Lettres: Un homme libre devant les pouvoirs

La Conférence religieuse canadienne (CRC), qui représente 25 000 religieuses et religieux vivant au Canada, se joint à tous ceux et celles qui déplorent le décès de monsieur Claude Ryan et qui saluent en lui le jeune militant engagé au nom de sa foi, le journaliste aux analyses rigoureuses, le citoyen qui a osé plonger en politique, le croyant aux vues larges, mais surtout l'homme libre devant tous les pouvoirs.

Chez cet homme intègre, issu des milieux de l'Action catholique, la rigueur des principes n'empêcha jamais la recherche des compromis sans lesquels une société ne peut connaître la paix sociale. La force de ses analyses le conduisait à identifier des voies de coopération pour sortir des impasses. En quelques circonstances on fit d'ailleurs appel à lui comme médiateur pour rapprocher des parties en conflit.

Au nombre des valeurs qui ont inspiré sa vie personnelle et professionnelle, celles qui caractérisent l'héritage judéo-chrétien lui étaient particulièrement chères. Monsieur Ryan savait puiser dans le patrimoine des grands écrivains la lumière qui lui permettait d'éclairer les problèmes contemporains. Il connaissait et aimait assez la tradition catholique romaine pour la critiquer au besoin et pour ne pas l'imposer à ses interlocuteurs. Pratiquant la discrétion sur la place publique, il a accueilli avec sérénité les changements de mentalité qu'il constatait dans les générations montantes, confiant que l'être humain, guidé par l'Esprit de Dieu, peut progresser par des chemins inédits.

Qu'il nous soit permis de relever ses préoccupations pour la justice sociale. Le rapport publié en avril 1998, L'État québécois et la pauvreté, dont il a présidé le groupe de travail du Parti libéral du Québec, dénonçait l'appauvrissement qui touchait davantage les classes moyennes et les milieux moins favorisés. Ce document peut encore inspirer les élus car il porte une vision de société qui reconnaît au gouvernement la responsabilité de prendre des initiatives efficaces pour contrer les effets d'exclusion de l'économie néolibérale sur les individus et les familles.

En cet intellectuel chrétien et ce citoyen généreux nous reconnaissons les traits des leaders animés d'une compassion qui prend en compte « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout [...] car il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur» (Concile Vatican II, Constitution pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps, 1965). [...]

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