À ne pas confondre: identité et citoyenneté

Si la Conquête nous a donné les meilleures institutions du monde, il n’en reste pas moins que le peuple canadien-français a résisté, à sa façon, à l’assimilation.
Photo: François Pesant Le Devoir Si la Conquête nous a donné les meilleures institutions du monde, il n’en reste pas moins que le peuple canadien-français a résisté, à sa façon, à l’assimilation.

Je ne suis pas Canadien français, et ne le serai jamais : voilà pour l’identité. Mais j’affirme que je suis un citoyen québécois qui a des droits, et qui est surtout conscient de ses obligations et qui y consent.

Gérard Bouchard a raison de parler des « pièges de l’identité » (Le Devoir, 18 mai). Le concept prête à confusion puisqu’il fait de l’ethnoculturel le fondement de l’appartenance à une société. Le Québec n’est ni un assemblage d’ethnocultures (multiculturalisme) ni la juxtaposition d’une majorité ethnoculturelle et de minorités ethnoculturelles (interculturalisme) : le Québec est un peuple formé de huit millions de citoyens, c’est-à-dire des individus qui se reconnaissent dans la langue et la culture d’expression française, dans les lois et les institutions forgées durant la Nouvelle-France et, depuis 1792, par l’Assemblée nationale, enfin par la volonté d’appartenir à cette société.

M. Bouchard dit que l’identité ne se construit pas de façon volontariste. Il a raison, mais la citoyenneté ne s’acquiert que par la volonté d’adhérer aux principes et aux valeurs de cette société. Les individualités sont multiples, les identités sont différentes, la citoyenneté est une.

À la fin de son texte, M. Bouchard fait un amalgame fâcheux entre la dépendance du Québec à l’ordre britannique et sa dépendance au clergé et aux élites qui lui étaient associées.

Si la Conquête nous a donné les meilleures institutions du monde, il n’en reste pas moins que le peuple canadien-français a résisté, à sa façon, à l’assimilation. Tel n’est pas le cas de l’Église catholique qui, malgré certains abus et la pesanteur de ses conservatismes, a contribué, avec l’appui du peuple, à la préservation de l’identité et de la culture canadiennes-françaises.

Enfin, reprocher aux élites cléricales et civiles des siècles passés leurs politiques conservatrices en matière d’égalité hommes-femmes, de justice sociale et de laïcité, c’est aller un peu vite en besogne. Qu’on nous cite un seul État d’Occident qui, avant les années soixante, a fait la promotion de l’égalité hommes-femmes et de la justice sociale ! Et la très laïque France était encore, au début des années soixante, très peu égalitaire à l’égard des femmes et bien empêtrée dans ses guerres coloniales.

Nous sommes au Québec parce qu’on y parle français, parce que c’est l’une des démocraties les plus avancées du monde et parce que notre citoyenneté résulte de notre volonté d’appartenir à une société libre et moderne.

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23 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 20 mai 2016 00 h 41

    merci

    merci monsieur Haroum pour votre texte encore une fois la preuve que le fait d'en etre trop près, nous éloigne de ce que l'on aimerait nommer

  • Claude Bariteau - Abonné 20 mai 2016 07 h 45

    D'accord sur presque tout.

    Voilà des propos rafraichissants.

    L'identité ethnoculturelle est présentée comme un piège politique, donc hors de la scène de l'affirmation de la citoyenneté. Quelque part et en termes de résistance à un ordre politique. J'aime et j'aime pas totalement.

    J'aime parce que la résistance politique annonce une affirmation politique.

    Je n'aime pas parce que l'auteur fait écho à une résistance politique qui s'est mutée en affirmation identitaire de type culturel pour survivre dans l'univers politique britannique puis canadien.

