Faux départ à la course à la direction du PQ

Jean-François Lisée est allé au-devant des concurrents dans une attitude transparente et courageuse appréciable chez tout candidat, selon Gérard Lévesque.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Jean-François Lisée est allé au-devant des concurrents dans une attitude transparente et courageuse appréciable chez tout candidat, selon Gérard Lévesque.

La couverture médiatique organisée par les candidats Hivon et Cloutier pour lancer leur campagne à la chefferie est symptomatique à plus d’un égard. La sympathique Véronique, malgré le calendrier extrêmement serré de cette course, annonce qu’elle fera campagne en sillonnant allègrement cet été les parcs publics en famille, à la rencontre des citoyens. Telle la cigale de la fable, peut-on penser !

Le candidat Cloutier, tel l’Alexandre le bien heureux de la course, s’est situé dans l’après-course par son programme aux citoyens une fois élu. Déjà, prétend-il, « l’heure est au rassemblement des Québécois ». Est-ce fuite en avant pour ne pas s’investir dans une course souhaitée sans obstacles ?

Ce qui détonne davantage, c’est l’ensemble de l’opération. La politique-spectacle nous a habitués au déploiement médiatique au point où elle ne nous étonne plus. Pourtant ce départ de la course constitue une erreur flagrante, relevant de la confusion des genres. À la différence d’une campagne électorale visant l’ensemble des citoyens, une campagne à la chefferie doit s’adresser aux membres qui doivent élire le chef. Voilà de quoi déterminer les contenus, les temps et les lieux d’intervention des candidats. Cela valait pour l’annonce de la décision d’être de la course.

Le défi des candidats

Les candidats doivent principalement s’adresser directement à ces électeurs, sans intermédiaire et sans interférence de l’extérieur. Leurs échanges intensifs avec eux doivent convaincre les militants qu’ils sont aptes à être l’âme dirigeante des tâches du parti. Ils doivent faire la démonstration que leurs perspectives sont porteuses d’éclairage dans les différents dossiers. Un projet de bon gouvernement, de rapatriement de pouvoirs ou un projet de pays ? Accent sur la fierté nationale, défense de nos sièges sociaux, cul-de-sac du fédéralisme, protection identitaire ? Et la recherche de convergence ? Et la mécanique référendaire, le projet de Constitution ?

On reconnaît le véritable leadership par le fait que la force et l’intelligence des convictions, bien servies de préférence par l’art de communiquer, suscitent spontanément l’adhésion. C’est aussi grâce à l’ascendant de ce rare charisme, non à l’agitation médiatique et les sourires à la caméra, que le légitime aspirant à la direction du PQ pourra assurer l’unité du parti.

La course, preuve de leadership

Toute course ne favorise pas le leadership de haut niveau. Les démarches préalables entreprises par les candidats Cloutier et Hivon constituent une erreur de parcours plus grave encore que le lancement médiatique lui-même.

Leurs échanges avec leurs partisans ont eu lieu discrètement, avant même la tenue de débats. Fort probablement aussi avant qu’ils aient pu exposer amplement leurs convictions à leurs partisans, et certainement avant qu’ils aient pu faire montre de l’ouverture d’esprit qu’on peut attendre de tout candidat lors de l’évolution imprévisible de débats à venir. Leurs partisans les ont assurés de leur appui public avant même d’avoir eux aussi assisté aux exposés des autres candidats, malgré même le fait que ces derniers soient encore connus. Leur ralliement fait donc chez eux aussi davantage preuve de fermeture d’esprit que de l’ouverture attendue d’eux comme électeurs. Tout cela compromet grandement le fait que la course soit résolument et franchement animée par une réelle volonté de rechercher le meilleur candidat à la chefferie.

À l’inverse, Jean-François Lisée est allé au-devant des concurrents dans une attitude transparente et courageuse appréciable chez tout candidat. C’est tout à son honneur de s’être présenté sans donner en public le change en tenant à s’entourer d’une flopée de militants. Il y a là de quoi inspirer l’apport de mesures préventives et correctives pour faire la politique autrement en concevant différemment les courses à la chefferie.

Les ententes scellées à l’avance sont contraires à l’esprit même d’une course qui, pour choisir de façon éclairée le chef de parti, donne la chance au coureur pour que, éprouvé par la course, il fasse la preuve de sa capacité strictement personnelle d’être à la tête du parti. Nettement diviseurs, les regroupements rigides avant l’heure substituent à la volonté que le meilleur gagne la mentalité malsaine des compétitions sportives où l’on recherche la victoire, peu importe la performance de nos favoris. Par leur recherche d’appuis précipités, les candidats s’assurent au fond de ne pas avoir à affronter une compétition ouverte. Ce faisant, ne donnent-ils pas à penser qu’il y a en eux un manque de confiance quant à la force et à l’intelligence des convictions à attendre d’un leadership fièrement acquis ?

13 commentaires
  • Christophe Horguelin - Abonné 25 mai 2016 03 h 55

    Eeh?

