Redonnons le PQ à tous les Québécois

L’épisode de la charte des valeurs, portée par Pauline Marois et Bernard Drainville, a contribué à la perte de confiance envers le PQ, estime l’auteur.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne L’épisode de la charte des valeurs, portée par Pauline Marois et Bernard Drainville, a contribué à la perte de confiance envers le PQ, estime l’auteur.

Le Parti québécois a déjà été un grand parti, un petit miracle démocratique pourrait-on même dire. Fondé sur l’idée que la démocratie fonctionne lorsqu’on croit à l’intelligence des gens et porté par un politicien qui avait incarné le service public et le service de la vérité tout au long de sa carrière, le PQ avait réussi, à coups d’assemblées de cuisine, à donner le goût du Québec et de l’espoir à de nombreux Québécois.

Aujourd’hui, les choses ont changé. Le lien de confiance est brisé entre le PQ et les électeurs québécois. Une première explication vient de la perception que le Parti québécois se soucie davantage de son projet de pays que de l’intérêt supérieur de l’ensemble des Québécois. Alors que notre réseau de santé est sérieusement malmené, que notre système d’éducation s’effrite, que la langue française est en recul, que nos cours d’histoire sont falsifiés et que nos institutions sont abolies ou corrompues, le Parti québécois débat encore et toujours de son calendrier référendaire. La démarche péquiste est ainsi davantage fondée sur la recherche d’une stratégie (telle la gouvernance souverainiste) ou d’un stratagème (telle la charte des valeurs) qui mènera à la souveraineté, que sur les principes d’écoute de la population et de service de la vérité. En ce sens, elle ne repose pas beaucoup sur l’intelligence des Québécois, car elle fait porter l’initiative indépendantiste par l’État et non par la société civile.

Le PQ est également aux prises avec des problèmes de cohérence dans son message. Nous avons vu, à plusieurs reprises, un nouveau chef péquiste promettre à ses militants une stratégie renouvelée qui mènera à une victoire référendaire rapide. Avant l’échéance électorale, constatant les réticences de l’électorat, le chef se ravise et tempère les ardeurs pour rassurer la population. Le Parti libéral (comme la CAQ) attaque la cohérence du chef et laisse planer le risque d’un programme secret menant à un référendum. Finalement, le PQ perd les élections et conclut qu’un nouveau chef permettra de tenir un référendum rapide et gagnant. Or, le PLQ aura été au pouvoir 13 des 15 dernières années en misant presque exclusivement sur la peur du référendum pour s’assurer de la victoire. Les conséquences d’un autre mandat libéral en 2018 seraient désastreuses pour le Québec, sur les plans économique, social, culturel, mais aussi de la prévention de la corruption et sur le plan de la confiance en nous-mêmes.

Une autre source de perte de confiance est l’épisode de la charte des valeurs. Le PQ, dont la mission était jadis de mettre fin aux injustices, a renié ses valeurs de tolérance et de service de la démocratie. Certains groupes de Québécois se sont sentis définitivement exclus de l’identité québécoise. Celle-ci s’effrite, comme si elle devenait l’exclusivité de ceux qui souhaitent la tenue d’un référendum. Il faut y remédier de toute urgence.

Le Québec est donc pris dans un cul-de-sac démocratique où les Québécois sont à ce point divisés que le Parti libéral du Québec peut rester indéfiniment au pouvoir malgré la culture du mensonge qu’il a instaurée depuis 2003. Devant ces déceptions, plusieurs électeurs se sentent orphelins et réclament la création d’un parti progressiste davantage à À l’écoute de la population qu’à la poursuite d’un prochain référendum. Mais le départ de M. Péladeau ouvre la porte à un renouveau au sein du PQ qui pourrait, espérons-le, revenir à ses valeurs fondatrices. Après plusieurs discussions, bon nombre d’orphelins politiques estiment qu’il vaut mieux unir nos forces que de diviser davantage les Québécois. Le PQ est-il capable d’accueillir une telle diversité dans ses rangs ? La question mérite d’être posée. Chose certaine, les Cloutier, Hivon, Lisée et Ouellet sont non seulement des candidats honnêtes et compétents, mais ils forment probablement la seule équipe à pouvoir donner aux Québécois un bon gouvernement et à nous libérer de la culture du mensonge des libéraux, et ce, dès 2018.