    Les Patriotes ont mené une lutte politique contre le pouvoir et l'ordre britannique. Le clergé, des politiciens et les collaborateurs à cet ordre ont plutôt animé une résistance culturelle qui les haussa sur la scène politique, ce qui a conduit à des ajustements de l'ordre britannique et canadien dans la coquille politique que furent la Province of Quebec (1774), le Bas-Canada(1791-1840) et la Province de Québec (1867-2016) après un passage à l'ombre et dans les coulisses entre 1840 et 1867.

    C'est à l'ordre issu de cette animation auquel invite Gérard Bouchard en le présentant faussement un univers qui rejoint l'universel, question de sublimer la résistance dans le cadre canadien.

    Que Sam Haroun y voit une contribution à ordre de valeurs qui le rejoint, soit.

    Qu'il avance qu'au Québec cette contribution ait propulsé l'irradiation d'une des démocraties « les plus avancées du monde », il pousse le bouchon trop loin.

    Le régime démocratique du Québec est monarchiste et octroie aux élus d'un parti faisant élire une majorité de députés un pouvoir anti-démocratique depuis plusieurs années, car fondé sur une minorité d'électeurs.

    De fait, ce régime n'est plus considéré un modèle et est vu en reliquat d'une autre époque, car il engendre une vie politique définie par des intermédiaires associés à l'ordre monarchiste et à leurs dérives plutôt qu'à celui de citoyens et de citoyennes « libres ».

    • Raymond Labelle - Abonné 20 mai 2016 12 h 38

      Cet argumentaire ne pourrait-il pas convenir à la proposition d'un Canada fédéral républicain au mode de scrutin proportionnel?

    • Claude Bariteau - Abonné 20 mai 2016 18 h 13

      Aux Nations Unies, on compte 27 monarchies constitutionnelles, dont le Canada. Qu'elles se mutent en république serait une avancée démocratique. Le Canada, sous cet angle, est piégé, car ça implique une modification de sa constitution, y compris s'ilveut se doter d'un mode de scrutin proportionnel. C'est du moins l'avis du constitutionnaliste réputé qu'est André Brunelle.

      L'argument que je mets de l'avant s'inscrit plutôt dans l'histoire du Québec, car Papineau et le Parti patriote ont proposé un régime qui rendait le comité exécutif relevsant du gouverneur tributaire des décisions des élus de l'Assemblée législative et que des membres de du conseil législatif, ces derniers devant être élus plutôt que nommés par le gouverneur.

      Il en découla une charge des supporteurs locaux des Britanniques et de Londres qui déboucha sur la suspension de l'Acte constitutionnel de 1791 et son remplacement, sur l'avis d'un conseil spécial de gens nommés par le gouverneur, par une union entre les Bas et Haut Canada. De cette union est apparue la « responsabilité ministérielle », déjà en application en Grande-Bretagne depuis 1783.

      Cette « responsabilité ministérielle » n'a rien à voir avec l'idée républicaine, ni avec ce que recherchaient les Patriotes. Depusi 1849, elle fonde la politique canadienne et a fondé le processus anti-démocratique qui a conduit à la création du Dominion of Canada et au rapatriement de la constitution sous le gouvernement Trudeau.

      Alors, que vous estimiez que mon argumentaire puisse aller comme un gant au Canada, ça m'apparaît un point de vue qui ne tient pas la route. Vous pouvez enfourcher ce cheval si ça vous tente. Mais, de grâce, tenez compte des réalités historiques qui ont fait que le Canada s'est défini à l'encontre du républicanisme américain que ses promoteurs voyaient comme un crime de lèse-majesté.

      Par contre, appliquer au Québec, un régime républicain changerait la donne.

    • Raymond Labelle - Abonné 21 mai 2016 08 h 04

      Tant qu'à tenir compte des réalités historiques.

      Les Patriotes étaient républicains, pas nationalistes. Ils voulaient transformer la colonie du Bas-Canada en République fondée sur la souveraineté du peuple. Ça s'adonnait à l'époque que le Bas-Canada était une colonie séparée, ce qui en aurait fait une République indépendante, bien entendu.

