L'Ordre des ingénieurs a déjà commencé à se transformer

«Nous ne pouvons refaire l’histoire des révélations entendues à la commission Charbonneau de la part de certains de nos membres et de leur pratique d’affaires, que je condamne, mais cela ne représente aucunement les comportements et l’éthique de travail de la majorité […]», écrit Kathy Baig.
Photo: iStock «Nous ne pouvons refaire l’histoire des révélations entendues à la commission Charbonneau de la part de certains de nos membres et de leur pratique d’affaires, que je condamne, mais cela ne représente aucunement les comportements et l’éthique de travail de la majorité […]», écrit Kathy Baig.

La réplique

En réponse à l'éditorial de M. Brian Myles, «Une tutelle bien méritée», Le Devoir, 8 juillet 2016

Récemment, la ministre de la Justice du Québec a posé un geste rare : la mise sous administration de notre ordre professionnel. En tant que nouvelle présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec, élue par l’ensemble des membres, il va sans dire que je suis profondément déçue de cette décision qui n’est certainement pas celle que je souhaitais. Cependant, tout comme la ministre a reconnu les efforts accomplis par l’Ordre pour améliorer sa gouvernance et sa gestion au cours des deux dernières années, je dois reconnaître à mon tour les préoccupations de gouvernance et de régie interne que nous traversons et le renforcement de nos mécanismes de protection du public qui nous incombe.

Au-delà des défis auxquels nous faisons face, nous devons composer avec des perceptions partiellement erronées, qui sont bien illustrées par un récent éditorial du quotidien Le Devoir, le 8 juillet dernier. Dans ce texte, il est suggéré que l’Ordre a négligé sa mission de protection du public et a failli à assurer sa saine gestion financière.

Malgré les enjeux de gouvernance qui ont fait la manchette au cours des dernières années, l’Ordre a toujours pour priorité d’assurer la qualité des actes professionnels et de se soucier des comportements des ingénieurs afin de protéger le public. L’inspection professionnelle, la formation continue et le travail du syndic ont toujours été au coeur de nos actions quotidiennes.

Nous ne pouvons refaire l’histoire des révélations entendues à la commission Charbonneau de la part de certains de nos membres et de leur pratique d’affaires, que je condamne, mais cela ne représente aucunement les comportements et l’éthique de travail de la majorité de nos ingénieurs.

L’éditorialiste suggère que l’Ordre aurait dû protéger le public des gestes de collusion et de corruption qui ont été posés par certains. Tous conviendront qu’un ordre professionnel ne peut se substituer aux autorités policières afin de déceler ces stratagèmes habilement ficelés dont nous avons tous été témoins.

Par ailleurs, l’éditorialiste suggère que l’Ordre ne dispose pas des ressources financières nécessaires pour assurer sa mission. Il suggère même qu’il s’agit d’une situation dont je serais responsable après être intervenue pour « battre en brèche le projet de hausse des cotisations ». Cette interprétation est totalement erronée, j’ai plutôt favorisé une solution qui a fait consensus et qui a mené à l’adoption d’un nouveau plan financier. Grâce à ce plan, l’Ordre a pu réaffecter des sommes supplémentaires dans ses mécanismes de protection du public. De plus, l’argent ne règle pas tout : les enquêtes disciplinaires sont des processus rigoureux et complexes qui nécessitent du temps et des délais de traitement pour conclure d’une décision.

Il est important de souligner le travail considérable réalisé par notre Comité de transformation, qui a mobilisé les différents comités, le Conseil d’administration et l’ensemble des employés, qui se sont appliqués à mettre en oeuvre la grande majorité des recommandations du rapport de l’Office des professions du Québec rédigé par le Dr Yves Lamontagne et Me Pierre Pilote.

Il n’y a pas de recette magique : ce travail doit se faire sérieusement et nous devons faire les bons choix pour qu’ils marquent notre organisation à long terme. Ce travail de transformation a été au coeur de nos actions et il n’est pas terminé. Je suis convaincue que nous sommes sur la bonne voie.

J’ai été élue en mai dernier avec le mandat de compléter notre transition vers une saine gestion, d’améliorer nos mécanismes de protection du public et d’augmenter la présence de l’Ordre sur la place publique afin de mieux promouvoir l’intégrité, le rôle de protection du public et la compétence des 61 000 ingénieurs québécois. Je compte donc sur leur appui pour continuer notre progression constante vers une meilleure gestion et une meilleure gouvernance.
 

Réponse du directeur du «Devoir»


Mme Baig me reproche d’avoir véhiculé, dans mon éditorial du 8 juillet dernier (« Une tutelle bien méritée »), « des perceptions partiellement erronées ». Mon texte suggère que l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) a négligé sa mission de protection du public en s’appuyant sur des faits. Le rapport final de la commission Charbonneau affirme que l’OIQ a fait preuve de « laxisme » face à des pratiques de collusion et de corruption qui ont été portées à son attention. Ce rapport constate que le syndic dispose de peu de ressources pour s’acquitter de son mandat, entre autres en raison de la faiblesse des cotisations versées par les membres. Cet état de fait n’a guère changé depuis la publication du rapport, en novembre 2015. Nulle part dans le texte je ne suggère que l’OIQ aurait dû se substituer aux policiers pour déceler des stratagèmes de collusion, de corruption et de financement illégal. Je souligne simplement que l’OIQ a banalisé ou ignoré l’importance du problème pendant trop longtemps. D’ailleurs, Québec solidaire a réussi à déceler des activités de financement sectoriel au sein de quatre grandes firmes de génie-conseil dès 2010, avec des moyens autrement plus modestes que ceux de l’OIQ. Mme Baig affirme enfin que la grande majorité des recommandations d’un rapport de l’Office des professions du Québec ont été mises en oeuvre. L’un des auteurs du rapport, le Dr Yves Lamontagne, constatait pourtant, en mai dernier, que l’OIQ faisait du surplace depuis un an.

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2 commentaires
  • Jean-François Caron - Abonné 12 juillet 2016 06 h 24

    Message au directeur (Brian Myles)

    Arrete de defendre le tres mauvais texte de secondaire 5 que tu as pondu. Je t'invite a aller te ressourcer a l'universite au besoin.

    Cordialement.

  • Pierre Bernier - Abonné 12 juillet 2016 10 h 39

    Entretien d'une vision étroite ?

    La "citoyenneté responsable", avec ses obligations de respect des lois et de l'éthique publique, ne semble pas avoir fait partie du cursus de ces professionnels ?

    Résultat : une fois "en entreprise", plusieurs de ces individus ignorent ce que veulent dire les mots « corruption » et « collusion » et ont apparemment le sentiment d'être autorisés à perdre tout jugement éthique dans les affaires avec les institutions publiques.

    Ils se sentiraient justifiés en cela parce que leur "corporation" n'a pas le numéro de téléphone de la police ?