La démarche indépendantiste selon les patriotes

C’est d’abord pour permettre aux francophones de poursuivre leur épanouissement qu’on milite de nos jours en faveur de l’accession à l’indépendance du seul État français d’Amérique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir C’est d’abord pour permettre aux francophones de poursuivre leur épanouissement qu’on milite de nos jours en faveur de l’accession à l’indépendance du seul État français d’Amérique.

Tandis que les candidats à la direction du Parti québécois débattent d’échéance référendaire, la Journée nationale des patriotes offre l’occasion de se demander comment leurs pères putatifs, les patriotes de 1837, envisageaient pour leur part le mode d’accession à l’indépendance.

Pour cela, il faut prendre un peu de hauteur et rappeler que c’est d’abord pour permettre aux francophones de poursuivre leur épanouissement qu’on milite de nos jours en faveur de l’accession à l’indépendance du seul État français d’Amérique.

Pour Papineau et ses suivants, l’urgence consistait plutôt à réunir les conditions politiques et sociales devant présider à la naissance du nouvel État et non à tout bonnement faire coïncider un État avec une nation. Les patriotes luttaient d’abord pour que soient reconnus des droits fondamentaux tels que la liberté d’expression, une fonction publique honnête, des juges impartiaux, des ministres responsables et pour que l’État bas-canadien soit enfin mis au service de l’économie locale. L’idéal d’indépendance découle tout naturellement de la conquête de ces droits, un État bas-canadien redevable devant sa population plutôt que devant le Parlement impérial se retrouvant de facto souverain. Lord Durham avait d’ailleurs prédit dans son rapport qu’accorder la démocratie au Bas-Canada mènerait à la création d’un État français en Amérique.

Les 92 résolutions patriotes ne réclament donc nulle part l’indépendance nationale en soi, mais bien celle des institutions, et au premier chef celle du Parlement bas-canadien : « Les privilèges de cette Chambre ne doivent ni être mis en question ni définis par le secrétaire colonial [résolution 49]. Que cette Chambre, comme représentant le peuple de cette province, possède […] les mêmes pouvoirs, privilèges et immunités réclamés et possédés par la Chambre des Communes du parlement, dans le Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et l’Irlande [résolution 79] ». Un Parlement souverain pourrait d’ailleurs bien mieux que la métropole voir aux affaires de la province : « La législature provinciale aurait été tout à fait compétente à passer des lois, pour permettre le rachat de ces charges, d’une manière qui s’harmonisât avec les intérêts de toutes les parties […] Le parlement du Royaume-Uni, bien moins à portée de statuer d’une manière équitable sur un sujet aussi compliqué, n’a pu avoir lieu que dans des vues de spéculation illégale, et de bouleversement dans les lois du pays [résolution 58]. »

La voie élective

L’indépendance politique passe donc par celle des institutions représentatives, qui pourront ensuite assurer la transition pacifique du statut de colonie à celui d’État souverain : « Que le parlement du Royaume-Uni conserve des relations amicales avec cette province comme colonie, tant que durera notre liaison, et comme alliée, si la suite des temps amenait des relations nouvelles [résolution 21]. […] Dans l’intervalle, un changement dans notre constitution, s’il en faut, doit-il être en vue de cette considération ? Et est-il criminel de le demander ? [JALBC, 24 février 1834] »

Quant à consulter le peuple à propos de son avenir, cela passe pour les patriotes par des élections ; des élections qu’ils remportent régulièrement, la dernière fois en raflant 77 des 88 sièges en jeu en octobre 1834. Le devoir de chaque élu patriote aura dès lors consisté à poser des gestes de rupture avec la métropole en vue d’étendre le principe électif à tout le gouvernement et d’accroître l’indépendance des institutions. La souveraineté sera ainsi devenue l’issue inéluctable d’une lutte menée tout entière au nom de la démocratie, de la justice et de la liberté.

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15 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 21 mai 2016 00 h 32

    L'idéologie des Patriotes était le républicanisme, pas le nationalisme.

