Justice et sécurité pour les femmes autochtones

Qu’est-ce qu’une femme disparue? Viviane Michel, présidente des femmes autochtones du Québec, dit que c’est une femme qu’on ne retrouve plus.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Qu’est-ce qu’une femme disparue? Viviane Michel, présidente des femmes autochtones du Québec, dit que c’est une femme qu’on ne retrouve plus.

Au Canada, des femmes autochtones ont été et sont toujours maltraitées, violées et tuées. Selon Amnistie internationale, 1017 femmes et filles ont été tuées entre 1980 et 2012, un taux de féminicide 4,5 fois plus élevé que pour les autres femmes au Canada. Et on sait que les chiffres sont plus élevés quand on inclut les femmes autochtones disparues, car de nombreux meurtres ne sont jamais rapportés aux autorités.

Qu’est-ce qu’une femme disparue ? Viviane Michel, présidente des femmes autochtones du Québec, dit que c’est une femme qu’on ne retrouve plus. C’est une femme autochtone qui est partie, sans que personne ne sache où elle est maintenant. Cela implique les prétendus dispositifs de protection et d’aide de l’État. Le fait d’arracher des enfants autochtones par l’adoption ou par leur réclusion dans les pensionnats, amplifié par les sévices sexuels des adultes a déstabilisé la vie de ces jeunes femmes. C’est vrai aussi pour les hommes, mais l’intersectionnalité (Kimberlé Crenshaw, 1994) de la race et du sexe porte une double discrimination pour ces femmes.

Lorsque ces femmes fuient la violence en quittant leur famille ou leur communauté, elles deviennent plus vulnérables et, donc, des proies faciles pour les prédateurs sexuels. Et peut-être pire encore, quand ces femmes vont chercher de l’aide, elles font face à des réactions de déni, de dérision et de racisme. Comme on l’a récemment vu dans l’affaire de Jian Ghomeshi, et dans l’étouffement des affaires de viol sur les campus universitaires d’Amérique du Nord, les hommes jouissant d’un pouvoir social, sont lavés de tout soupçon dans ces crimes envers les femmes. Selon la chercheuse Holly Johnson de l’Université d’Ottawa, sur 460 000 plaintes de violence sexuelle, seuls 1519 hommes ont été reconnus coupables. L’inaction de la part des autorités et du gouvernement fédéral indique qu’il y a peu de protection pour les femmes autochtones et peu de mesures répressives contre les hommes qui utilisent la violence contre cette population.

Qu’est-ce que la violence politique ?

On peut dire que la violence politique permet d’atteindre certains buts politiques. Ainsi, la police et les forces de l’ordre exercent un pouvoir autonome conduisant parfois à des actes illégaux. L’État a fermé les yeux sur les atrocités vécues par les enfants autochtones dans les pensionnats, et un fonctionnaire comme Duncan Campbell Scott avait ouvertement exprimé sa fierté dans ce projet violent de « tuer l’Indien dans l’enfant ! ». Les adultes (prêtres, religieuses, administrateurs) qui ont blessé ces enfants n’étaient d’ailleurs pas soumis aux lois du pays, ni punis.

Lorsque dans une société des actes de violence profonde et ouverte ciblent un groupe particulier, en toute impunité pour les agresseurs, cela indique une sorte de violence politique. Incontestablement, la violence de meurtriers comme Robert Pickton peut être appelée « féminicide ». Il semble que le système de justice canadien ne soit pas capable d’apporter la justice aux femmes dans les cas d’agression sexuelle. Le blâme et l’humiliation envers les femmes qui portent plainte et espèrent obtenir justice sont un scandale judiciaire.

Dans ce même ordre d’idées, la délocalisation des communautés autochtones, sur plusieurs générations, est un moyen pour exploiter leurs terres. Elle a aussi déstabilisé les femmes autochtones (ex. : l’exploitation de gaz, des mines, de l’uranium, des métaux, des arbres). Ce fait a été confirmé par Barbara McInerney, directrice de Kaushee’s Place, un refuge pour femmes à Whitehorse, et est soutenu dans la recherche de Mills, Dowsley et Cameron (2013). Également, il y a un aspect important qui consiste à maintenir les femmes autochtones dans une « classe inférieure », dans la pauvreté, en les excluant économiquement et en les éloignant d’emplois bien payés et qui respectent la dignité humaine. Ainsi, elles se prostituent pour survivre, en recevant l’argent des hommes qui paient pour user et abuser de leur corps.

Ces femmes marginalisées font partie d’un système qui profite de leur souffrance. De nombreux avocats sont devenus riches grâce à leur travail sur le Common Experience Payments, encore une fois basé sur la détresse des Autochtones. Tous ces éléments le prouvent, c’est une industrie basée sur l’idée que les Autochtones ne sont pas en mesure de gérer leur propre vie et leurs propres communautés. Or, pour faire en sorte que ces individus ne soient plus en mesure d’agir, on doit les blesser, les diagnostiquer et les contrôler au niveau médical et psychiatrique. Nous sommes donc bien loin des changements structurels nécessaires pour atteindre l’égalité, rétablir la dignité et réparer les crimes commis contre l’humanité sur la terre de nos aïeux.

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Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, un extrait du numéro du printemps 2016 de la revue Possibles.


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