En finir avec le mythe du sauveur

L'ex-chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, a démissionné le 2 mai dernier.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne L'ex-chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, a démissionné le 2 mai dernier.

Le « moment Péladeau » est derrière nous. Plusieurs ont vécu avec déception la démission de Pierre Karl Péladeau en se remémorant l’espoir qu’il avait suscité, le 5 mars 2014, lorsqu’il a annoncé qu’il se lançait en politique. Devant la profession de foi indépendantiste du magnat, d’aucuns s’étaient alors dit « ça va enfin se faire ! ». Tout semblait redevenir possible.

Même décevant, ce départ est une formidable occasion d’en finir avec une certaine vision messianique. Le prochain chef ne sera pas un « sauveur », mais un être humain, avec ses défauts et ses qualités. Le choix du chef détient certainement une importance majeure, mais la sélection devrait s’opérer en fonction des qualités politiques des uns et des autres plutôt qu’en fonction de quelques sondages, par définition éphémères. En cessant d’ériger des messies à la moindre occasion, on ne spéculerait plus sur « la fin du PQ » ou « la fin de la souveraineté » à chaque départ de chef. Il y a un prix à payer à mettre systématiquement tous ses espoirs, la finalité d’un peuple entier, sur les épaules d’un homme ou d’une femme. Non, le départ de Péladeau n’équivaut pas à celui de l’homme de « la dernière chance », pas plus qu’il n’est synonyme de la fin de l’idée indépendantiste.

La conception providentielle du chef tout puissant menant à la Terre promise est le résultat direct d’une culture héritée des années 1970. Les souverainistes ont alors renoncé à construire concrètement le Québec indépendant, par des gestes politiques, au profit du sacro-saint « Grand soir » référendaire. La naissance d’un nouveau pays, en se limitant au seul enjeu de la date du référendum, devenait question d’humeur populaire et de conjoncture favorable. Et en attendant, le PQ se contente de gouverner la « province » de Québec à la petite semaine.

Guerres de calendrier

Les débats internes au PQ, courses à la direction ou congrès, se muaient en guerres de calendrier quant à la meilleure date à encadrer pour être en mesure d’additionner suffisamment de « Oui ». Le troisième lundi du cinquième mois de la deuxième année serait plus « gagnant » que le quatrième lundi du neuvième mois de la troisième année. L’indépendance n’étant plus qu’un moment à choisir de façon optimale, son avènement n’est donc plus possible que par la force des joutes oratoires et des campagnes communicationnelles. Le PQ « mangeur de chefs » ne s’explique qu’à travers ce renoncement au politique au profit du marketing. Chef « trop vieux », « trop jeune », « de sexe féminin », « homosexuel », « trop à gauche », « trop à droite », « pas assez charismatique », « pas assez bon orateur », etc. ; autant d’hypothèses creuses visant à expliquer la torpeur du mouvement souverainiste à la seule lumière de ses figures officielles.

À ce cadre erroné issu de la décennie 1974 s’ajoute le problème de l’après-1995. Au cours des années post-référendaires, l’alliance entre les classes moyennes et le projet souverainiste s’est gravement effritée. Le gouvernement de Lucien Bouchard a alors tout fait pour convertir le Québec à la « nouvelle économie mondialisée », avec toutes les conséquences que cela implique, en plus de diviser les péquistes par un débat identitaire remettant en question la vision de la nation, jusque-là consensuelle chez les souverainistes. Après 1995, le PQ a perdu quatre élections sur six. Aux deux élections remportées, il a obtenu moins de votes que l’opposition en 1998 et il s’est contenté d’un gouvernement minoritaire en 2012 et d’un quasi nez à nez tant en votes qu’en sièges malgré l’usure de trois mandats libéraux et une crise sociale de grande envergure. La couleur des complets du chef ne change rien à cette tendance lourde. Le travail à accomplir est, pour les souverainistes, bien plus fondamental.

La coalition souverainiste est aujourd’hui à rebâtir. Le lien de confiance entre le projet d’indépendance et les catégories sociales qui le portaient est certes partiellement rompu, si tant est que le fractionnement du vote illustre bien la fin des blocs polarisés autour des « Oui » et des « Non ». C’est pourquoi l’indépendance doit quitter le terrain de la polarisation « Oui-Non » pour redevenir politique. Les Québécois seront bien plus portés à se mobiliser pour des politiques concrètes allant dans le sens de la construction effective d’un État laïque et français et d’une économie nationale que pour un projet fantasmatique semblant si déconnecté de leur quotidien. L’indépendance n’est pas une date sur un calendrier, mais une pratique à adopter et une réalité à construire.

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24 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 6 mai 2016 02 h 02

    Et maintenant...