    On ne comprend pas grand-chose à ces arguments, à part qu'ils tricotent à M. Lisée une couronne de fil blanc.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 25 mai 2016 07 h 31

    … peuple du Québec !

    « Ce faisant, ne donnent-ils pas à penser qu’il y a en eux un manque de confiance quant à la force et à l’intelligence des convictions à attendre d’un leadership fièrement acquis ? » (Gérard Lévesque, Lévis)

    Possible, mais ce doute :

    Bien qu’il aille de soi que l’élection éventuelle d’un chef de parti appartient strictement aux membres, il demeure que, dans le cas du Parti Québécois, ce qui se passe et se vit intéresse non seulement son membership appelé à sceller l’issue d’une telle course de chefferie, mais également le monde des sympathisants ainsi que la population du Québec qui, demeurant sensibles, ou pas, aux préoccupations identitaires, souverainistes ou indépendantistes, ont quelque « chose » à exprimer, à raconter, à faire lier, et ce, de conviction-fierté à la québécoise !

    Manque de confiance ou faux départ ou pas, on-dirait que la présente course, contrairement à celle d’autres partis qui attirent peu d’intérêts, concerne non seulement l’intérieur dudit parti mais aussi et surtout l’extérieur, la population ou le …

    … peuple du Québec ! - 25 mai 2016 –

    Ps. : Demeurant sympathique à cette quête de libération du Québec du Canada, je suis membre-sympathisant d’aucun intérêt de parti sauf celui de … ! Bref !

  • Raymond Labelle - Abonné 25 mai 2016 07 h 41

    Ralliements avant même que les candidats n'émettent leur position.

    En effet. Tous ces ralliements de députés en début de course aux candidats Hivon et Cloutier, avant même que ces candidats n'aient émis un programme ou au moins des positions claires sur des sujets importants, entre autres sur la question qui tue. La position de Mme Hivon est en train de se préciser (assemblée constituante), mais après plusieurs ralliements de députés.

    Mais pourquoi donc ces députés se sont-ils alors rallié?

  • Raymond Labelle - Abonné 25 mai 2016 08 h 09

    Déjà des propositions sur des sujets chauds de JFL - la question qui tue, l'immigration, la santé.

    JFL a déjà des propositions précises sur des questions fondamentales et requérant une attention immédiate.

    1 - le référendum (pas de référendum au premier mandat, référendum au deuxième mandat, pas d'argent de l'État à la promotion de la souveraineté au premier mandat, promotion de la souveraineté par entités militantes non gouvernementales, référendum au deuxième mandat). Il répond précisément à la question qui tue. Pour détails, ici: http://jflisee.org/leadership-chasser-les-liberaux

    2- l'immigration (réduire sensiblement l'immigration, favoriser l'intégration des immigrants déjà ici, entre autres en les traitant avec plus de justice, par exemple sur le plan de la reconnaissance des capacités professionnelles). Pour détails, ici: http://jflisee.org/immigration-rejeter-le-chiffre-

    3 - la santé (entre autres, geler la rémunération des médecins - la hausse récente de leur rémunération est disproportionnée par rapport au coût de la vie au Québec et représente une augmentation sensible des dépenses de l'État sans augmentation de services pour les citoyens) - Pour détails, ici: http://jflisee.org/leadership-sante-stopper-lhemor

    Ça fait déjà beaucoup d'analyse et de propositions sur des sujets chauds, concrets et actuels.

    • Denis Marseille - Inscrit 25 mai 2016 09 h 16

      J'ai la même réflexion que vous. M. Lisée démontre qu'il a un projet structuré et structurant. J'ai été tr`s déçu de la performance des Cloutier et Hivon à la nouvelle émission de Jean-Luc Mongrain. Ils avaient une tribune privilégiée et ils en ont même pas profité. J'espère que les membres du PQ ne feront pas l'erreur du concours de popularité...

    • Michel Blondin - Abonné 25 mai 2016 14 h 11

      Si Lisée, comme chef de gouvernement ne fait pas de référendum, n'investit pas dans certaines analyses, ne fait pas la promotion de son option avec les fonds du gouvernement, est-ce un parti social-démocrate progressiste qu'il veut diriger?
      Veut-il séparer le Québec du faux fédéraliste canadien avec un tire-pois. Faire l'indépendance n’est pas un chemin pour collégiens.
      L'expérience du PQ les 47 dernières années ne lui suffisent pas pour faire ce qu'il faut faire pour mettre de l'avant le projet le plus important, tellement qu'il a besoin d'être au pouvoir comme s'il était encore à l'opposition pour préparer ses… préparations. Il est un adepte extrême toutes catégories confondues de la convivialité débonnaire. Un tordage de méninge, dixième Dan.
      Pourquoi répondre à une fausse question : la date du référendum.
      L’important c’est ce qu’il va faire en préparation du référendum. Pour le moment c’est un juron qui fait l’objet de sa pensée pour exprimer ce qu’il va faire. Sinon, comme il aime rire (en tout respect), il restera un génie de la virgule astucieuse ou du moment de silence plein de sa musique astrale.
      Pour la santé, le système des médecins à salaires ajustés comme dans la plupart des pays efficace est la seule véritable avenue à ce méli-mélo inefficace et ultra coûteux.

