Merci, Bernard!

Le député de Marie-Victorin et leader parlementaire de l’opposition officielle, Bernard Drainville
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le député de Marie-Victorin et leader parlementaire de l’opposition officielle, Bernard Drainville

Lettre cosignée par plus de 120 personnes

Le député de Marie-Victorin et leader parlementaire de l’opposition officielle, Bernard Drainville, a annoncé mardi dernier son départ de la politique. Nous prenons la plume aujourd’hui pour le remercier, pour lui souhaiter bonne chance dans ses nouvelles fonctions, ainsi que pour émettre quelques voeux quant à l’avenir de son héritage.

En dix-huit mois de gouvernement minoritaire, force est d’admettre que le ministre Drainville n’a pas chômé : élections à date fixe, vote sur les campus, dépôt d’un projet de loi sur l’abolition des indemnités de départ pour les députés démissionnaires (adopté par le présent gouvernement), plafond des dons aux partis politiques fixé à 100 $ par contributeur. Toutes ces mesures avaient un but précis : renforcer la crédibilité et la légitimité des institutions politiques.

En plus de son engagement indéfectible à la promotion de l’indépendance du Québec, Bernard Drainville a mené contre vents et marées son principal et plus passionné combat, celui de la laïcité. Cette lutte, le député sortant l’a assumée jusqu’au bout. Lors de son allocution de démission, il y revenait en rappelant sa conception exigeante du service public et la justesse de la charte des valeurs québécoises.

Un héritage à préserver

La laïcité n’est pas une guerre contre les religions, mais une mise sur un pied d’égalité de toutes les croyances et non-croyances. Elle est une distinction entre la sphère publique et la vie privée, obligeant chacun à reconnaître que la religion fait partie de la seconde, et non de la première. Elle est un facteur d’équilibre et de cohésion sociale, et est même la condition sine qua non d’une diversité harmonieuse. Si les sociétés sont hétérogènes et que chacun dispose de ses propres convictions religieuses, la neutralité de l’État s’impose d’autant plus. La charte des valeurs québécoises, en marquant cette distinction claire entre les préférences personnelles et les principes régissant l’action publique, constituait un pas dans la bonne direction.

Cette détermination dans le projet laïque, les Québécois l’ont appuyée avant, pendant et après le débat sur la charte. Alors qu’ils sont aujourd’hui dirigés par un gouvernement qui y est farouchement opposé et qui flirte plutôt avec l’idée de réprimer la critique des religions, le courant laïque devra continuer à occuper une place centrale dans le débat, de même qu’au sein de la coalition souverainiste. Il va sans dire que rien n’est, à ce jour, réglé quant à l’épineux débat concernant les accommodements religieux, dont nous parlons pourtant depuis une dizaine d’années sans que rien se fasse. Les pires dérives sont à envisager.

Il importe que l’héritage de Bernard Drainville survive à son départ. Nous veillerons au grain afin de nous assurer que la défense décomplexée de la laïcité à laquelle s’est admirablement consacré Bernard Drainville trouve un prolongement dans le futur.

 

34 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 21 juin 2016 05 h 15

    Laïcité ou neutralité religieuse

    Beaucoup de Québécois portent des signes d’appartenance religieuse. Que ces signes soient ostentatoires ou non, ils sont visibles et ne laissent pas de doute quant à l’appartenance religieuse de celui ou celle qui le porte.

    La laïcité de type républicaine s’appuie sur les dispositions constitutionnelles (en France notamment) qui sont absentes dans la Canadian Constitution de 1982.

    En évitant les mesures disciplinaires que nécessite une laïcité de type républicain (et qui déchirent régulièrement l’opinion publique française), il m’apparait plus efficace et moins couteux d’instaurer la neutralité religieuse de l’État.

    Être neutre, c’est être indifférent.

    La neutralité, c’est vivre et laisser vivre. C’est permettre à n’importe qui d’être différent tant qu’il n’essaie pas d’obliger les autres à devenir comme lui.

    La neutralité religieuse de l’État consiste donc à laisser à chacun la liberté de vivre sa religion comme il l’entend… du moment que cela ne porte pas atteinte aux droits des autres de vivre selon leurs principes à eux.

