Libre opinion: Haïti doit être condamné sans nuance

L'extrême détresse du peuple haïtien appelle une réaction décisive du gouvernement canadien et de ses partenaires hémisphériques. Le temps n'est plus aux palabres des diplomates, aux tables à dessin des fonctionnaires multilatéraux et aux appels creux à la réconciliation. Le temps est politique.

La mission de l'OEA en Haïti et les initiatives du CARICOM ne pourront pas, à elles seuls mettre fin à une dégradation continue de tous les droits fondamentaux des Haïtiens. Seule une intervention décisive et des investissements conséquents pourront établir les bases des institutions démocratiques dans ce pays et les conditions de la réconciliation nationale.

Il s'agit de mettre au pas l'État commandos, l'État violent et l'État d'impunité qui domine et sévit à Port-au-Prince; de créer les conditions d'un État de droit et de plein respect des libertés fondamentales.

Assassinats, torture, chasse aux journalistes, prise d'assaut de l'université, menaces aux membres du corps diplomatique, destruction des biens publics et privés, saccage des médias, mitraillage des domiciles, garde à vue et détention hors des normes minimales des droits des prévenus: cette abondance de crimes n'est pas la litanie prévisible d'une opposition déchaînée. Elle est dans l'inventaire rigoureux établi pas l'expert indépendant de la Commission des Droits de l'homme des Nations Unis au terme d'une enquête exhaustive faite en Haïti même.

Cette abondance de crimes se déploie dans la plus totale impunité et ceux qui, dans la magistrature ou les forces de police, luttent contre elle sont «freinés et découragés». Polices parallèles, commandos de chimères, militants mercenaires, pression du palais sur les magistrats: l'arsenal de l'impunité domine et multiplie ses victimes. Cet État doit être condamné sans nuance.

Appel à une initiative canadienne

Dans un tel contexte, les pratiques démocratiques les plus élémentaires sont inaccessibles. On doit cesser de les évoquer comme une voie de sortie de cet état dégradé, de cet état de détresse extrême. D'autres tâches s'imposent comme des préalables. Les Haïtiens seuls ne peuvent les accomplir et elles ne peuvent être accomplies sans eux.

Cette situation délimite la nature et les contenus de l'intervention et des investissements que le Canada et ses partenaires hémisphériques doivent effectuer sans délai en appui aux efforts des démocrates haïtiens:
- rétablir la sécurité par un encadrement rigoureux des forces de l'ordre et la dissolution de toutes les polices parallèles;
- garantir l'indépendance du système judiciaire, le reformer et conforter ses institutions propres et ainsi mettre un terme à l'impunité;
- protéger les libertés démocratiques et notamment la liberté d'expression et de rassemblement;
- recréer un Conseil électoral autonome et indépendant et lui donner les moyens de son mandat.

Le retour prochain à la paix par des élections parait inaccessible tant qu'à «l'État de droit» se substitue toujours plus un «État d'impunité». Tel est le diagnostic de l'expert indépendant. Seule une intervention décisive et des investissements conséquents et durables sont susceptibles de contenir la dérive. Le Canada doit les proposer à ses partenaires hémisphériques; le premier ministre doit nommer un représentant personnel de haut niveau pour mener à terme cette tache indispensable.

Au nom des «valeurs canadiennes» sans cesse évoquées dans les énoncés politiques, au nom de la Charte démocratique adoptée au Sommet du Québec, au nom de l'indispensable solidarité avec le peuple haïtien en extrême détresse, au nom d'une certaine idée de la communauté des Amériques qui doit dépasser les seuls rapports économiques, et en appui à ceux et celles qui, en Haïti, luttent pour les valeurs démocratiques, les droits humains et les libertés fondamentales, il nous faut agir.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.