Il faut rétablir quelques faits

Il s’est dit beaucoup de choses sur le projet de loi 70 ces dernières semaines, et en particulier autour du programme Objectif emploi qui touche exclusivement les premiers demandeurs à l’aide sociale. Il est nécessaire de rétablir les faits en reprenant les principales accusations de ses détracteurs :


Objectif emploi « s’attaque » à tous les assistés sociaux du Québec.

C’est faux. Le programme s’adresse uniquement aux nouveaux demandeurs de l’aide sociale sans contrainte à l’emploi. Il s’en présente approximativement 17 000 au Québec chaque année sur un total de plus de 400 000 bénéficiaires. Pourquoi eux ? Parce que les recherches indiquent qu’ils sont les plus faciles à mobiliser si on leur fournit les ressources dont ils ont besoin et si on les place dans l’obligation de participer à des mesures visant à améliorer leur potentiel humain.

Objectif emploi va appauvrir les plus pauvres.

C’est faux. Les premiers demandeurs, sans contrainte, recevront une allocation spéciale pouvant porter leur revenu mensuel jusqu’à 986 $ par mois. Les allocations offertes visent à encourager et à soutenir les participants qui auront le choix entre : la recherche d’un emploi, le retour aux études ou un suivi psychosocial dit de « pré-employabilité » puisque certains ne sont tout simplement pas prêts à un retour aux études ou à une éventuelle prise d’emploi. Toutes ces pistes permettront aux participants d’améliorer leurs chances de quitter l’aide de dernier recours.


Le gouvernement les obligera à occuper un travail pour lequel ils seront peu ou même pas du tout payés.

C’est faux. Les participants qui sont en mesure d’occuper un emploi seront soutenus financièrement en plus d’être accompagnés par des ressources spécialisées pour trouver un emploi qui leur convient. Des emplois il y en a, et les employeurs consacrent beaucoup d’énergie pour les recruter. Les emplois qu’ils occuperont éventuellement seront de vrais emplois, rémunérés comme tout autre emploi.


La démarche d’Objectif emploi est essentiellement punitive et vise à faire des économies sur le dos des plus pauvres.

Rien n’est plus faux. La mise en place d’Objectif emploi exige au contraire l’ajout de sommes importantes afin de bonifier les montants des allocations et l’encadrement des participants tout au long de leur parcours vers les études ou l’emploi. Il est vrai que le programme implique un engagement du prestataire et que des manquements à ses engagements pourront entraîner des diminutions de l’aide offerte. Toutefois, les sommes en cause n’ont rien à voir avec les investissements budgétaires, qui se comptent en plusieurs dizaines de millions de dollars. L’opposition a d’ailleurs reconnu les efforts du gouvernement ces derniers mois pour bonifier le programme même si elle s’oppose toujours à l’idée de pouvoir obliger les nouveaux demandeurs à s’engager dans une démarche, quelle qu’elle soit.


Objectif emploi nourrit les préjugés envers les assistés sociaux.

Lesquels ? Il s’appuie au contraire sur des faits bien établis. Tout d’abord, après deux années consécutives à l’aide sociale, les risques que la durée du séjour s’allonge augmentent dangereusement. Il faut donc agir en priorité en amont par un suivi personnalisé comme nous comptons le faire. De plus, le volontariat dont certains vantent tant les mérites actuellement a démontré ses limites : à peine 15 % des jeunes à l’aide sociale au Québec ont participé à une mesure de réinsertion sociale, et une partie d’entre eux seulement l’ont terminée. C’est trop peu et pendant ce temps, des milliers de jeunes hypothèquent leur avenir. On se vante de respecter leur choix alors que plusieurs d’entre eux n’ont jamais eu la chance de grandir dans un milieu leur fournissant un encadrement suffisant pour réussir leur vie. Cette situation est devenue difficilement tolérable alors que des milliers d’emplois ne trouvent pas preneurs partout sur le territoire du Québec.


Objectif emploi est contraire aux chartes des droits national et international.

C’est faux. L’exigence de réciprocité ou d’engagement mutuel est devenue au contraire une norme internationale à laquelle le Québec échappe, mais il ne devrait pas s’en vanter compte tenu de la surreprésentation de prestataires de l’aide sociale sur son territoire, notamment de jeunes. Des pays qui font beaucoup mieux que nous aujourd’hui sur le plan de la lutte contre la pauvreté n’hésitent pourtant pas à poser des attentes et des sanctions plus consistantes que celles proposées par Objectif emploi. Et personne n’oserait prétendre que la Suède, la Norvège, le Danemark, l’Allemagne, et les Pays-Bas violent les libertés fondamentales de leurs citoyens en imposant des obligations à leurs prestataires d’assurance-emploi ou d’aide sociale. Il en va de même pour la France, l’Angleterre et la majorité des provinces canadiennes. Encore faut-il cependant trouver la formule qui nous convient bien tant sur le plan de l’efficacité de la mesure que de notre volonté de protéger les plus démunis.

Diminuer la pauvreté exige un effort sur plusieurs fronts à la fois : le revenu bien entendu, mais aussi l’éducation et l’employabilité. Peu de gens savent aujourd’hui que dans l’état actuel des choses, il est impossible d’exiger d’un prestataire de l’aide sociale au Québec, récemment arrivé ou non, qu’il rencontre une seule fois un agent pour évaluer sa situation et lui offrir des moyens de s’en sortir. Comprenons-nous bien : pas une seule rencontre ne peut être exigée ! Ce laissez-faire est devenu à mon avis intenable et isole le Québec des meilleures pratiques dans le monde en vue de diminuer l’exclusion sociale et la pauvreté. Le volontariat, les chiffres le prouvent, a lamentablement échoué, c’est pourquoi nous proposons l’adoption du programme Objectif emploi qui permettra de mobiliser de façon durable les nouveaux demandeurs de l’aide sociale.

