Le quantitatif prend trop de place

Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx

Lettre à Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation, des Loisirs et du Sport

Monsieur le Ministre de l’Éducation, à mon tour, j’aimerais vous souhaiter un bel été et du repos après une année parlementaire des plus mouvementées : vous êtes le troisième ministre de l’Éducation depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Couillard. Ce qui ne doit pas être facile, j’en conviens.

Je ne doute pas de votre sincérité avec cette lettre de louanges et de promesses d’un avenir meilleur pour l’éducation au Québec. En fait, nul n’est contre la vertu d’un système éducatif de qualité. Il faut avouer que votre vision tranche diamétralement avec les politiques néolibérales de votre gouvernement ayant pour conséquence première de porter atteinte au système scolaire qui se trouve, paradoxalement, à constituer le meilleur levier de développement économique que peut compter un pays.

Vous parlez, Monsieur le Ministre, de notre tâche qui contribue au développement des élèves. Pourtant, les récentes compressions limitent justement nos actions en détournant les enseignants de leur tâche première : l’enseignement. À force d’amputer les services aux élèves tels les orthopédagogues, les travailleurs sociaux, les animateurs, etc., le personnel enseignant est obligé de se détourner de sa mission de transmission des savoirs pour occuper le plus clair de son temps à faire des interventions psychosociales auprès d’élèves maintenant privés de ces services.

Vous dites, Monsieur le Ministre, avoir bien ressenti notre passion lors de vos passages dans les écoles du Québec. Tant mieux si vous appréciez notre « passion », mais j’aimerais bien aussi que vous ne passiez pas sous silence notre professionnalisme et nos compétences dans votre combinaison élève-enseignant-réussite ; la passion ne suffit pas. Je comprends toutefois que la valorisation de nos compétences pourrait signifier des hausses salariales pour cette fonction si importante pour l’avenir de notre société.

Laissez les enseignants enseigner

Mais bon, vous entendez nos préoccupations depuis plus d’une décennie. Pourquoi ne pas nous laisser enseigner en réduisant le nombre d’élèves par classe, une recette éprouvée et attestée par un tas de données probantes pour favoriser la réussite. Laissons donc de côté les principes de gestion par résultats calqués sur l’entreprise privée que l’on tente d’implanter dans nos écoles. Il est primordial de ne pas oublier que Félix est un garçon de 11 ans qui éprouve quelques difficultés d’apprentissage. Son existence ne peut pas se résumer par un code 4 dans la colonne 7. Le quantitatif prend trop de place dans l’atteinte d’objectifs prédéfinis par le ministère de l’Éducation.

Vous nous annoncez, Monsieur le Ministre, des investissements dans le réseau scolaire centrés sur la réussite scolaire. Encore une fois, on ne peut être contre la vertu, mais sachez que la réussite scolaire a toujours été la principale finalité pour tous les intervenants scolaires ! Pourquoi ne pas tenter d’inculquer une culture scolaire afin de mettre l’éducation au centre des intérêts de tous les citoyens ? Impossible d’y perdre au change !

Finalement, je trouve un peu gênant d’apprendre que vous avez fait un surplus budgétaire de 1,8 milliard de dollars, et ce, pendant que l’on coupait maladroitement dans les services scolaires. Pour paraphraser un de vos illustres prédécesseurs, aucun élève ne mourrait d’avoir plus de services dans une classe salubre. Moi aussi, Monsieur le Ministre, je termine en vous exprimant mon profond respect pour votre travail. Les élèves du Québec vous seront reconnaissants de ne pas les sacrifier sur l’autel des chiffres.

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7 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 14 juillet 2016 06 h 13

    Je salue le ton très respectueux de votre lettre...

