Dans les bureaux d’une «start-up» californienne

Bien que nous possédions beaucoup de talent au Québec, il semble que nous abordons souvent les avancées avec plus de méfiance que d’intelligence, selon Bobby A. Aubé.
Photo: iStock Bien que nous possédions beaucoup de talent au Québec, il semble que nous abordons souvent les avancées avec plus de méfiance que d’intelligence, selon Bobby A. Aubé.

L'an dernier, en visitant la Silicon Valley, j’ai eu l’occasion de passer une journée dans les bureaux d’Osmo. Une start-up californienne qui conçoit des jeux éducatifs pour enfants en amalgamant réalité augmentée, iPad, et des objets tangibles tels que des lettres, des chiffres ou du papier.

Elle a été fondée par deux anciens de chez Google qui ont notamment travaillé sur le vaste projet de Google Books et sur le développement de l’intelligence artificielle (IA) en vision numérique. Leur objectif avec Osmo est d’humaniser le rapport qu’entretiennent les enfants avec la technologie, et ce, en reliant les mondes physique et virtuel dans leur éducation.

C’était quelque part vers la fin du mois d’avril 2015. J’avais pris le train à partir de San Francisco avec mon frère (designer chez Osmo) jusqu’à Palo Alto. Descendus du train, nous avions marché plus ou moins une dizaine de minutes jusqu’à une petite maison qui ressemblait davantage à un chalet de campagne qu’à un bureau d’entreprise. L’intérieur n’avait lui-même rien à voir avec un centre d’affaires ; la salle de travail ressemblait à un local de jeux en ligne et il régnait dans le salon un désordre modeste, semblable à ceux qu’on retrouve chez les artistes de talent. Dans l’une des chambres se trouvait un N64 de première génération où les employés faisaient des tournois de Super Smash Bros sur les heures de dîner.

Si je pouvais trouver un mot pour décrire l’endroit, ce serait sans doute quelque chose de bien simple, quelque chose comme « chaleureux ».

Tout ça pour dire que ça ne ressemblait en rien à un lieu où l’on a fait naître une idée qui s’est valu une place parmi les meilleures inventions de 2014 dans le Time Magazine. Car il s’agit bien de ça : une simple idée qui, tout en participant activement au développement de la réalité augmentée et aux avancées en IA, est peut-être en train de révolutionner la façon dont apprendront les enfants d’ici quelques années.

Révolution dans le salon

Du moins, c’est ce dont j’ai été convaincu après avoir assisté à l’une de leurs rencontres d’équipe. Et je dois avouer que, bien que j’aie assisté dans ma vie à un grand nombre de conférences et de séminaires sur divers sujets, j’ai rarement eu l’occasion de voir autant d’intelligence réunie dans un même lieu.

Cette rencontre n’avait d’ailleurs rien à voir avec une réunion traditionnelle. Nous étions simplement assis dans le salon, au sol ou sur un divan, et nous discutions d’idées. L’une parlait de sa conception (très bien documentée) de l’apprentissage chez un enfant, l’autre de sa vision à long terme (très long terme) des champs auxquels pourrait s’étendre le concept de leur technologie. Quelques-uns s’opposaient ici et là à certaines idées sans retenue. Chose qui semblait bien naturelle dans cet endroit où la contestation et la remise en question sont plus obligatoires qu’optionnelles.

Malgré tout, je crois bien que jamais je n’ai vu une équipe si bien orchestrée dans son travail et si équilibrée dans sa vision. Je savais pourtant que la Silicon Valley est bien connue pour ça : cette approche décomplexée quant aux avancées technologiques, ce rejet des formes hiérarchiques traditionnelles, surtout en affaires.

Échange

En reprenant le train le soir venu, je me souviens avoir pensé que, si les Californiens pouvaient en apprendre beaucoup de nous sur le plan des politiques sociales, nous aurions beaucoup à apprendre d’eux sur cette façon d’approcher la technologie. Car bien que nous possédions beaucoup de talent au Québec et que quelques belles initiatives prennent forme (je pense par exemple à Téo Taxi), il me semble que nous abordons souvent les avancées avec plus de méfiance que d’intelligence. Préférant parfois rejeter tout en bloc plutôt que de s’approprier et d’innover.

1 commentaire
  • Marc Davignon - Abonné 22 juin 2016 07 h 43

    Hum!

    Intelligence versus méfiance? Il faut encore travailler vos concepts!