6 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 8 juin 2016 07 h 52

    Il faut rétablir les faits: L'aide sociale est déjà coupée de 725$ par mois

    Couper un chèque de 616$ par mois, c'est scélérat.

    Le ministre Blais aura beau nous expliquer en long et en large pourquoi il faut sanctionner ses prétendus «apte à l’emploi» selon les critères gouvernementaux précisément établis pour pouvoir enlever le pain de la bouche aux plus pauvres. Il demeure que couper une prestation famélique de 616$ par mois, c’est scélérat.

    Et c’est scélérat non seulement parce qu’une telle coupure est une sanction inacceptable qui réduira les chances d’intégration des personnes assistées sociales, mais parce qu’elle constitue une attaque directe à la sécurité alimentaire et donc au droit à la vie.

    Un manque à gagner de 725$ par mois...

    Et question de situer la loi 70 du ministre Blais dans un contexte général. Il faut savoir que les prestations d’aide sociales sont «déjà» amputées et fortement. Puisque si ces mêmes prestations avaient été équitablement indexées au coût de la vie comme les autres systèmes de transferts: RRQ, CSST, pensions du Canada etc, le chèque d’aide sociale serait aujourd’hui non pas de 616$ par mois, mais de 1299,87$ par mois selon l’étude du Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ).

    C’est pourquoi couper un misérable chèque de 616$ par mois déjà sévèrement amputé de 725$ par mois, c’est scélérat.

    Si le ministre tient tant à faire des économies, qu’il cherche donc du côté des 10 milliards par année que le Québec donne en cadeaux de toutes sortes aux riches, aux banques et aux entreprises multinationales, au lieu de gratter des fonds de tiroirs en coupant dans une prestation déjà plus que 100% en dessous du seuil de pauvreté au mépris même des plus élémentaires droits humains et de la dignité des prestataires.

    Christian Montmarquette

    Référence :«Le front commun des personnes assistées sociales du Québec»

    « L’histoire du droit à l’aide sociale au Québec (1969-2011)»

    .

  • Maxime Parisotto - Inscrit 8 juin 2016 09 h 16

    Si votre gouvernement avait réellement crée 250000 emplois comme promis, on aurait pas mal moins de monde sur le BS.
    Mais une promesse de politicien...

  • Hélène Paulette - Abonnée 8 juin 2016 10 h 14

    Au-delà des belles paroles...

    Je ne vois nulle part comment vous allez changer la culture qui sévit dans vos prétendus centres d'emploi où vos agents tiennent plus du policier que du travailleur social. Comment vous allez changer la mentalité des employeurs plus à la recherche d'emplois subventionnés que d'employés à temps pleins qui coûtent plus cher en charge publique. Ni comment vous allez simplifier l'accès du bénéficiaire à son agent.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 8 juin 2016 14 h 52

      Madame Paulette.

      Votre commentaire met à nu le paravent et l'hypocrisie que cache le fameux programme coercitif du Ministre Blais.

      -:)

  • Jean Jacques Roy - Abonné 8 juin 2016 14 h 19

    Le ministre sait-il pourquoi existe l'aide sociale?

    " Il s’en présente approximativement 17 000 au Québec chaque année sur un total de plus de 400 000 bénéficiaires."

    - Premier fait: plus ou moins 5% de nos concitoyens vivent dans la pauvreté et l'indigence.

    - Autre fait, si nous regardons en haut de la pyramide sociale, 5% des contribuables du Québec déclarent des revenus dépassant 100 000$.

    - Autre fait. Ce nombre des 17000 nouveaux arrivants annuels à l'aide sociale, correspond grosso modo au nombre de nos concitoyens les plus riches qui déclarent des revenus qui dépassent 500 000$.

    En résumé: le plus pauvre du club sélect des riches déclare un revenu moyen x jour qui dépasse 1360$ alors que le plus pauvre des assistés sociaux recevra en moyenne x jour 20.50$. Les chiffres parlent par eux-mêmes pour démontrer non seulement l'écart inimaginable qui sépare les riches les plus pauvres des pauvres dans la misère. La réponse classique pour expliquer ces disparités sociales se résume dans le cliché: les riches sont riches grâce à leurs talents et leur travail et les pauvres par "le manque" de... Pas besoin de répéter les préjugés.

    Quant au ministre Blais, il prétend avec le projet loi 70 faire progresser l'insertion sociale en menaçant de couper jusqu'à 10.25$ x jour la prestation aux assisté.es sociales qui ne participeraient pas au programme dont il fait la promotion: "objectif emploi"! Avec un maigre 20.50$ on vit dans la misère malgré les aides des bénévoles et des soupes communautaires! Qu'arrivera-t-il avec ceux et celles qui pour une raison ou l'autre devront "se débrouiller" avec 10.25 x jour?

    Le ministre Blais ne craint-il pas que son fameux programme coercitif, au lieu d'encourager à l'insertion au "cheap lebor légal", poussera au contraire les jeunes à se tourner au mieux vers le travail au noir et au pire vers la délinquence et la créminalité?

    Le ministre laisse croire qu'un programme de dépannage comblerait les carences que le système d'éducation en place n'a pu faire!

  • Stéphane Martineau - Abonné 8 juin 2016 17 h 20

    Honte

    Honte à ce gouvernement pour qui le bien commun n'a aucun sens.