    L'idéologie des Patriotes était le républicanisme, pas le nationalisme.

    La transformation de la colonie en République aurait fait du Bas-Canada une République indépendante parce que ça s'adonnait que le Bas-Canada était une colonie par elle-même. Fondée sur la souveraineté du peuple.

    Les trois couleurs du drapeau représentaient les trois ethnies les plus présentes alors, Anglais (rouge), Français (Blanc) et Irlandais (Vert), unis pour instaurer la République.

    Papineau, à la fin de sa vie, dans son testament politique, à l'approche de la Confédération, aurait considéré davantage désirable que le Bas-Canada devienne un État américain. À cause de son idéal républicain.

    Extrait de Wikipédia:

    "En 1848, il est élu au nouveau Parlement du Canada-Uni dans le comté de Saint-Maurice. En sérieux désaccord avec la politique du parti réformiste de Louis-Hippolyte La Fontaine, il rompt les rangs et se fait député indépendant. Républicain convaincu, inspiré des Républiques des États-Unis et de France (il séjourna d'ailleurs dans ces deux pays), il soutient le mouvement annexionniste. Pourtant, l'élan qu'il donnait au mouvement des Patriotes allait plutôt dans le sens d'une indépendance du Bas-Canada, du moins à long terme. Mais devant l'imposition de l'Acte d'Union en 1840, il est d'avis que le statut d'État dans la fédération américaine serait préférable pour ses compatriotes de l'ex-Bas-Canada. En 1856, il prophétisera un Nouveau Monde républicain, humanitaire et multilingue, formé de nations confédérées du pôle Nord à la Terre de Feu". Tiré de:

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Joseph_Papineau

    • Jacques Patenaude - Abonné 21 mai 2016 09 h 58

      Papineau est un des fondateurs du parti libéral. Il a énoncé les fameuses valeurs libérales dont s'est inspiré Trudeau.

    • - Inscrit 21 mai 2016 12 h 43

      Je pense M.Patenaude que vous tournez un peu les coins ronds quand vous faites ce lien direct entre Papineau et P.-E. Trudeau. Le libéralisme de Trudeau s'inspire des libéraux de l'empire britannique, notamment de celui de Lord Acton. C'est un libéralisme traditionnel basé sur les droits de l'individu. Trudeau ne reconnait pas les droits collectifs. D'ailleurs, la charte canadienne de 1981 est dite de la "première génération" des droits, exclusivement basée sur les droit de l'individu. Papineau était un républicain, Trudeau était monarchiste (malgré la pirouette faite pour la galerie, dans le dos de la reine). Papineau était laïciste, Trudeau était partisan d'une laïcité bon-ententiste avec l'Église.

      D'ailleurs Trudeau n'a pas été un homme de la révolution tranquille, trop radicale pour lui, Sa pensée politique s'inscrit dans la tradition canadienne-française des années 1940-1950, héritière de la tradition des Blake et Laurier.

      On peut dire bien sûr que le parti patriote est l'ancêtre du parti conservateur (La Fontaine, Cartier ...) et du parti libéral (A.A. Dorion) des années 1840-67. Mais les conservateurs ont tourné le dos au parti Patriote dès sa chute (1839). Les libéraux l'ont fait après l'AANB (1867). Laurier a très clairement montré patte blanche au clergé catholique en se disant libéral, mais à la façon britannique, voulant ainsi montrer sa différence de l'Institut canadien, qui elle, adhérait à un libéralisme laïque républicain et progressiste.

      Trudeau est donc l'héritier de ce libéralisme conservateur britannique, allié du clergé et des forces de l'empire converties dans l'affirmation du pouvoir du Dominion du Canada, genre d'empire dans l'empire. L'histoire du PLC est celle de cette filiation, jusqu'à nos jours. Il y a donc une rupture historique radicale, de nature et d'idéologie, entre le PLC et le parti Patriote et ce depuis fort longtemps.

