L’impact d’une mauvaise gestion politique

Le gouvernement pourrait choisir le F-18 Super Hornet de Bœing comme celui-ci appartenant à la marine américaine.
Photo: Anna Van Nuys / US Navy / Agence France-Presse Le gouvernement pourrait choisir le F-18 Super Hornet de Bœing comme celui-ci appartenant à la marine américaine.

Une rumeur s’est ébruitée dans les médias voulant que le gouvernement de Justin Trudeau envisage de remplacer les avions de chasse CF-18 par une version plus moderne, le F-18 Super Hornet de Boeing. Celle-ci veut que le processus d’acquisition serait bouclé, sans appel d’offres ouvert et transparent tel que promis lors de la dernière campagne électorale.

Différentes déclarations du gouvernement libéral attestent de cette éventuelle décision. Le ministre de la Défense nationale affirme sur un ton alarmiste que le Canada ne pourra bientôt plus remplir ses engagements auprès de ses alliés dans le cadre du North American Aerospace Defense Command (NORAD) et de l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord (OTAN). De son côté, le premier ministre remet publiquement en question la fiabilité du fameux F-35 développé par Lockheed Martin. Le fait que le gouvernement canadien n’ait pas fait son paiement annuel pour être partenaire au programme F-35 ne fait qu’attiser la rumeur d’une décision éventuelle.

Des questions en suspens

La plupart des commentateurs tentent d’expliquer, tant bien que mal, cette volte-face du gouvernement. En outre, il n’est pas évident de savoir si le choix du Super Hornet est une solution provisoire, pour laquelle ont opté les Australiens en 2007, ou si cet achat serait une décision définitive, pour le long terme. La possibilité d’exploiter deux flottes d’avions différentes n’a pas été évoquée par le gouvernement. Celle-ci est une option possible certes, mais beaucoup plus coûteuse. En résumé, le gouvernement laisse actuellement plusieurs questions en suspens.

En outre, le gouvernement semble n’avoir aucune nouvelle information ou analyse sérieuse pour appuyer ses arguments et justifier cette décision. À l’opposé, le gouvernement danois vient au même moment de sélectionner le F-35 après un processus rigoureux, transparent et appuyé par différentes analyses indépendantes.

Plusieurs analyses exposent les conséquences possibles si le gouvernement va de l’avant avec l’achat des Super Hornet. L’une des plus importantes serait la remise en question du projet commun sur le F-35 de Lockheed Martin, un plan permettant actuellement aux compagnies canadiennes de participer à la production de l’aéronef. Une reconsidération du projet pourrait même mener à une poursuite du fabricant pouvant s’élever à plusieurs milliards. Le poids politique de cette décision est plutôt important, accentuant la pression sur les libéraux.

Comme les conservateurs

Devant les critiques de l’opposition, on tente de calmer le jeu lors des débats en Chambre en certifiant que le gouvernement n’a pas encore pris une décision définitive et que celui-ci étudie toujours l’ensemble des options. L’approche des libéraux rappelle paradoxalement celle des conservateurs, qui avaient été critiqués pour leur manque de transparence. En souhaitant prendre leurs distances avec le choix des conservateurs pour le F-35 aux élections, les libéraux jouent maintenant la carte partisane et politisent un enjeu déjà complexe.

Il serait fort surprenant que le Canada n’achète pas un avion de chasse de conception américaine en raison de ses différents engagements internationaux et de sa relation avec les États-Unis sur le plan sécuritaire et économique. Le Super Hornet est donc la seule option avec le F-35. Aussi, le Canada n’est pas le seul des pays partenaires au programme F-35 qui soit hésitant, et ce, avec raison. D’ailleurs, le F-35 n’est toujours pas opérationnel et ne le sera probablement pas avant encore quelques années. Néanmoins, le gouvernement devrait revenir à la promesse électorale de tenir un processus permettant de créer un consensus politique.