. La solution des études «locales» qui ont été rendues publiques depuis une dizaine de jours, c'est d'investir dans les universités et de se doter d'une vraie politique familiale — et non pas seulement d'une vague intention de conciliation famille/travail.

Second problème lui aussi bien connu, la faiblesse des équipements des PME et de leur investissement en recherche et développement (R&D). Là aussi on sait que le tissu des PME montréalaises et québécoises, qui concentre l'essentiel de la création d'emplois au Québec, vit dans un univers en partie artificiel: forte faiblesse du dollar canadien qui dope forcément les exportations aux États-Unis; désuétude des équipements qui, dans bien des cas, continuent de produire des biens uniquement parce que les normes gouvernementales — notamment en environnement — ne sont pas à jour; faiblesse des investissements en R&D (et la R&D ce sont des technologies, mais ça peut aussi être de la culture) parce qu'il n'y a pas de politique industrielle intégrée, pas de vision globale, pas de plan de match qui tienne la route actuellement. Le radar gouvernemental actuellement est plus orienté vers la réduction des dépenses que l'investissement stratégique et structurant.

La solution à ce problème pour l'OCDE est de cibler des nouveaux créneaux sur le marché américain, de diversifier les exportations vers d'autres pays et de muscler notre capacité d'exportation en tablant sur «les produits de haute technologie à valeur ajoutée».

Le troisième problème identifié par l'OCDE, c'est «la fragmentation territoriale et l'absence de coordination régionale», ce qu'on appelle le cadre de gouvernance métropolitain. En bref, on y fait un plaidoyer élaboré pour muscler le niveau métropolitain de gouvernance, pour éliminer les nombreux territoires des bureaucraties administratives, pour donner à la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) une autorité politique et économique forte, avec un impôt métropolitain, des élus métropolitains, des services régionaux. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'OCDE n'est absolument pas défusionniste et parle même de «situation de concurrence fiscale dommageable» dans le cas de défusions sur le territoire de la CMM.

Ce regard des autres sur notre situation peut évidemment porter à interprétation. Il a toutefois le mérite d'éclairer certaines situations problématiques parfois connues, et qui n'attendent plus que la volonté d'agir pour trouver une résolution. Somme-nous prêts ?