    • Jacques Patenaude - Abonné 21 mai 2016 17 h 41

      Justement c'est à l'Institut canadien que Papineau en 1864 fera un célèbre discours où il énoncera les "valeurs libérales". Je vous rappelle que jeune Laurier était favorable à l'annexion aux États-Unis il fut le chef du parti libéral par la suite et fut élevé au titre de "Sir" par la suite. Nous ne nous contredisons pas en tout point. Bien d'accord avec vous que Papineau ne fut pas le seul inspirateur de Trudeau, Il y a eu aussi frank Scott un des pères du NPD et grand défenseur de la constitutionalisation de la charte des droits et ceux que vous nommez bien que je les connaissent peu.

    • Pierre Fortin - Abonné 22 mai 2016 12 h 39

      Comme vous le dites bien, Monsieur Labelle, « l'idéologie des Patriotes était le républicanisme, pas le nationalisme ». En fait foi la déclaration d’indépendance du Bas-Canada par Robert Nelson, le 28 février 1838. Les quatre premiers articles en fondent l'esprit républicain.

      « Déclarons solennellement :

      1. Que de ce jour et à l'avenir, le peuple du Bas-Canada est libre de toute allégeance à la Grande-Bretagne, et que le politique entre ce pouvoir et le Bas-Canada, est maintenant rompu.

      2. Qu'une forme républicaine de gouvernement est celle convient le mieux au Bas-Canada, qui est ce jour déclaré être une république.

      3. Que sous le gouvernement libre du Bas-Canada, tous les individus jouiront des mêmes droits : les sauvages ne seront plus soumis à aucune disqualification civile, mais jouiront des mêmes droits que tous les autres citoyens du Bas-Canada.

      4. Que toute union entre l'Église et l'État est par la présente déclarée être dissoute, et toute personne aura le droit d'exercer librement telle religion ou croyance qui lui sera dictée par sa conscience.

      [...] »

    • Raymond Labelle - Abonné 22 mai 2016 22 h 01

      Merci de ce renseignement fort pertinent M. Fortin. Et merci à Mm. Hubert et Patenaude pour faire envisager d'autres aspects de la question.

  • Denis Paquette - Abonné 21 mai 2016 03 h 04

    Déja une inégalité de force entre les patriotes et l'empire

    Se donner des pouvoir et par les armes s'il le faut, pour ne pas laisser toute la place au nouveau conquérant, il serait intéressant de connaitre dans les details les éceuils qu'ont rencontrés les patriotes, je crois que les nouveaux maitre ont subien manoeuvrer en accordant des privileges enfin c'est ce que semble dire Lord Durham représentant du roi et spécialiste de gestion pour les colonies, je me demande si ce n'est pas a ce moment qu'est apparu le besoin d'unir les colonies, il faudrait étudier a fond le rapport Durham je crois que deja se dessinait une inégalité de forces et de savoir entre les patriotes et l'empire

  • Denis Paquette - Abonné 21 mai 2016 03 h 14

    Lord Durham

    Je ne me souviens pas si Lord Durham est apparu avant ou après la rébellion

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 21 mai 2016 12 h 01

      https://fr.wikipedia.org/wiki/John_George_Lambton

    • André Joyal - Inscrit 21 mai 2016 13 h 49

      Après voyons M. Paquette! On se réveille!

    • Raymond Labelle - Abonné 22 mai 2016 01 h 22

      Lord Durham avait été chargé d'enquêter sur les troubles de 1837-1838, au Bas-Canada et au Haut-Canada, et de faire des recommandations à Londres sur la politique à adopter suite à ces troubles.

  • Claude Bariteau - Abonné 21 mai 2016 09 h 15

    Il y avait plus et moins.

    Votre texte rappelle la démarche électorale du Parti patriote .