    Et maintenant, au travail sur un projet de siciété à faire partager de tous...

    Vive le Québec libre !

    • Christian Montmarquette - Abonné 6 mai 2016 12 h 07

      Après 50 ans de niaisage, de ni gauche, ni de droite, et de coquille-vide...

      Vous y croyez encore, vous, à un projet de société venant du PQ?

      Il n'y a pas que les sauveurs dont le PQ doit se débarrasser..

      Mais des naifs qui croient encore leurs balivernes.

      - CM

    • Yves Côté - Abonné 6 mai 2016 14 h 34

      "Vous y croyez encore, vous, à un projet de société venant du PQ?", me demandez-vous Monsieur Montmarquette.
      Eh bien oui et non.
      Oui parce que l'espoir n'a pas de frontière, ni physique, ni humaine. Et que l'intelligence et l'imagination n'ont pas d'étiquette partisane.
      Non, parce que ce dont nous avons besoin depuis quelques décennies, c'est de créativité et d'humanisme. Et que de ce côté-là, le PQ n'a cessé de me décevoir depuis 1995 (je vous précise que je ne suis plus membre du du PQ depuis plus de trente ans...).
      Autrement, sur les naïfs dont ce parti doit selon vous se débarrasser, je pense d'abord que ni les autres partis, ni l'humanité entière n'en manquent non-plus...
      Et ensuite, je pense surtout que l'idée même de se débarrasser de qui que ce soit en terme de démocratie est assez critiquable.
      Par hasard, seriez-vous attaché à la théorie dictatoriale de la nécessité sociale et politique du goulag ?
      Votre texte abrupte me donne ici grandement à m'en questionner à mon tour...

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 mai 2016 08 h 35

      "Seriez-vous attaché à la théorie dictatoriale de la nécessité sociale et politique du goulag ?" - Yves Côté

      Presque pas charriée votre démagogie 101.

      Remplacez "naïfs" par "naïveté" si l'expression vous dérange.

      Une naïveté qui demeure entière quand on lit le texte de Léo Bureau-Blouin et Jocelyn Caron dans le Devoir de ce matin, et qui nous affirment cette énormité comme quoi : "Le PQ est garant d’un idéal et de valeurs qui visent l’intérêt général."

      Naïfs et risible..

      Je le maintiens entièrement.

      Christian Montmarquette

      Référence :

      Une «primaire ouverte», la meilleure des approches - Le Devoir

      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/470255/co

  • Marie Nobert - Abonnée 6 mai 2016 02 h 28

    «Ars moriendi»(!)

    Sans commentaire.

    JHS Baril

  • Denis Paquette - Abonné 6 mai 2016 03 h 30

    Dommage

    Mais on le remplace par quoi, j'aimerais bien élire mon chat car il m'apparait souvent plus sage que beaucoup de gens, mais la nature lui a donnée une capacité de parole restreinte

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 6 mai 2016 05 h 32

    … en marche de libération ?!?

    « L’indépendance n’est pas une date sur un calendrier, mais une pratique à adopter et une réalité à construire. » (Simon-Pierre Savard-Tremblay, Étienne Boudou-Laforce, sociologue et auteur de livre)

    Bien sûr que oui, mais comment et pourquoi si :

    A Le Peuple du Québec, assimilé-soumis ou pas, ne cesse d’élire et de porter au pouvoir des partis d’obédience fédéraliste ? ;

    B Les autorités souverainistes se chicanent sur des questions de type nationaliste ?,;

    C La Mémoire-Histoire, des origines à ce jour, tendent à escamoter ou mésestimer des périodes identitaires importantes de nature patriotique ?, et ;

    D La Famille québécoise, se perdant ou se souvenant d’ailleurs et autrement, hésite à entamer, avec fierté, passion et reconnaissance, sa quête possible d’indépendance susceptible d’être ….

    … en marche de libération ?!? - 6 mai 2016

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 6 mai 2016 05 h 55

    ÇA SENT LE RÉCHAUFFÉ !

    Quand on lit "C’est pourquoi l’indépendance doit quitter le terrain de la polarisation « Oui-Non » pour redevenir politique. " il est difficile de ne pas se dire :On a dèjà entendu ça dans le passé, mais au moins ceux qui le disaient étaient un peu plus cohérents et se disaient en même temps ...fédéralistes !
    Quand à la conclusion" L’indépendance n’est pas une date sur un calendrier, mais une pratique à adopter et une réalité à construire." elle signale, pour ceux et celles qui n'ont pas compris que, l'indépendance c'est tout de suite et maintenant que ça se construit et ...dans la Canada ! Ah, comme le dit le poète, tout cela est " d'une aveuglante clarté "!
    Pierre Leyraud