Pour que les Québécois entendent ce message, il faut d’abord regagner leur confiance. Contrairement aux autres candidats, je propose deux principes fondateurs forts et clairs en ce sens. Le premier est que le respect de la volonté et de l’intelligence des Québécois et leur droit à l’autodétermination, doivent primer les stratégies référendaires. Par conséquent, non seulement il n’y aura pas de référendum dans un mandat du parti Québécois en 2018, mais un tel référendum n’aura lieu à partir de 2022 que si la population énonce clairement qu’elle désire un tel référendum via un mécanisme objectif et neutre. Nul besoin de passer le projet dans la gorge des Québécois, le service de la vérité et un service public honnête mèneront les Québécois à tirer les conclusions qui s’imposent. Le deuxième principe est que le PQ doit mettre une croix non équivoque sur l’épisode de la charte des valeurs, notamment en devenant le leader en matière de prévention du racisme et d’autres formes de discrimination, comme l’homophobie. Ma candidature à la chefferie du Parti Québécois repose sur l’idée que désormais, le Parti québécois sera le parti de tous les Québécois, à la défense de tous les Québécois.

Le reste de ma campagne portera sur la manière dont une équipe honnête et de qualité du Parti québécois pourra rebâtir le Québec et redonner le goût du Québec dès 2018, mais il faut d’abord reconnecter le PQ avec l’ensemble des Québécois. Le respect de la volonté populaire et de l’intelligence des gens vis-à-vis du projet référendaire et le principe de porte ouverte à tous les Québécois en luttant contre la discrimination sont des conditions sine qua non de ce nouveau pacte de confiance. Le PQ a une responsabilité envers le Québec et l’ensemble des Québécois : c’est la seule institution capable de mettre fin à la culture du mensonge érigée en politique publique par un Parti libéral qui est depuis trop longtemps au pouvoir. J’invite tous les Québécois qui ont le goût du progrès à prendre leur carte de membre et à prendre part, eux aussi, au changement qui doit s’opérer au Québec.

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47 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 3 juin 2016 02 h 45

    le jour choisit

    Redonnons le Québec a tous les québécois celui de nos ancetres et de nos patriotes, faisons de ce Bas Canada une république , arretons de tourner autour du pot et organisons une élection référendaire, peut-etre le jour choisi, car je crois que la vie est toujours une affaire de timing

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 3 juin 2016 05 h 18

    … !

    « je propose deux principes fondateurs ; Le premier est que le respect de la volonté et de l’intelligence des Québécois ; Le deuxième principe est que le PQ doit mettre une croix non équivoque sur l’épisode de la charte des valeurs ; Le reste de ma campagne » (Paul St-Pierre-Plamondon, avocat, candidat, direction, Parti québécois)

    De cette proposition principielle, il est comme sage de reconnaître qu’elle tend à escamoter ce qui a fondé ce parti (mouvance populaire d’alors) ainsi que ses valeurs originelles qui, décrites et améliorées par les Drainville entr’autres, tablaient sur la prévention et la préservation de l’identité québécoise, et ce, dans une éventuelle démarche possible de libération et d’autodétermination.

    Quant au « reste », le doute persiste …

    … ! - 3 juin 2016 -

  • Michel Thériault - Abonné 3 juin 2016 06 h 21

    Charte des valeurs

    "Une autre source de perte de confiance est l’épisode de la charte des valeurs." - Paul St-Pierre-Plamondon

    Oui, mais pas pour les mêmes raisons que vous évoquez. Cette charte doit revenir, avec encore plus de mordant. Nous sommes déjà trop tolérants au Québec, de vrais mollusques.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 3 juin 2016 08 h 58

      Tous les jugements finaux prononcés à ce jour par les tribunaux canadiens vont dans la même direction : celle de permettre, dans la mesure du possible et du raisonnable, de faire exception aux règles habituelles lorsque cela permet aux citoyens de répondre à leurs exigences religieuses. C’est ce qu’on appelle les accommodements raisonnables.

