Un magistère unique

Durant un demi-siècle, Claude Ryan a exercé un magistère unique au Québec et au Canada. De la Révolution tranquille à l'affirmation du mouvement souverainiste, de la Crise d'octobre au rapatriement de la Constitution, l'homme a produit de la pensée. Il a éclairé les causes et les effets des événements susceptibles d'infléchir l'évolution sociale, les équilibres économiques, les destins liés du Québec et du Canada dans la longue durée.

La vigueur et la rigueur de ses analyses ont marqué ces événements. Elles marqueront aussi ses évaluations d'ensemble, tels notamment ses deux textes plus récents consacrés à l'héritage de la Révolution tranquille et à l'incidence de la Charte canadienne des droits. Sous-jacents à ses interventions d'ensemble, une conception et un engagement convergents autour des valeurs du libéralisme social pour les questions d'ensemble, une conception et un engagement convergents autour des valeurs humanistes pour les questions liées au sens de la vie, de chaque vie.

Un privilège

J'apprends, en Afrique de l'Ouest, le décès de M. Ryan. J'ai eu le privilège de lui succéder à la direction du Devoir, en 1981, après un intérim assuré avec qualité par Michel Roy. L'institution était alors encore fortement marquée par l'ancien directeur de l'Institut canadien d'éducation des adultes, l'ancien responsable des mouvements des Jeunesses catholiques.

Je connaissais évidemment l'oeuvre minutieuse de l'éditorialiste. Sa capacité à débattre aussi. Je l'avais affronté en quelque sorte au moment où, président de la Ligue des droits et libertés, nous cherchions à concilier droits individuels et droits collectifs. Maurice Champagne, Léo Cormier, Stella Guy, Lisette Gervais, Jacques-Yvan Morin, Pierre Jasmin, Monique Rochon et bien d'autres participèrent à ces débats.

Claude Ryan s'était alors révélé à nous dans ce qu'il portait d'essentiel: une conviction inébranlable dans la capacité de chacun et de tous à conjuguer droits et responsabilités, une conviction complémentaire et aussi inébranlable dans la responsabilité collective à reconnaître, soutenir et défendre cette capacité de chacun et de tous.

Convictions

Ces convictions constituent les fondements de son oeuvre considérable. Elles ont déterminé son évaluation de la permanence et du changement, son appréciation des rapports entre les groupes sociaux, son analyse des projets collectifs, celle aussi des rapports entre le Québec et le Canada. Ces convictions se sont révélées dans ses analyses exigeantes, ses démonstrations rigoureuses et ses conclusions et propositions rationnelles. Elles étaient d'abord l'expression d'une foi inébranlable dans la personne humaine, dans la capacité de chacun et de tous à comprendre, délibérer et décider.

Sous la raison, une autre dimension se laisse voir, celle privilégiant une haute conception de l'altérité et de ses composantes: l'égalité constitutive et la liberté fondamentale de la personne.

Telles étaient les valeurs de l'homme remarquable que nous saluons aujourd'hui, sa compréhension profonde du destin de chaque personne. La force aussi de son intervention vigoureuse et exigeante. Elle a, durant un demi-siècle, marqué nos esprits, nos débats, nos vies, le Québec et le Canada.

Monsieur Ryan, merci.

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