Lettre d’un homme raciste, sexiste et homophobe

Malgré mes bonnes intentions, je suis un produit de la société dans laquelle je vis. Comme elle, je suis raciste, sexiste et homophobe. J’ai grandi sur une terre qui fut volée à ses premiers habitants, dans une société patriarcale, où l’inégalité est perpétuée en faveur du Grand Homme blanc hétérosexuel. Je suis arrivé au monde doté de privilèges inestimables : un sexe masculin entre les jambes, la peau blanche, un corps parfaitement fonctionnel. Tout était en place pour moi : j’allais bénéficier du malheur des autres pour me construire une vie sécuritaire. Le rêve.

J’ai beaucoup appris de ma socialisation : le cinéma m’a appris que l’homme est fort et stoïque, que la femme est belle et délicate, et qu’ils étaient faits pour s’agencer. Les médias m’ont appris à craindre les Noirs, les Arabes et les pauvres, entre autres. La société autour de moi semblait être le reflet de ces apprentissages, alors tout le système avait un sens.

Jusqu’au jour où j’ai compris, à mon grand désarroi, que j’étais homosexuel et que ce même système était donc fautif. Une fois cette réalité laborieusement digérée, j’ai commencé à remettre en question de plus en plus de choses que la société me présentait comme « normales » ou « idéales ».

J’ai par la suite compris que mon homosexualité ne m’empêchait pas de tenir de discours homophobes, auxquels j’adhérais comme plusieurs. Les hommes au comportement plus traditionnellement féminin m’énervaient sans raison valable. Comme une éponge, j’avais intériorisé le discours homophobe qui différencie « l’homme » de « la tapette », bien que cela n’eût aucun sens. J’ai alors compris que nous étions tous aussi racistes, homophobes et sexistes que la société dans laquelle nous vivons et que nous avions un travail de déconstruction considérable à effectuer. Un travail bien loin d’être terminé, même en 2016.

Une urgence

Certains récents événements me rappellent l’urgence de la déconstruction de ces discours oppressifs. Les circonstances entourant la mort de Philandro Castile et Alton Sterling [abattus par des policiers la semaine dernière en Louisiane et au Minnesota] prouvent qu’encore aujourd’hui la couleur de la peau joue un rôle décisif quant à la sécurité d’une personne. De vieux préjugés raciaux induisent chez les policiers un comportement souvent démesurément violent lors des interventions auprès de personnes de couleur.

La tuerie d’Orlando, quant à elle, nous prouve que la masculinité, telle que la société nous l’inculque, provoque de la détresse psychologique violente, trop souvent fatale. Un énorme groupe de gens est laissé pour compte dans les normes sociales et politiques en place, et on observe des écarts immenses et, surtout, illégitimes dans la qualité et l’espérance de vie de ceux-ci par rapport aux gens dits « normaux ». L’American Foundation for Suicide Prevention révèle que près de la moitié de la population américaine trans essaie au moins une fois de s’enlever la vie. Visiblement, les cadres identitaires que nous imposons aux gens sont malsains, voire dangereux.

Il est grand temps de réviser nos discours : la société dans laquelle nous baignons est raciste, sexiste et homophobe et, par conséquent, nous le sommes aussi, puisque nous y avons grandi. Une fois ce fait reconnu, le travail de déconstruction doit commencer. Pour nous diriger vers une société plus égalitaire, moins violente, plus inclusive et saine, il nous est important de demeurer critiques, d’apprendre à reconnaître les systèmes oppressifs en place, et d’engager un dialogue avec les gens autour de nous. La déconstruction de nos discours oppressifs ne peut qu’aider l’émancipation des groupes illégitimement marginalisés ou, de façon plus immédiate, sauver des vies.

26 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 11 juillet 2016 05 h 44

    Si vide...

    Monsieur Villeneuve, je suis moi aussi dans la même société québécoise que vous.
    Par conséquent, bien que je sois blessé par les dites-injustices, sauf pour celle du vol supposé des terres aux Amérindiens et Inuits puisque mes propres ancêtres n'ont jamais été ni princes ni rois mais de simples personnes qui cherchaient à vivre heureuses, pardon de vous le dire mais cette culpabilité que vous ressentez et qui transpire dans votre texte m'apparaît totalement vide de tout fondement.
    Si vide d'ailleurs, qu'il est insensé selon moi de chercher à la transférer, volontairement ou pas je n'en sais rien mais de chercher tout de même, aux individus qui sont d'un peuple qui ne cherche à dominer personne en voulant se libérer de chaînes politiques qui non-seulement le restreignent à ne pas être ce qu'il est, mais le contraignent à glisser dans l'identité sociale d'un groupe culturel autre.
    Autre et qui, de surcroît, le méprise largement...
    Que vous vous sentiez coupable de quelque chose que vous n'avez pas fait, que vous n'avez même pas voulue, vous appartient en propre et je n'en juge rien.
    Mais moi, la seule culpabilité que puisse ressentir est celle qui ne se trouve pas dans un passé où je n'ai rien pu faire puisque je n'y était pas et qui, donc, ne se trouve que dans un présent d'actions qui m'est donné d'avoir sur un futur qu'à mon échelle, donc bien modestement mais tout de même, je prépare aux jeunes actuels et aux générations qui suivront.
    Raison pour laquelle, malgré cet écart de point de vue avec vous, j'estime tout de même vous rejoindre dans cette intention qui vous habite et qu'il me semble, vous nous laissez heureusement en conclusion.
    A laquelle j'ajouterai ici que tant que nous ne sommes pas maîtres de notre destin, individuel ou collectif, nous avons à oeuvrer de manière acharnée pour le devenir...
    Afin que demain, nous ne nous sentions en rien coupables de ce que nous n'avons pas fait.