    Dans le cadre de la neutralité religieuse, le citoyen n’a pas à renier sa foi — ni aux manifestations extérieures de celle-ci — avant de donner ou de recevoir un service public.

    Ce laisser-faire intentionnel signifie que les employés de l’État reflètent la diversité de la Nation; plusieurs pigmentations de la peau, des sexes différents, des croyances religieuses diverses, des tenues vestimentaires variées, des colorations capillaires semblables à ce qu’on voit dans la rue, et des accents qui reflètent les manières régionales de parler, etc.

    Le jour où cette controverse sera résolue, on sera davantage en mesure d'apprécier la contribution remarquable de M. Bernard Drainville à la vie démocratique québécoise, occcultée par cette controverse regrettable.

    Merci aux signataires de cette letttre de le souligner.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 21 juin 2016 06 h 16

    … souverain !

    « … qui flirte plutôt avec l’idée de réprimer la critique des religions, le courant laïque devra continuer à occuper une place centrale dans le débat, de même qu’au sein de la coalition souverainiste » (Simon-Pierre Savard-Tremblay, Pierre Karl Péladeau, Gilles Proulx, Djemila Benhabib et Xavier Barsalou-Duval)

    Bien sûr que certes, mais certaines tendances, optant pour l’assimilation ou la bravade, préfèrent oublier ou mésestimer et discontinuer non seulement le monde de la laïcité mais également l’héritage de Bernard (Charte), et ce, au nom d’un ou plusieurs d.ieux !

    De ce point, on-dirait qu’on ne parvient pas, encore une Xième fois, à se ressaisir-dessaisir de cette lamentable et cruelle mentalité-culture du temps de Duplessis-Léger qui, refaisant sans cesse surface avec des articulations-appellations-expressions nouvelles (islamophobie, christianophobie, homophobie … .), continue d’exercer pression-influence sur la conscience « souterraine » du peuple du Québec, hélas !

    Le jour où l’on comprendra et écartera cet insidieux phénomène, citoyenneté et laïcité apparaîtront libres, volontaires, responsables, et fières d’un Québec autonome, autodéterminé et …

    … souverain ! - 21 juin 2016 -

  • Pierre R. Gascon - Abonné 21 juin 2016 06 h 56

    Une fausse laîcité à éviter

    Depuis quelque temps, nous glissons graduellement d’une laïcité de l’État à une laïcité de la société; un glissement indu, car l’expression publique et sociale de sa foi fait partie du droit de chaque croyant. Il y a donc une fausse laïcité qui se traduit dans les faits par une politique contribuant à accélérer un certain effacement du religieux. Effacement, éloignement et affaiblissement des religions, c'est la méthode utilisée par ceux qui préconisent une fausse laïcité.

    Il y a aujourd’hui tout un courant militant qui souhaite étendre la référence de l’espace publique à la laïcité, non seulement à l’État mais à la société entière, réduisant ainsi l’expression publique et sociale des religions. Il s’agit d’une forme de laïcisme qui veut enfermer le religieux dans le domaine du privé et de l’intime et lui interdire toute forme d’expression dans l’espace public.

    L’État est laïc. La société est pluralisme.

    Une société démocratique est une société plurielle, où dans le respect de l’ordre établi, toutes ces expressions publiques des religions doivent pouvoir se manifester. Ainsi, dans une société pluralisme, tout élu qui ne croit ni en Dieu, ni au diable, ne peut refuser ni ignorer les religions. L'acte de foi est libre. Personne ne peut le contraindre ou l'interdire.

    Notre société a une autre ambition; être une société, non pas où on musèle les religions, mais une société qui permet à celles-ci d'enrichir la vie sociale elle-même.

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 juin 2016 09 h 43

      Des exemples, je vous prie? Des crèches devant les hôtels de ville ou des prières au conseil municipal? C'est l'État. Des médecins portant le hidjab; les médecins travallent pour l'État.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 21 juin 2016 17 h 44

      Monsieur Auclair, l'effacement du religieux consiste à enlever le nom d'une école ou d'une rue. Sûrement que vous en avez vu dans votre entourage, au cours des dernières années; et cela s'accentue.

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 juin 2016 08 h 22

      Préférez-vous vraiment un nom d'école comme Saint-Pascal-Baylon-annexe à Simone-Monet?

