Libre opinion: Au secondaire, l'encadrement des élèves est meilleur qu'on ne le croit

L'encadrement constitue une préoccupation majeure des parents dont les enfants fréquentent l'école secondaire. Il est même, on le sait par de nombreux sondages, un des facteurs déterminants du choix entre l'école privée et l'école publique. C'est, du reste, à partir de ce constat que le ministre de l'Éducation a demandé au Conseil supérieur de l'éducation de l'éclairer sur cette question. [...]

À partir de la synthèse qu'il a tirée du discours des 40 dernières années, le conseil a voulu formuler une réflexion originale sur l'encadrement. Il en propose une conception globale, c'est-à-dire qui en comprend, à la fois, les dimensions pédagogique, personnelle et sociale. Cette conception, il la juge féconde et éclairante. D'ailleurs, elle a servi de base à une consultation dans le milieu et à une large enquête que le conseil a menées, au printemps 2003, auprès d'un échantillon représentatif de 492 directions d'établissements, tant publics que privés, tant francophones qu'anglophones.

Ainsi, pour la première fois au Québec, le Conseil supérieur de l'éducation est en mesure de proposer aux Québécoises et aux Québécois un portrait quantitatif de la situation de l'encadrement des élèves au secondaire. Et le bilan est positif. L'image héritée de la crise qu'a connue la «polyvalente» au début des années 1970 est une image mythique. Elle ne correspond pas, et sans doute depuis un bon moment, à la réalité. Mais elle a la vie dure.

Mesures nombreuses

L'enquête du conseil a d'abord porté sur les mesures d'encadrement pédagogique, celles qui sont, pour l'essentiel, vécues dans le cadre de la classe. Ces mesures, a-t-on découvert, sont nombreuses et variées. Plusieurs s'observent dans une forte majorité d'établissements: c'est le cas des communications avec les parents (98 %), de la récupération ou du rattrapage (95 %), de la présence de groupes d'élèves qui soient stables (84 %), du tutorat (65 %). Certaines sont cependant moins fréquentes, comme le titulariat (48 %), le mentorat ou l'aide par les pairs (46 %), les périodes d'études inscrites à l'horaire (20 %).

Fait à noter: dans les secteurs public et privé, la majorité des mesures d'encadrement sont offertes dans la même proportion. On constate néanmoins quelques différences significatives. Ainsi, le tutorat se pratique davantage au public qu'au privé, et on organise davantage d'activités de récupération au public qu'au privé. Le privé, par contre, a davantage recours au titulariat, au mentorat des pairs, aux groupes stables, aux études inscrites à l'horaire.

Autre différence significative: les mesures d'encadrement sont manifestement plus nombreuses au premier cycle du secondaire et ont tendance à diminuer subséquemment. La diminution est toutefois nettement moins forte au privé qu'au public. [...]

Au sujet des mesures d'encadrement personnel, l'enquête montre que toutes les écoles mettent à la disposition des élèves des personnels qui offrent les différents services dits complémentaires (orientation, activités parascolaires, etc.). Si l'on retrouve des services d'orientation (96 %), de vie scolaire associative (79 %) et d'activités parascolaires dans la même proportion (80 %) dans les deux secteurs, en revanche, l'école publique est significativement mieux pourvue en ce qui a trait aux services d'aide spécialisés (psychologue, animation spirituelle, santé et services sociaux). [...]

En ce qui a trait, enfin, aux mesures d'encadrement social, la grande majorité des établissements publics et privés offrent des activités sportives (96 %), culturelles (94 %), communautaires (85 %) et scientifiques (75 %). Ces dernières sont toutefois plus nombreuses au privé (86 %). Le conseil recommande ici au ministère de l'Éducation de financer davantage le développement des services de vie étudiante, à la fois pour soutenir les enseignants mais aussi pour mieux coordonner l'ensemble des mesures. Enfin, 97 % des écoles publiques et 91 % des écoles privées se sont donné des règles de conduite et de sécurité. On est donc loin du Far West.

Une mise en garde s'impose toutefois. L'enquête du conseil n'a pas porté sur la qualité des pratiques actuelles ni sur les effectifs consacrés aux mesures d'encadrement. Néanmoins, tous les témoins ont constaté qu'elles étaient insuffisantes. [...]

Au-delà des chiffres

Le ministre, dans sa demande au conseil, souhaitait un éclairage sur les modèles d'encadrement les plus susceptibles de favoriser la réussite des élèves. La revue de la littérature, malheureusement, ne permet pas de conclure qu'il existe des modèles généralisables. C'est plutôt à chaque équipe d'école de choisir les mesures qui conviennent aux besoins des élèves en fonction du contexte, de la situation et des ressources disponibles à l'école et dans la communauté.

L'important est que le choix se fasse à l'intérieur d'une conception globale de l'encadrement, c'est-à-dire qui prenne en compte l'ensemble des éléments qui le constituent, lesquels vont bien au-delà des règlements et de la discipline, tout important et nécessaire que cela soit dans tout corps social.

Ici, deux remarques préalables s'imposent. Premièrement, l'encadrement, insiste le conseil, doit s'inscrire dans le projet éducatif de l'établissement et reposer sur une assise forte au plan des valeurs, des principes et des orientations de l'école, et l'on doit pouvoir montrer comment et en quoi il contribue à la triple mission de l'école: instruire, socialiser, qualifier.

Deuxièmement, il faut affirmer le rôle primordial du personnel enseignant. L'encadrement n'est pas que l'affaire des professionnels non enseignants. Il repose sur l'établissement d'une relation entre tous les éducateurs et les élèves.

Cela dit, une conception globale de l'encadrement présuppose une conscience claire de ses buts. Le conseil propose les suivants: la réussite des élèves, le dépistage et la solution des situations problématiques, le développement du sentiment d'appartenance à l'école et d'une culture d'établissement.

L'encadrement se déploie ensuite à travers trois champs d'activités privilégiés: l'encadrement pédagogique, essentiellement dans la classe, qui vise la réussite; l'encadrement personnel, qui, pour un temps limité, apporte un soutien à l'élève en difficulté; l'encadrement social, qui, à travers divers modes d'organisation scolaire, vise particulièrement sa socialisation.

Enfin, et de manière plus spécifique encore, l'encadrement passe par une série de mesures qui remplissent l'une ou l'autre des quatre fonctions suivantes: le soutien aux élèves, grâce auquel on les appuie, la guidance, par laquelle on les conseille ou les oriente; l'accompagnement, par lequel les éducateurs suivent leurs élèves; enfin, la fonction de contrôle ou disciplinaire, par laquelle on assure le respect des normes et des règles de conduite des élèves et leur sécurité. [...]

Le conseil précise trois conditions susceptibles de favoriser un meilleur encadrement. La première est de miser sur la réforme qui s'annonce. Celle-ci, en effet, propose un réaménagement de l'école secondaire qui, justement, vise un meilleur encadrement. C'est le cas de la réorganisation du curriculum en cycles d'apprentissage et de la gestion coopérative de l'enseignement.

La seconde condition a trait à la mobilisation de tous les acteurs. Le conseil insiste ici à nouveau sur la place prépondérante du personnel enseignant, auquel il faut accorder le soutien nécessaire. La troisième condition vise la mise en place d'une démarche continue d'adaptation de l'encadrement afin de circonscrire les besoins des élèves, de clarifier la demande, établissement par établissement, et d'inscrire des mesures dans les projets éducatifs et les plans de réussite.