    Mes salutations les plus réplubicaines, Monsieur.

    VLQL !

    • Fred Plamondon - Inscrit 11 juillet 2016 08 h 53

      Bonjour,

      La perspective de l'auteur est collective, pas individuelle. Comme vous le savez sans doute, on peut interpréter les choses selon notre intérêt et selon l'intérêt collectif. Ici, les rapports de force sont entendus comme un phénomène collectif, ce qui entraîne une responsabilité collective. Il est donc suffisant de nous sentir responsables, sans que ce soit nécessaire de nous sentir coupables.

    • Yves Côté - Abonné 11 juillet 2016 11 h 07

      Monsieur Plamondon, merci de m'apporter la contradiction.
      D'autant plus que vous avez raison, je crois.
      D'ailleurs, c'est bien pourquoi je refuse ici ouvertement de me vêtir de cette culpabilité individuelle qui à mon sens, transpire de partout dans le texte de Monsieur Villeneuve.
      Raison pour laquelle non seulement je lui laisse bien entendu toute opportunité de me dire que je me trompe et que mon sentiment de son expression écrite est fausse, mais où je vais jusqu'à lui tendre littéralement la perche, en toute amitié je crois, pour qu'il le fasse...

      Mes salutations les plus républicaines, Monsieur.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 11 juillet 2016 12 h 05

      @ FB Votre "syllogism"e ne tient pas la route...

    • Claude Bariteau - Abonné 11 juillet 2016 12 h 20

      Monsieur Fred, j'aime votre remarque.

      Par contre, je ne crois pas qu'il soit suffisant de nous sentir responsable. Il faut, si on se sent ainsi, surtout chercher comment changer les choses. En quelque sorte devenir responsable du changement.

      Sans un tel investissement, se sentir responsable, c'est quasiment constater notre impuissance alors que nous avons le pouvoir de changer les choses si on s'investit à créer un ordre de citoyens et de citoyennes, ce que je mets en relief plus bas.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 11 juillet 2016 13 h 13

      Tellement marre de cette culpabilisation à outrance! Tellement marre du nouveau crédo issu peut-être aussi de l'analyse intersectionnelle où la blancheur de la peau est fautive. Je n'ai pas envie de m'excuser d'avoir une peau blanche, d'être hétérosexuelle, d'être relativement en bonne santé et d'avoir un revenu plutôt adéquat! Tout le monde cherche à être en bonne santé et d'avoir un revenu adéquat, non? Faut-il tirer tout le monde vers le bas pour viser l'égalité???

      Est-ce qu'on s'attaque aux discriminations ici ou on s'attaque aux gens, à leurs caractéristiques, celles notamment qu'ils ne peuvent pas changer?

      Je suis contre toutes les discriminations, dont celles contres les Blancs, les Blanches, les personnes en santé, etc.... Vraiment ras-le-bol!

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 12 juillet 2016 06 h 58

      « La perspective de l'auteur est collective, pas individuelle. » (Fred Plamondon)

      « Pantoutt » !

      Éprouvant, sans doute, quelques difficultés à comprendre ou saisir ce qui s’est récemment vécu aux USA, l’auteur, en situation de découverte scolaire intense, chercherait à appliquer-valoriser, maladroitement ou pas, une nouvelle grille d’analyse de société dite post-moderne (voir A) qui, liée au monde de l’observation et de l’intervention interindividuelles, lui permet d’avancer quelques idées susceptibles de l’aider-éveiller dans sa démarche individuelle (de type « je me sens coupable de ») et collective (« les autres, aussi ») !

      De cette démarche, inspirante à souhait, cet auteur apprendra, sans crainte, à …

      … nuancer ! - 12 juillet 2016 -

      A : https://fr.wikipedia.org/wiki/Reconstructivisme

  • Léon Désaulniers - Abonné 11 juillet 2016 06 h 21

    Il est important de demeurer critique...

    Il y a une tendence ces temps-ci à confondre la société américaine avec la nôtre.
    Bien que perméable à ce qui nous vient de nos voisin du sud, elle ne comporte pas les mêmes réalités historiques pour ce qui a trait aux armes à feu et aux tensions raciales.