    • Raymond Labelle - Abonné 25 mai 2016 16 h 16

      "Pourquoi répondre à une fausse question : la date du référendum."
      Michel Blondin.
      La première question spontanée de l'électeur au PQ: allez-vous faire un référendum pendant votre mandat? Que la question soit vraie ou fausse, le PQ ne peut se permettre le luxe de ne pas donner une réponse claire et limpide. Pas de "peut-être" ou de "ça dépend" ou de "probablement que non à moins que". La proposition de JFL permet de répondre à cette question de façon succincte en utilisant moins de virgules… « Non».

      JFL propose une campagne pour l'indépendance qui commence dès le choix du chef du parti. Cette campagne serait assumée par les partis et organisations indépendantistes, à leurs frais, en tout cas pendant le premier mandat. Je ne sais pas si l'État financerait l'effort pour le deuxième mandat car au deuxième, le gouvernement aurait été élu en annonçant le référendum. Peut-être que JFL en parle - je n'ai pas fait la recherche. Logiquement, je croirais que oui, mais je ne peux confirmer.

      Pour paraphraser Justin, JFL "avait un plan" lors de la course précédente pour faire la promotion de l'indépendance. Celui-ci demeurerait pertinent, en tenant compte des changements de situation, comme par exemple, la création de l'institut de recherche sur l'indépendance. Parmi les faits nouveaux depuis, la publication du livre "Finances d'un Québec indépendant" de Maxime Duchesne (compte-rendu ici: http://www.ledevoir.com/politique/quebec/470897/fi

      Voici ce que JFL avait proposé comme plan de promotion de l'idée d'indépendance: http://jflisee.org/refaire-fleurir-le-gout-de-lind

      Je ne sais pas quel est le plan des autres candidats pour faire cette promotion.

    • Raymond Labelle - Abonné 25 mai 2016 16 h 28

      "Pour la santé, le système des médecins à salaires ajustés comme dans la plupart des pays efficace est la seule véritable avenue à ce méli-mélo inefficace et ultra coûteux."

      Probablement. J'ai vu un reportage télévisé à Radio-Canada sur le système français. En plein centre-ville de Paris, l'hôpital le plus occupé du pays, salle d'attente - deux ou trois personnes. On demande au médecin responsable quel est le temps d'attente moyen - il répond, sur la défensive et d'un air coupable: "Environ une heure, mais nous tentons de faire mieux."

      Le ratio médecin/population en France est du même ordre que le nôtre.

      Quelle serait la différence qui compte?

      En France, les médecins qui travaillent dans les hôpitaux ne travaillent que dans les hôpitaux et sont salariés.

      Et quand c'est un problème qui n'est pas une urgence, on n'est pas obligé d'aller à un hôpital, on a accès à un médecin en clinique.

      Mais, à cause de puissants groupes d'intérêt, il serait peut-être difficile d'instaurer la chose ici, aussi désirable ce changement serait-il.

    • Raymond Labelle - Abonné 25 mai 2016 21 h 12

      Je n'ai malheureusement pas trouvé l'archive vidéo du reportage lui-même sur le système de santé français. Voici, à défaut, le synopsis du reportage. Ça a été présenté en 2013 dans le cadre de l'émission "Une heure sur terre" animée par Jean-François Lépine.

      http://blogues.radio-canada.ca/uneheure/tag/urgenc

      D'après ces sources, j'avais exagéré: l'attente moyenne est d'un peu moins de deux heures. Mais quand même...

    • Raymond Labelle - Abonné 25 mai 2016 22 h 05

      "J'espère que les membres du PQ ne feront pas l'erreur du concours de popularité..."
      Denis Marseille.

      Espérons...

    • Michel Blondin - Abonné 27 mai 2016 06 h 49

      @ Raymond Labelle,
      Permettez-moi de préciser une chose.
      La question de la date du référendum est une fausse question parce que la réponse est toujours la même. Oui, oui, et oui!

      Dans toutes les situations, le PQ n'a pas le choix du courage et de la dignité pour se présenter en élection en respectant son programme que le Québec se prenne en main, de faire du Québec un pays. L'effort se fait avant, pendant et avec le pouvoir.

      Le référendum est la porte d'accession si on n'opte pas pour une élection référendaire. Le système est imparfait et non ajusté à une révolution démocratique mais il n'y a pas d'autre porte démocratique.
      À trop vouloir jouer de finesse des accessoires de bons demi-gouvernement on se fait prendre à ce jeu au détour de ce pourquoi ce parti existe.

  • Colette Pagé - Inscrite 25 mai 2016 13 h 43

    Pas facile à suivre !

    Un argumentaire qui aurait grand besoin d'être retravaillé. Du concret ?