Le cheval comme patrimoine

Nous avons collectivement la responsabilité d’assurer de saines conditions de vie et de travail aux chevaux urbains, de leur fournir des soins et des écuries respectant les normes actuelles en médecine vétérinaire. La Fondation du Horse Palace créée en 2009 ne peut que souscrire à la mouvance citoyenne et politique à cet égard. Nous souhaitons cependant ouvrir plus largement la discussion. Notre organisme est engagé dans la préservation de la plus ancienne écurie encore en usage en Amérique du Nord et de nombreux efforts (investissements, plan d’affaires, études de marchés, levées de fonds, promotion, développement d’un projet de reconstruction, etc.) ont été faits au cours des dernières années pour maintenir et rehausser ce témoin de l’importance historique du cheval en ville.

Les visées de la Fondation sont de maintenir la vocation équestre du site, de sensibiliser le public à l’histoire du quartier tout en s’assurant d’une attitude irréprochable à l’égard de la santé des chevaux, du respect du patrimoine et de la participation de la communauté. Notre projet met en valeur l’importance du cheval dans l’histoire de Montréal, crée une nouvelle écurie répondant aux normes de santé et de bien-être et présente un paddock à l’avant-cour permettant aux chevaux de bouger tout en facilitant le contact avec la population. L’arrondissement du Sud-Ouest, la société civile (population locale/résidants) et des promoteurs locaux supportent et adhèrent à notre initiative.

La récente décision de la Ville d’interdire les calèches pour une année (et de peut-être construire une nouvelle écurie dans le Vieux-Montréal) a un impact direct sur notre mission, mais également sur la cochère et tenancière du lieu et ses chevaux, qui devront être déplacés dans les prochains jours. Rappelons l’état de dégradation et l’urgence de reconstruire l’écurie du Horse Palace ainsi que le risque de perdre un droit acquis si les chevaux devaient quitter le site plus d’un an. L’enjeu ici ne concerne pas que les calèches.

Griffintown est le berceau de la présence du cheval en ville. Le livre de Marie-Hélène Poitras Griffintown a d’ailleurs brillamment exposé la forte présence identitaire du cheval dans le quartier. Les incendies, la modernisation, les expropriations et le zonage industriel de la période moderne ont dilapidé le patrimoine urbain et social de Griffintown. La trame de rue, les quelques maisons, vestiges et édifices historiques situés au travers des nouvelles tours de condos ne peuvent assurer à eux seuls la préservation de l’essence du quartier, si un génie du lieu existe encore… Il en va de la survie de l’âme de Griffintown.

Pourquoi ne pas réactiver l’idée du corridor culturel de la rue Ottawa, établir un centre d’interprétation du cheval, faire du Horse Palace une destination, créer un parcours du cheval avec un traitement de sol distinct (pour les protéger et marquer leur présence), développer une application mobile pour nous informer sur le cheval et pour savoir où sont les chevaux en temps réel, collaborer à rénover l’écurie problématique de la rue Basin qui présente une localisation privilégiée et pittoresque, penser à de l’équitation le long du canal de Lachine, etc. Voilà une opportunité immense, qui ne se représentera pas, de faire du Horse Palace, des chevaux et de Griffintown, une plaque tournante du patrimoine équin montréalais. Une offre rehaussée deviendra non seulement une fierté et un symbole des résidants, mais un attrait touristique sans pareil à Montréal. Un partenariat public/privé serait envisageable. La fondation du Horse Palace collaborerait pleinement avec la Ville et serait une vitrine positive pour faire la promotion du cheval urbain en ville.

Un promoteur voisin du Horse Palace imagine un resto/café avec une vue sur l’écurie, un concept original et singulier. Depuis l’arrivée massive de nouveaux résidants, ceux-ci ont appris à côtoyer ses citoyens inédits, à apprécier les chevaux, à s’arrêter pour les observer, les caresser. À tous les jours, enfants et adultes s’arrêtent devant les écuries, souvent carottes à la main, pour profiter d’un moment privilégié avec eux les chevaux. L’identité et l’unicité de Griffintown devrait passer par la célébration du cheval, la mise en valeur des parcours de calèches, la restauration des écuries et une nouvelle programmation d’activités. Les initiatives de la Maison Saint-Gabriel dont la « run de pain » à cheval à Pointe Saint-Charles s’inscrivent dans cette même volonté de respecter et de réinsérer le cheval dans notre milieu de vie. Réfléchissons ensemble aux enjeux de condition de vie des chevaux dernièrement mis en lumière et travaillons à magnifier leur présence en ville, à révéler un lieu, à imaginer une expérience de promenade urbaine. Démontrons de la créativité, ce label fièrement porté par notre ville ! Ne serait-ce pas un beau cadeau à faire aux Montréalais dans le contexte du 375e anniversaire ? N’est-ce pas autant un enjeu qu’un potentiel historique, patrimonial, identitaire et touristique indéniable ?

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