      Papineau, plus tard, préférait l'annexion du Bas-Canada aux États-Unis plutôt que l'Acte d'Union ou la Confédération, par préférence des principes républicains.

      Le drapeau des Patriotes représentait le rassemblement des ethnies les plus nombreuses au Bas-Canada à l'époque pour viser la République - le Blanc pour les Français, le Rouge pour les Anglais et le Vert pour les Irlandais.

    • Raymond Labelle - Abonné 21 mai 2016 08 h 12

      Ce que j'essaie de signifier, M. Bariteau, c'est que votre argumentaire est un argumentaire républicain, anti-monarchiste, et favorable au scrutin proportionnel. Pas nécessairement indépendantiste.

      L'indépendance ne serait pas le but visé par lui-même, mais simplement le moyen d'atteindre la République et le scrutin proportionnel.

      En théorie, il pourrait y avoir des partisans fédéralistes d'un Canada républicain au mode de scrutin proportionnel. Lesquels partisans pourraient être tout à fait conscients des éléments historiques que vous mentionnez et dont le point de vue ne réclamerait pas qu'ils nient ces éléments.

    • Raymond Labelle - Abonné 21 mai 2016 08 h 29

      On peut préférer la République en principe. En 1837 et avant, les colonies étaient administrées de façon tyrannique.

      Mais, honnêtement, dans le concret, quant à notre direction démocratique, de nos jours, nous sommes essentiellement gouvernés par des gouvernements élus démocratiquement. Il nous est loisible de faire des lois sur le financement des partis politiques et limitant les dépenses électorales.

      Et le ciel nous épargne l'immobilisme de la constitution américaine de pouvoirs et de contre-pouvoirs et la Cour suprême des États-Unis a jugé inconstitutionnelle toute loi qui vient limiter les dépenses électorales.

      Je préfère endurer un gouverneur-général et le portrait de la Reine sur notre monnaie que d'être assujetti au régime américain.

    • Raymond Labelle - Abonné 21 mai 2016 08 h 32

      Rien ne garantit qu'un Québec indépendant aura un mode de scrutin proportionnel, et il n'y a aucun obstacle de nature constitutionnelle à l'instauration d'un mode de scrutin proportionnel sous le régime actuel. Une loi du ou des Parlements suffirait. Majorité simple.

      Par conséquent, même si on préfère le mode de scrutin proportionnel, passer de la monarchie constitutionnelle à la République n'est pas un passage obligé pour y arriver.

    • Raymond Labelle - Abonné 21 mai 2016 08 h 40

      Les pays scandinaves, qui sont les plus progressistes au monde, sont des monarchies constitutionnelles. Je ne dis pas que d'être une monarchie constitutionnelle est une condition pour être progressiste, je dis que ça n'est pas un obstacle.

    • Raymond Labelle - Abonné 22 mai 2016 09 h 32

      "Le Canada, sous cet angle, est piégé, car ça implique une modification de sa constitution, y compris s'il veut se doter d'un mode de scrutin proportionnel. C'est du moins l'avis du constitutionnaliste réputé qu'est André Brunelle."

      Je ne crois pas que d'établir un mode de scrutin proportionnel implique une modification de la Constitution.

      Dans toutes les commissions, études, fédérales, provinciales, qui impliquaient un changement de mode de scrutin, et même les référenda à ce sujet, en C.-B, et en Ontario (où on avait proposé la proportionnelle mixte à l'allemande), personne n’a sérieusement envisagé que la réforme du mode de scrutin soit anticonstitutionnelle.

      Quand un gouvernement est rendu à faire un référendum, me semble qu’il doit être sûr de son coup. En plus, les adversaires d’un changement auraient utilisé l’argument.

      La proposition de réforme du gouvernement Charest impliquait une forme de proportionnalité (grands comtés représentés par plusieurs députés attribués à candidats de partis identifiés par liste de façon proportionnelle dans ces comtés). Personne n’était inquiet de l’anticonstitutionnalité de cette loi, y compris le ministre responsable, Benoît Pelletier, l’un des plus grands constitutionnalistes au Canada.

