Droit des femmes: ni défenseur ni opposant

Journaliste et homme politique très influent, homme d'idées et de conseils, Claude Ryan n'a toutefois jamais été reconnu comme un défenseur des droits des femmes, ni comme quelqu'un qui a contribué à faire avancer leur cause. Cela ne faisait sans doute pas partie de ses préoccupations, ni de ses priorités.

En revanche, il ne s'est non plus jamais opposé aux écrits et aux initiatives des journalistes responsables de ce dossier. Il leur faisait confiance et respectait leur autonomie, sachant que Solange Chalvin, alors directrice de la page féminine, et moi-même connaissions l'orientation idéologique du journal.

Tolérant

C'était au moment des travaux de la Commission royale d'enquête sur la situation des femmes au Canada (commission Bird) chargée d'étudier les grands dossiers de l'heure, entre autres ceux de l'égalité entre hommes et femmes, de la contraception, de l'avortement. Face à ces questions délicates, M. Ryan était tolérant dans la mesure où les commentaires de ses journalistes ne venaient pas heurter ses sentiments religieux et ses croyances.

Il n'a jamais exercé de réelle censure quand ces questions ont été traitées dans la page féminine, qui devait s'intégrer au reste du journal au début des années 1970 lorsque Solange Chalvin et la direction du journal ont jugé que l'information concernant les femmes et la famille était d'intérêt général et méritait d'être lue aussi bien par les hommes que par les femmes.

Le directeur ne s'est pas opposé non plus quand, en 1975, j'ai suggéré la publication hebdomadaire d'une chronique intitulée L'Année internationale de la femme et appelée à disparaître par la suite, mais qui, à la demande du Conseil du statut de la femme et de nombreuses associations, a poursuivi sur sa lancée pour devenir Féminin pluriel. Claude Ryan n'a jamais été un instigateur en ce qui concerne la situation des femmes, pas plus qu'il ne fut un opposant.

Le baseball

Les arts et lettres ont pris davantage d'importance dans les pages du Devoir avec son arrivée, mais lui-même, bourreau de travail, ne s'accordait que peu de loisirs, si ce n'est une partie de baseball à l'occasion. Un jour que, avec mon mari et un autre couple, nous faisions la queue pour voir un film au cinéma Élysée, M. Ryan sort de la salle de projection en compagnie de son épouse. Il nous salue et sent aussitôt le besoin de se justifier comme un enfant pris en flagrant délit: «Je suis venu au cinéma parce que Madeleine voulait absolument voir ce film...» Homme austère, il était peu attiré par ce type d'activité.

Les journalistes renouvelaient leur contrat de travail et voulaient obtenir un per diem plus élevé lors de leurs déplacements à l'extérieur de la ville. Après discussions avec les négociateurs qui n'en démordaient pas, visiblement agacé par cette demande syndicale qu'il jugeait exagérée, le patron a lancé: «Vous n'avez qu'à aller manger chez Murray's et coucher au Y!» Il y allait bien, lui, manger chez Murray's tous les midis, se contentant d'un bol de soupe et d'un pouding au riz.

S'il tenait serrées les finances du Devoir, il savait ce que voulait dire le mot «économiser»: une enfance difficile vécue dans la pauvreté le lui avait appris durement, son père ayant abandonné sa mère avec trois jeunes enfants à élever seule, sans argent.

Chaque matin, quand il arrivait au journal, Claude Ryan venait dans la salle de rédaction dont il faisait le tour d'un coup d'oeil. Autour du comptoir et de la table à café, on savait qu'on pouvait aller lui parler. Il était là, disponible pour ses journalistes.

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