    • Jocelyne Lapierre - Abonnée 11 juillet 2016 07 h 43

      J'ai remarqué avec effroi ce même réflexe malsain de bien des Canadiens, mais surtout des Nouveaux arrivants à confondre nos société et notre histoire avec celle des Américains.

      L'auteur de ce message est si profondément conditionné à dénigrer l'Homme blanc que j'en suis tristement déconcertée. Il a morfu pleines dents à l'hammeçon des médias, vecteurs de la désinformation et de la distorsion ou manipulation de la réalité qui ont pour but de diviser le peuple, tout comme les politiques du multiculturalisme. Mais, bien la grande majoriténe veut pas voir ce qu'elle voit.

  • Hélèyne D'Aigle - Inscrite 11 juillet 2016 06 h 31

    S o l i d a i r e. . . .


    " Le travail de déconstruction " ( Gabriel Villeneuve ) est en marche !

    " Ce qu'on ne peut pas dire , il ne faut pas le taire , mais l'écrire . "

    ( Jacques Derrida )

  • Claude Bariteau - Abonné 11 juillet 2016 06 h 50

    Le discours et le pouvoir

    Les discours fait partie du pouvoir. Vous le dites puisque vous reconnaissez avoir été fabriqué par un discours .

    Le discours affirme le pouvoir. Et celui-ci a ses racines dans les armées, les religions, les entreprises, les médias, les régimes politiques, et cetera. Tous des organismes qui construisent ensemble un univers référentiel dans lequel leurs dirigeants peuvent s'y sentir légitimés.

    Or, pour l'être, ils se doivent de gérer même la critique en étant tolérants à tout ce qui ne vient pas remettre en question leur pouvoir. Mais intolérants à ce qui peut le faire.

    Et ce qui peut le faire n'est pas un contre-discours. Depuis ils les supportent en gérant les débordements et, lorsque des débordements s'annoncent, ils les censurent ou les dirigent vers une voie de garage.

    En fait, pour qu'un autre discours voit le jour, il faut un contre-pouvoir. Dans les régimes démocratiques, ce contre-pouvoir ne peut prendre forme qu'en mettant de l'avant un ordre différent de l'ordre actuel. Et cet ordre ne peut être que celui des citoyens et des citoyennes.

    Cet ordre implique le contrôle du politique par les citoyennes et les citoyens plutôt que par les intermédiaires au pouvoir au service des pouvoirs à la base de l'ordre actuel.

    Le contrôlant, ils peuvent neutraliser l'ordre religieux, car cet ordre banalise celui des citoyens et des citoyennes.

    Ils peuvent amener l'armée à servir les citoyens et les citoyennes plutôt que les intérêts des détenteurs du pouvoir religieux, économique et politique.

    Ils peuvent inviter les entreprises à valoriser ce nouvel ordre en les incitant à travailler pour le bien collectif.

    Ils peuvent surtout valoriser la diffusion d'informations et d'oeuvres qui contribuent à l'irradiation d'un discours du genre de celui qui vous anime.

    C'est là, me semble-t-il, qu'il faille s'investir, car, seul, le contre-discours demeurera un outil entre les mains du pouvoir actuel.

    • Yves Côté - Abonné 11 juillet 2016 11 h 12

      Quelle hauteur de propos et quelle clareté de démonstration, Monsieur Bariteau.
      Je vous en remercie d'autant plus que sans aucune flagornerie de ma part, j'en jalouse les étudiants qui ont eu l'occasion de vous cotoyer.

      Salutations amicales, Monsieur.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 11 juillet 2016 07 h 20

    … vivre ou selon ?!?

    « J’ai alors compris que nous étions tous aussi racistes, homophobes et sexistes que la société dans laquelle nous vivons et que nous avions un travail de déconstruction considérable à effectuer. » (Gabriel Villeneuve, Étudiant en littérature anglaise, Université Concordia, Montréal)

    « tous aussi (…) que la société » ?

    Vraiment ?

    Si, de cette phrase, on devait remplacer les mots « racistes, homophobes, sexistes » par d’autres mots tels que « déficients intellectuels », « malades mentaux », qu’adviendra-il de l’ensemble propositionnel ?

    Tous « déficients » … que la société ?

    On-dirait que, de ce remplacement de mots, quelque chose « nous » échappe, notamment, lorsqu’il s’agit de promouvoir ce qui entoure le phénomène lié au domaine du reconstructivisme à grande échelle !

    Entre-temps, l’être-humain, tout comme le monde animal ou végétal d’ailleurs, naît, bouge et tombe et ; pendant qu’il bouge, cet être humain assume ou pas ce que la communauté, ou la société, donne à valoriser, à …

    … vivre ou selon ?!? - 11 juillet 2016 -

    • Yves Côté - Abonné 11 juillet 2016 11 h 13

      Excellent texte qui nous oblige tous à réfléchir, monsieur Blais.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 11 juillet 2016 16 h 18

      « Tous « déficients » … que la société ? » ; lire plutôt : Tous aussi « déficients » … que la société ? » (nos excuses) - 11 juillet 10#6 -