      Je spécule que M. Brunelle faisait des considérations hautement spéculatives et hypothétiques.

  • Gilbert Turp - Abonné 20 mai 2016 07 h 51

    Et voilà

    Tout-à-fait d'accord avec monsieur Haroun.

    Évidemment, si le Québec était un état souverain, la citoyenneté serait pleinement Québécoise (plutôt que « canadienne »). Celai aiderait tout le monde à se démêler dans la dialectique identité/citoyenneté...

  • Cyril Dionne - Abonné 20 mai 2016 07 h 55

    Nous sommes tous des immigrants mais...

    D'accord avec la première partie de l'énoncé mais il y a quelque chose qui cloche dans la deuxième partie. Qui pensez-vous est à l'origine de "l’une des démocraties les plus avancées du monde" ?

    On aimerait bien que celui qui a dit que nous sommes tous des immigrants nous explique pourquoi certaines régions de la planète sont pauvres, antidémocratiques et peuplées de régimes dictatoriaux alors que d’autres ne le sont pas. Si nous sommes tous en quelque sorte des exilés, pourquoi y a-t-il ces différences apparentes entre les peuples de la Terre ? Et pourquoi cet engouement des intégristes pour tout laisser derrière eux et immigrer chez nous, au Québec, s’ils jugent nos valeurs si inhumaines et antireligieuses? Et parce qu’ils semblent envier notre société affluente découle du fait qu’ils ne comprennent pas que des mécréants hédonistes, des non-croyants et des matérialistes comme nous pourraient nager dans le luxe et la richesse alors que les pieux (les intégristes) pataugent, la plupart du temps, dans la misère. Ils n’ont pas compris que c’est justement parce que nous avons créé un État de droit, basé sur une science naturelle véhiculée par un système d’éducation qui fait la promotion de la libre pensée, que nous pouvons nous épanouir dans le respect d’autrui.

    Dehors les élites cléricales et civiles des siècles passés leurs politiques conservatrices. On a vite compris qu’il pouvait y avoir une éthique de savoir-vivre dans une population dite civilisée sans l’omniprésence de la religion. Et on ne peut pas imaginer un retour en arrière des civilisations.

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 mai 2016 10 h 20

      Mes ancêtres sont-ils des immigrants? Je ne crois pas. Ils sont à l'époque passés d'une partie de la France à une autre. Le seul moment où ils ont changé de pays, c'était en 1763.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 mai 2016 17 h 13

      M. Auclair. Mon premier ancêtre est arrivé de France en 1660 à l'Île d'Orléans bien avant les conquistadores anglais. Il fuyait la tyrannie des rois et des églises, coureur des bois oblige. Moi non plus, je ne considère pas mes ancêtres comme des immigrants, mais bien les véritables fondateurs de cette terre d'Amérique française qui inclut la grande majorité des États-Unis.

      En passant, mon premier ancêtre a vécu jusqu'à l'âge de 80 ans, inédit durant cette époque où la moyenne d'espérance de vie se mesurait dans les 25 ans. Son épouse, après plusieurs enfants, est morte à l'âge de 65 ans.

  • Nicole Delisle - Abonné 20 mai 2016 08 h 32

    Malheureusement....

    "Nous sommes au Québec parce qu'on y parle français..." Comment alors expliquer que bon nombre d'immigrants ne le parlent pas ou ne veulent pas l'apprendre? Pourquoi est-ce si difficile de se faire servir en français chez nous? Comment comprendre que des québécois de culture anglophone ayant toujours vécu au Québec
    n'ont jamais appris un seul mot en français? On doit bien réaliser que nos dirigeants
    néolibéraux en font tres peu pour la langue française au Québec. Il y a un laisser-aller
    évident, voulu et encouragé. L'assimilation est en marche, qu'on se le dise!