L’indispensable reconstruction

La prospérité des Canadiens dépend de la relation du Canada au monde. Obscurcie cette dernière décennie par une conduite erratique, mesquine et opaque, cette relation s’est éloignée des partenaires du pays ; boudés dans le cas des États-Uniens, mal évalués dans celui des Chinois et ignorés s’agissant des Africains. De plus, les relais du gouvernement dans la société civile pour son action internationale ont été méprisés, et les instances internationales dédiées à la sécurité et au développement mésestimées. Bref, le Canada s’est mis en marge de la communauté internationale. Cette dernière a pris note et lui a signifié en privant le pays de Lester B. Pearson d’un siège au Conseil de sécurité.

La relation du Canada au monde doit être reconstruite. Indispensable, la tâche sera longue et ardue. Le Québec doit y participer, y faire valoir ses intérêts et chercher à en tirer le maximum de bénéfices.

Annoncée par le premier ministre Trudeau et évoquée par le ministre Dion, cette reconstruction affectera nos actions au sein des institutions internationales, fera varier nos investissements dans le monde et devrait multiplier nos entrées dans les chaînes d’approvisionnement économique, technologique et culturel qui innervent la planète.

Les initiatives se multiplient. La ministre Bibeau, de la Coopération internationale, lance une consultation « afin de renouveler la politique du pays en matière d’aide internationale ». Sa collègue Freeland, du Commerce international, ouvre une consultation sur le Partenariat transpacifique (PTP) et pourrait autoriser Exportation et Développement Canada à entrer dans le champ de l’investissement public international. Pour sa part, la ministre Joly, du Patrimoine, annonce une série de consultations « en vue d’adapter la politique culturelle à l’ère numérique », de réviser les soutiens au contenu des programmes et de pénétrer les marchés internationaux. Enfin, puisqu’il faut choisir, la stratégie fédérale de développement durable doit rejoindre les objectifs mondiaux retenus à la conférence de Paris.

Les diplomates « politiques » du nouveau gouvernement, tel l’ambassadeur Marc-André Blanchard auprès des Nations unies, évoquent déjà la qualité renouvelée de la signature canadienne.

Amorcée, la reconstruction appelle la production de pensées nouvelles. Il n’y a pas de statu quo ante à recréer, mais un nouveau monde à comprendre. Telles sont les exigences du basculement de la richesse de l’Ouest vers l’Est, du déploiement universel de l’ère numérique, des exigences écologiques globales et de la suprématie économique démographique de l’Asie et de l’Afrique. Y vivront demain 80 % des humains, une majorité des consommateurs solvables et des internautes. Leur part du PIB mondial doublera, de 25 % à 50 %.

L’Afrique

On doit regretter que l’Afrique occupe une place marginale dans la révision en cours. Dégradée sous les gouvernements Harper successifs, la relation du Canada avec le continent est au plus bas depuis que le Canada s’est intéressé, pour la première fois, à l’Afrique dans les années 1960-1970.

L’Afrique du XXIe siècle est le continent de toutes les croissances. Sa population passera de 1,2 à 2,4 milliards de personnes d’ici 2040, dont une bonne moitié sera alors urbaine. Ses besoins sont et seront colossaux. À titre d’exemple, déjà insuffisants, ses systèmes scolaires devront accueillir plus d’un demi-milliard d’enfants d’ici le milieu du siècle.

L’Afrique n’a pas besoin de prêchi-prêcheurs qui la juge de loin et de haut. Elle a besoin d’investissements susceptibles de réduire la pauvreté et l’iniquité, de transformer les conditions des plus pauvres et des plus vulnérables. Ces objectifs ont été privilégiés par le nouveau gouvernement fédéral canadien. Elle a besoin urgemment d’investissements pour accroître sa production agricole, obtenir sa part de la production industrielle globale et tirer bénéfice de l’économie numérique. Bref, moins de vernis sur le statu quo, moins de programmes doucereux aux effets fugaces et plus d’investissements dans des domaines premiers tels l’énergie, le transport et l’éducation.

Les intérêts du Québec

On doit regretter que le Québec public à travers son gouvernement, et le Québec privé à travers les organisations de la société civile aient porté, au mieux, une attention distraite aux multiples travaux en cours visant la reconstruction du lien du Canada au monde.

Pour le succès de ses plans économiques, technologiques et culturels, le Québec doit apporter sa contribution à ces travaux et y faire valoir ses intérêts. Les meilleurs esprits des ministères en cause devraient consulter les opérateurs de la société civile, les experts universitaires, les responsables de nos grandes institutions publiques et privées telles Hydro-Québec, la Caisse de dépôt, la Coop fédérée, etc. Bref, préparer les matériaux dont leurs maîtres politiques ont besoin pour réussir la négociation entre les partenaires canadiens que suppose la reconstruction des liens du Canada avec le monde.

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2 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 2 juin 2016 07 h 55

    Mondialiste aujourd'hui, mondialiste toujours

    "La prospérité des Canadiens dépend de la relation du Canada au monde."

    Faux. Le territoire au nord du 45e parallèle est riche à cause de ses richesses naturelles et du système démocratique qui a été implanté à la suite de nombreux sacrifices. Rien à voir avec la Chine, les États-Unis, l'Afrique ou les Nations Unies.

    Le libre échange ne créait pas de la richesse pour les gens ordinaires, mais bien pour ce 1% qui est intercontinental aux paradis fiscaux. Ce qu'on a vu depuis plusieurs décennies, ce sont les emplois qui assuraient un niveau de vie acceptable pour la majorité des gens, partir vers des pays en voie de développement. Comment voulez-vous être en compétition avec des pays qui sont socio-économiquement inférieurs au vôtre et qui traitent leur population comme des esclaves ?

  • Denis Paquette - Abonné 3 juin 2016 09 h 47

    les relations la clé du bonheur

    Et pourtant nous savons tous que les relations c'est la clé du bonheur il n'y a que les conservateurs qui ne savent pas ca