Lettres: Tolérance et liberté

J'ai connu Claude Ryan à l'automne 1976 alors que je sollicitais un emploi de journaliste au Devoir. Notre première rencontre fut particulièrement houleuse alors qu'il est vite apparu que nous ne nous entendions sur rien, et surtout pas sur la question de l'avenir du Québec. Son adhésion au fédéralisme canadien, même renouvelé, heurtait évidemment de plein fouet mes propres convictions souverainistes.

Je sortis de cette rencontre passablement dépité, persuadé que je ne travaillerais jamais pour ce journal exceptionnel. Il me rappela quelques semaines plus tard pour m'annoncer, à mon grand étonnement, que Le Devoir était disposé à m'embaucher comme correspondant parlementaire à Québec. Il m'expliqua alors qu'un journal est d'abord et avant tout un lieu de tolérance et de liberté où les divergences d'opinions sont non seulement normales mais indispensables au débat démocratique.

Ce jour-là, j'ai compris que la vraie liberté s'exprimait dans l'acceptation de la différence et que le vrai journalisme se réalisait non pas dans la convergence mais dans la diversité et la pluralité. Je le remercie du fond du coeur de cette grande leçon de vie. Après René Lévesque et Camille Laurin, le Québec vient de perdre l'un des plus grands artisans de son identité.

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