    ...monsieur Charlebois. Encore plus à cette époque où seul, semble-t-il, le «punch» connaît des résultats probants.
    Après vous avoir lu, une question, en particulier m'est montée: «Monsieur Proulx est-il de la classe des néolibéraux ?» Si oui, vos souhaits risquent l'échec.
    Merci pour tout ce que vous, vos consoeurs et confrères réalisez avec ces argents en moins.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    «Pousseux de crayon sur la page blanche».
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Gilles Roy - Inscrit 14 juillet 2016 07 h 55

    Bof et rebof

    A classer dans la catégorie "je le pense donc c'est vrai". Diantre que certains enseignants lisent peu ou mal, ou encore se présentent comme les cols bleus d'une pensée lâche fondées sur des on dit et sur des "il paraît ". Ni science, ni objet, ni théorie, ni données. Gênant.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 14 juillet 2016 14 h 11

      Vraiment Gilles Roy, vous charriez beaucoup meme énormement.Vaudrais mieux réaliser les efforts que ces profs-éducateurs qui donnent le meilleur d eux-meme peut-etre comme des honnetes cols bleus pour nos enfants et peut-etre les votres .SVP appréciez au lieu de dénigrer.j espere que personne dira "Bof et rebof"des efforts que vous faites dans votre vie de travailleur. Etes-vous reconnaissant pour vos profs,moi si.

    • Gilles Roy - Inscrit 14 juillet 2016 17 h 03

      @M. Grisé. Je ne parle pas de leurs enseignements. Je dis juste que le signataire de l'article use de formules vides (par exemple sur la diminution de ratios comme recette éprouvée) qui révèlent une méconnaissance certaine de ce qui se publie du côté rigoureux des choses. A mauvaise copie, mauvais bulletin.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 14 juillet 2016 09 h 11

    Ie ministre Proulx obéit aux gouroux de la finance

    comme Coiteux et leur mentalité de CHambres de Commerce, faut pas que ca coute cher (salaires des profs versus ceux des médecins)et que ca rapporte gros comme des marchands de tapis.Beaucoup pour la santé des personnes agées meme avec des patates en poudre et couper dans le futur de notre société,faut pas eduquer et informer les votants de demain,des fois qu'ils n'aimerait pas comment ils furent traités par les amateurs de colonnes de chiffres,élargissant toujours le fossé entre les gras-dur et les maigres-sec.Souhaitons leur l'illumination........

  • Pierre Fortin - Abonné 14 juillet 2016 11 h 35

    Le courage d'être prof


    Si seulement vos collègues se prononçaient comme vous le faites, Monsieur Charlebois, il ne faudrait pas trop longtemps pour que vous retrouviez un minimum d'autonomie professionnelle et qu'on vous laisse enfin faire votre travail comme vous l'entendez.

    Il est tout de même étonnant que les réformes imposées aux enseignants ne prennent jamais en considération leur opinion, eux qui baignent dans les problèmes de l'école et qui peuvent articuler des solutions. Que voulez-vous, quand dans les hautes sphères de l'état on a oublié qu'une école c'est avant tout une classe, un prof et ses élèves, on ne peut espérer construire sur du solide.

    Ne vous laissez pas berner par une lettre du ministre qui, la larme à l'œil, reconnaît votre dévouement car ça ne va jamais plus loin; il n'est d'ailleurs pas le premier. Il n'y a que les naïfs pour s'en satisfaire car ça ne pèse jamais très lourd devant les coupures et le mépris des réalités scolaires.

    Le système public d'éducation du Québéc est en train d'épuiser sa principale ressource, les profs, eux qui font le vrai travail dans ce système malgré une administration qui gère l'école comme s'il s'agissait d'une entreprise manufacturière sans jamais avoir à démontrer son efficacité. Qui évite surtout de reconnaître ses erreurs, lesquelles se répètent et, contre toute intelligence, s'accumulent inlassablement sans jamais en tirer de leçon constructive dont la plus importante : "Primum non nocere".

    J'espère seulement que vous savez vous réjouir du travail que vous réalisez avec vos protégés sans attendre de reconnaissance de votre hiérarchie. Sachez seulement que la population est bien consciente du travail que vous réalisez en construisant notre avenir à tous.

    Puissiez-vous profiter pleinement de votre été pour vous ressourcer. J'espère que vos conditions de travail s'amélioreront et que vous retrouverez bientôt un peu plus d'aisance et de liberté d'action.

    Bon courage et merci, Monsieur Charlebois.

  • André Mutin - Abonné 14 juillet 2016 14 h 42

    Rien de nouveau sous le soleil !


    Curieux mais vrai, le ministre de l’Éducation est toujours une calamité.

    « La plupart des institutions fonctionneraient certainement mieux sans l'interminable succession de ministres qui viennent y foutre le bordel. »

    http://www.lavoixdupeuple.org/index.html