Une «primaire ouverte», la meilleure des approches

Si Pierre Karl Péladeau faisait figure de sauveur lors de la dernière course à la chefferie du PQ, son départ cette semaine ne laisse aucun successeur naturel.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Si Pierre Karl Péladeau faisait figure de sauveur lors de la dernière course à la chefferie du PQ, son départ cette semaine ne laisse aucun successeur naturel.

La démission de Pierre Karl Péladeau, bien qu’elle n’ait pas été totalement imprévisible, a surpris le Québec en entier. Les raisons familiales que ce dernier a invoquées sont à n’en point douter réelles et ancrées dans la sphère privée. Espérons au passage que cet événement permettra de lancer une réflexion sur la conciliation travail-famille des élus.

Plus largement, les raisons invoquées par M. Péladeau ne doivent pas occulter les réelles difficultés auxquelles le PQ fait face et qui n’ont nullement disparu pendant son court mandat de chef. Le PQ se retrouve donc dans la même position qu’il y a de cela un an lorsqu’il a, une fois de plus, tenté sa chance avec la figure du sauveur qu’incarnait alors M. Péladeau. Cette fois, rare événement, il n’y a plus de successeur naturel qui attend son tour ou de messie providentiel qui viendrait masquer une fois de plus les difficultés du PQ.

L’occasion qui se présente au Parti québécois est unique dans son histoire : le changement générationnel du leadership s’effectuera par lui-même, ce qui est déjà un pas dans la bonne direction. Cela ne répond toutefois pas aux questions vitales auxquelles le PQ fait face.

Dans un Québec où les partis politiques sont financés à 85 % par l’État, il devient difficile de ne pas s’ouvrir à tous

D’abord, quelle doit être sa place dans un échiquier politique éclaté, qui ne retournera plus au bipartisme de manière durable ? Doit-on envisager des alliances ? Une réforme du mode scrutin doit-elle être promue ?

Ensuite, pourquoi la jeunesse ne se retrouve-t-elle plus au PQ comme à d’autres époques ? Pourquoi les forces vives de la société civile évoluent-elles maintenant en dehors de son orbite ? Dans la tête de nos concitoyens, le PQ semble être devenu un parti comme les autres : quelle part de responsabilité le parti a-t-il dans cette réalité ?

Quant à la question nationale, doit-on se hâter de répéter une troisième fois le même scénario et espérer un résultat différent ? Comment évoluer sur un terrain politique que la Constitution de 1982 a contribué à façonner à notre désavantage ? Comment, tout simplement, commencer à progresser sur ce front ? Ces questionnements peuvent apparaître déchirants, mais ils sont nécessaires. Le parti, autant que le Québec en entier, en a bien besoin.

Une démarche exemplaire

Il semble que plusieurs veulent régler le plus rapidement la question de la direction, sans doute les yeux rivés un peu trop sur l’échéance électorale de 2018. On ne pourra pas répondre à ces questions fondamentales avec un couronnement décidé derrière des portes closes. Cela serait la pire des voies de renouvellement, ne serait-ce que parce que leadership issu d’un tel processus ne serait assis sur aucune volonté un tant soit peu populaire.

La meilleure des approches serait sans contredit une « primaire ouverte », à laquelle tous les citoyens sympathisants pourraient participer. Dans un Québec où les partis politiques sont financés à 85 % par l’État, il devient difficile de ne pas s’ouvrir à tous. Des contraintes techniques réelles existent face à une telle approche, mais lorsque la volonté est présente, tout est possible.

Autrement, une course au leadership « classique » devra provoquer le réel débat d’idées qui n’a pas eu lieu au PQ depuis au moins 2005, voire depuis 1985 ! Les candidats devraient représenter des courants réels et s’engager à tenir les débats nécessaires au sein du parti, même si les élections de 2018 arrivent à grands pas. Faire le contraire serait empêcher le Québec en entier d’avancer. Quoi qu’il en soit, s’il veut amorcer la reconquête du pouvoir, le PQ doit démontrer plus que jamais qu’il est le parti du peuple et qu’il accepte la diversité des opinions en son sein.

Pour l’intérêt supérieur du Québec

L’un des auteurs de ce texte a été député et a connu de près les limites de l’action politique du Parti québécois des années 2010. L’autre fait partie des Orphelins politiques, notamment à cause du manque de jugement politique récent du PQ. Nous sommes toutefois unis par l’idée que le progressisme doit retrouver ses lettres de noblesse et que la question nationale a besoin d’une nouvelle approche. Nous sommes prêts à débattre avec nos concitoyens de bonne volonté.

Nous souhaitons que le Parti québécois saisisse la chance qu’il a devant lui. Nul parti politique ne peut prétendre à l’éternité. L’Union nationale a vécu 54 ans, le PQ en a maintenant 48. Mettre sa survie en jeu en occultant les débats nécessaires n’est pas responsable.

Contrairement au Parti libéral, dont l’objectif est de prendre le pouvoir par le plus petit dénominateur commun, le PQ est garant d’un idéal et de valeurs qui visent l’intérêt général. Force est d’admettre qu’il n’est pas actuellement en position d’atteindre son idéal, et pendant ce temps, c’est le Québec en entier qui paie un cher prix. Le PQ doit donc adopter une attitude de hauteur qui fait passer l’intérêt supérieur du Québec au premier plan.

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