    Vous ajoutez une suite, découverte par Durham, le fait qu'elle débouche 1) sur l'implantation d'un régime politique semblable à celui en cours en Grande-Bretagne depuis 1783, ce que revendiqua en 1810 Bédard, et 2) surl'indépendance du Bas-Canada pour les affaires internes à la Provicne du Bas-Canada.

    Par contre, vous négligez les vues des opposants, la principale, l'union politique des Bas et Haut Canada pour que les Bas-Canadiens, en majorité des descendants des ressortissants français de 1763, s'activent selon les principes civilisationnels britanniques.

    Cela dit, il y avait un « plus », qui était l'élection des membres du Conseil législatif, comme au Sénat américain. L'assemblée législative l'étant déjà, les élus auraient voté les lois pour les affaires internes, les membres du Conseil exécutif étant transformés en exécutants comme l'exécutif aux États-Unis avec des nuances.

    Ce « plus » transformait le gouverneur en ultime fonctionnaire nommé par Londres, car non élu comme le président des États-Unis, pour mettre en pratique ces lois en autant qu'elles concordent avec les visées britanniques sur les affaires externes.

    Sous cet angle, ce « plus » impliquait un « moins », soit de réaliser ces changements sans extraire la province du Bas-Canada du giron britannique, un peu ce qu'à l'évidence recherchaient la « souveraineté-association » et la « souveraineté-partenariat », deux projets qui ont nourri l'opposition du Canada sous Trudeau et Chrétien comme ils ont nourri celle de Londres.

    Voilà qui invite plutôt à présenter ces résolutions dans une perspective démocratique et de faire valoir l'importance d'y associer un autre « plus », soit l'indépendance du Canada et de le lier à la mise en place d'un régime républicain avec un président plutôt qu'un lieutenant-gouverneur nommé par le Canada.

    Une perspective qui créerait démocratiquement la citoyenneté québécoise.

  • Jean-François Trottier - Abonné 21 mai 2016 09 h 46

    Autre temps, autre situation, autres solutions

    M. Laporte, ce que vous relevez ici est solide et vrai. Toutefois vous ne ne mettez pas en évidence les raisons qui menaient à ce mouvement réflééchi auquel a fait suite la rébellion.

    Alors, le premier but ressemblait beaucoup à ce qui s'était vécu 60 ans plus tôt au sud: le pouvoir Anglais ne laissait pas d'espace à l'initiative locale. Nous en étions au début du règne de Victoria, qui voyait "son" Canada comme une ressource de bois infinie pour sa flotte entre autres, et pas comme un lieu de démocratie.... en tout cas pas trop.
    La représentation des Canayens, oui, mais aussi des arrivants Irlandais, catholiques et brimés depuis longtemps eux aussi, n'était pas à l'ordre du jour. C'est de cette reconnaissance mutuelle des blessures qu'est né le mouvement entre autres, mais aussi de la façon très désinvolte qu'avaient les Anglais de traiter tout non-WASP. L'Orangisme n'évait rien de diffus alors, contrairement à auourd'hui.

    Les patriotes ne tenaient pas d'enquête socio-économique pour démontrer leurs position, Leurs problèmes ne résidaient pas seulement dans un "apartheid" linguistique mais aussi religieux, et ils étaient, ou voyaient leurs voisins, affamés!

    L'ONU n'existait pas, la reconnaissance des nations non plus, mais personne ne riait de la nation anglaise. Il était alors politically correct de museler une personne pour crime d'être un péquenot, même en Angleterre. Ici, même les seigneurs étaient traités en serviteurs. En effet les seigneuries existaient encore!

    On ne voulait qu'être reconnu suite au non-respect de la simple existence! La réponse la plus dure n'est pas venue d'Angleterre mais... de Rome, suite aux ententes avec Londres et la peur de l'influence américaine. L'Église qui a étouffé la rébellion par l'excommuniation. Pour de fervents catholiques, Canayens et les Irlandais, c'était un poignard dans le dos.

    Aujourd'hui, c'est envers l'Empire Canadien que se pose la question d'auto-détermination. La différence est grnde.