Lettre - Vivre en société: un risque à assumer

Jamais a-t-on autant parlé de «risques» que ces dernières semaines. Le risque d'être opéré par une chirurgienne séropositive, le risque de manger un Big Mac farci de mauvais gras, le risque de présenter des acteurs au cinéma en train de griller une cigarette, le risque de transmettre la grippe à ses semblables, et j'en passe.

Il semble généralement de bon aloi de chiffrer, de mesurer, d'évaluer le fardeau économique entraîné par ces risques, qui pèse surtout sur notre «système de santé». Mises en garde illustrées sur les paquets de cigarettes et bientôt sur les aliments jugés «dangereux», port du masque encouragé chez les gens qui présentent des symptômes de la grippe: tous les moyens sont bons pour empêcher les citoyens de se frotter à ces terribles fléaux.

Au delà de l'absurdité liée au désir d'évacuer tout risque potentiel sur sa santé et son bien-être, une chose me frappe dans cette inflation du «risque»: son individualisation. Le risque serait causé par le comportement malsain, destructeur ou carrément irresponsable d'un individu. Vous l'aurez remarqué, cet individu fait maintenant l'objet d'une vigoureuse campagne de moralisation et d'«hygiénisation» à grands frais d'avertissements jouant sur la menace. À quand la dénonciation de collègues de bureau fumeurs? À quand le regard culpabilisant posé sur un «grippé» sans masque? À quand une brigade effectuant la tournée des McDonald's afin de retirer le Big Mac de la main des clients? Voilà un vrai risque.

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