      Pour un gouvernement, avoir du leadership, c’est de préparer son peuple à faire face à l’avenir. Le gouvernement Marois rendait un mauvais service à tous ceux qui se fiaient sur lui en suggérant une voie contraire à la jurisprudence actuelle en matière de droits religieux.

      Voilà pourquoi sa Charte de la laïcité aurait dû être une Charte de la neutralité religieuse de l’État, visant au contraire à respecter dans la mesure du possible les _croyances religieuses_ des citoyens.

      La Charte était une grave erreur, à laquelle j'ai tenté en vain de m'opposer à l'époque. Mme Marois et le PQ ont payé chèrement le prix de cet égarement.

    • Pierre Desautels - Abonné 3 juin 2016 10 h 19


      Parizeau, Duceppe, Landry et Bouchard, entre autres, avaient de fortes réserves à propos de cette charte de la honte. Pour ma part, en tant qu'indépendantiste, jamais je ne voterais pour le PQ si elle revenait à l'ordre du jour. Par contre, si jamais j'étais assuré qu'elle était mise au rancart, je pourrais revenir si le parti prend des engagements de centre-gauche...

    • Jacques-Olivier Brassard - Abonné 3 juin 2016 11 h 28

      « Voilà pourquoi sa Charte de la laïcité aurait dû être une Charte de la neutralité religieuse de l’État, visant au contraire à respecter dans la mesure du possible les croyances religieuses des citoyens. » - Jean-Pierre Martel

      Bien que leur nocivité respective soit évidente, voire démontrée, la tolérance à l’égard des croyances religieuses et le maintien de la vente des produits du tabac semblent se justifier à partir des mêmes raisons économiques et électoralistes.

      La cigarette est encore en vente libre et l’église de scientologie a encore pignon sur rue.

  • François Beaulé - Abonné 3 juin 2016 06 h 53

    St-Pierre-Plamondon se trompe de parti

    L'indépendance du Québec est le principal projet qui rallie les membres du PQ. Elle est au coeur de l'identité de ce parti. Il est inconcevable que ses membres votent en majorité pour Paul St-Pierre Plamondon. Ils refuseront que leur parti soit ainsi détourné de son projet fondamental.

    PSPP sera vite perçu par les membres du PQ comme un corps étranger, un imposteur ou un microbe dont ils doivent se débarasser rapidement.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 3 juin 2016 15 h 42

      M.St-Pierre-Plamondon, comme sur amie Mme. Joly à une autre époque, ne cherche que de la visibilité avant de se lancer sous une autre forme.

  • Gilbert Bournival - Abonné 3 juin 2016 07 h 11

    Indépendance

    affaire de la société civile non d'abord de la politique

    • Christian Montmarquette - Abonné 3 juin 2016 09 h 21

      À Gilbert Bournival

      " Indépendance : affaire de la société civile non d'abord de la politique" - Gilbert Bournival

      De plus en plus d'accord avec vous là-dessus.

      Si les citoyens veulent faire l'indépendance politique de leur territoire, c'est à eux d'abord que revient le choix et le travail de le faire; ce qu'ils ne font pas et qui démontre leur faible niveau de motivation sur la question.

      Alors que les partis politiques ont definitivement tendance à utiliser la question nationale comme un simple intrument électoral.

      Sans compter que les partis nuisent à la question nationale en divisant les souverainites en plusieurs camps politiques dans une lutte fratricide.

      Christian Montmarquette

    • Raymond Labelle - Abonné 3 juin 2016 22 h 11

      En effet, l'appétit ne semble pas grand pour un référendum dans la société civile. PSPP d'ailleurs déplorait avec raison l'obsession référendaire du temps (encore très récent) où il se déclarait orphelin politique.