  • Michel Lebel - Abonné 21 juin 2016 06 h 58

    Une grave erreur!

    Une erreur de taille dans ce texte: celle qui veut limiter la religion à la sphère privée. Dans une démocratie, dans un État de droit, la religion relève de la sphère privée et de la sphère publique. Les laïcistes ont toujours été tentés de la réléguer à la sacrisitie, refusant d'admettre ce que la religion peut apporter au bien d'une société. Mais ainsi vont certaines idéologies: elles veulent rapetisser l'Homme et son environnement.

    Michel Lebel

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 21 juin 2016 09 h 53

      J'ai une crainte M. lebel, c'est que la valeur de mes actions sur le marché de l'épargne perdent de la valeur.
      Je suis très satisfait de la stabilité que m'apporte les libéraux.

      Robert Bob Lafleur.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 21 juin 2016 11 h 28

      À la défense de Drainville, l'ancienne première ministre a voulu sciemment lui imposer une Charte des valeurs, voulant ainsi évacuer de l'espace publique tous les signes religieux.

      Quant à moi, il est impératif qu'une charte de la laïcité puisse reconnaître les religions comme des partenaires et non des concurrents; ainsi, les relations Église-État peuvent et doivent donner lieu à un dialogue respectueux, porteur d’expériences et de valeurs fécondes pour l’avenir de notre nation.

    • Michel Thériault - Inscrit 21 juin 2016 11 h 53

      [ ... que la religion peut apporter au bien d'une société. ] - Michel Lebel

      Vous avez tort monsieur, la religion n'apporte AUCUN bien à une société. Il faut l'éradiquer coûte que coûte.
      Vous voulez prier ? Faites-le dans votre salon.

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 juin 2016 13 h 21

      Monsieur Gascon, il ne s'agissait pas d'éliminer les symboles religieux de l'espace public, mais uniquement de l'espace étatique.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 21 juin 2016 13 h 58

      Monsieur Thériault, admettez-vous, à tout le moins, que l'expression publique et sociale de la foi d'un croyant n'est autre que le respect de toutes les croyances de la part de l'État, qui assure le libre exercice des activités cultuelles, spirituelles, culturelles et caritatives des communautés de croyants.

      Dans une société pluraliste, la laïcité est un lieu de communication entre les diverses traditions spirituelles et la nation.

    • Cyril Dionne - Abonné 21 juin 2016 21 h 47

      Les religions, ou le culte des amis imaginaires, ne sont pas les bienvenues dans la sphère étatique. Il doit y avoir un mur jeffersonien entre ces croyances personnelles et l'État et toutes ces sectes qui devenus par l'usure du temps (sans parler de l'endoctrinement des enfants et de la violence), des religions.

      En quelques mots seulement, on se doit de réduire l’équation de la doctrine religieuse à sa plus simple expression; l’intégrisme. Pour les gens sensés, la spiritualité est proportionnelle à la démocratie et à l’humanité et inversement proportionnelle à la ségrégation sexuelle, à l’esprit de doctrine et à la soumission aux rites de masse.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 21 juin 2016 22 h 18

      Monsieur Thériault, quand vous écrivez : Il faut l'éradiquer coûte que coûte, voulez nous dire que vous exprimez la volonté d'en faire un combat antireligieux; je préfèrerais que vous en fassiez un débat qui nous permettrait de bien connaître le fondement de votre pensée.

    • Michel Thériault - Inscrit 22 juin 2016 12 h 11

      M. Gascon, avec tout le respect, j'ai passé l'étape de débattre à savoir si oui ou non, il y a des petits bonhommes dans le ciel et si nous devons permettre l'endoctrinement de nos enfants en leur laissant croire à ces histoires. Suis-je anti-religieux ? Absolument (et je m'affirme).
      Je prône plutôt d'enseigner à nos enfants à "penser". La religion est une affaire personnelle qui ne devrait PAS aller plus loin que le seuil de notre porte. Et surtout pas dans l'espace public.
      Désolé que ma réponse ne vous plaise pas.

  • Michel Thériault - Inscrit 21 juin 2016 07 h 04

    La charte doit revenir

    Avec encore plus de mordant.