La recherche universitaire - Se donner les moyens de notre excellence

Les récentes compressions dans les budgets des fonds subventionnaires québécois ont un effet plus que malheureux sur le développement de la recherche au Québec. Elles fragilisent le rôle du Québec en innovation et hypothèquent sévèrement les bases mêmes des avantages concurrentiels du Québec dans l'économie du XXIe siècle, essentiellement basée sur le savoir.

De surcroît, ces compressions freinent la formation d'une main-d'oeuvre hautement qualifiée et fragilisent le renouvellement du corps professoral. Dans ce contexte, le prochain budget doit être l'occasion de réinvestir dans la recherche universitaire ainsi que dans le soutien de ses artisans, soit les étudiants chercheurs.

Au Québec, l'organisation du financement de la recherche est assumée par trois organismes subventionnaires: le Fonds québécois de recherche en nature et technologie (FQRNT), le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC) et le Fonds de recherche en santé du Québec (FRSQ). En choisissant de créer ses propres organismes subventionnaires, le Québec a fait le pari de l'innovation tout en définissant ses priorités en matière de recherche afin de répondre aux besoins de son propre développement.

Cependant, comme le mentionnaient les trois PDG des fonds subventionnaires québécois dans Le Devoir du 28 janvier, la réduction de leurs budgets soulève l'inquiétude quant à la capacité du Québec à demeurer un acteur important dans des domaines dits de pointe tels que les télécommunications, l'aérospatial, la recherche biomédical, la pharmacologie, les sciences humaines et bien d'autres.

Facteur de développement

La recherche agit également comme un facteur de développement économique qui contribue à l'augmentation du PIB et à la création d'emplois. De nombreux exemples en font foi. Univalor, une société de valorisation des résultats de la recherche, a analysé depuis sa création en 2001, 177 déclarations d'inventions de chercheurs et a contribué à la création d'une cinquantaine d'entreprises et de plus de 250 emplois. Dans le domaine de la biotechnologie, près de la moitié des entreprises québécoises ont pris naissance dans un centre de recherche public soutenu par les fonds subventionnaires québécois. Depuis 1980, ce sont près de 700 inventions québécoises, issues de tous les milieux de la recherche, qui ont été brevetées aux États-Unis.

À la suite d'une analyse pragmatique des budgets des trois fonds subventionnaires, le Conseil national des cycles supérieurs estime que le FRSQ nécessite un réinvestissement minimum de 10 millions, en 2004-2005, afin de répondre aux demandes de financement issues de ses domaines de recherche. Pour le FQRNT et le FQRSC, les besoins financiers supplémentaires s'élèvent à 19 millions chacun. Ces sommes leur permettraient, entre autres, de mieux appuyer les nouveaux chercheurs, de soutenir davantage de projets de recherche novateurs, de financer les infrastructures de centres d'excellence et d'encourager les actions des réseaux stratégiques pour l'innovation.

La relève

Aussi bien au Canada qu'au Québec, les contraintes de l'économie du savoir exigent que nous formions plus de diplômés. Pour ce faire, nous avons besoin d'enseignants. Or, avec plus du tiers du corps professoral québécois âgé de plus de 55 ans, la pression pour le renouvellement du corps professoral se fait de plus en plus ressentir, surtout si l'on prend en considération une augmentation prévue de la population étudiante universitaire dans les prochaines années.

Par ailleurs, comment pouvons-nous espérer inciter plus d'étudiants à se lancer dans des études supérieures, alors que la majorité des étudiants chercheurs sont encore sous-financés? Dans le rapport annuel 2002-2003 du FRSQ, alors que 59 % des dossiers soumis reçoivent une côte d'excellence, seuls 38 % (et la proportion chute à 27 % pour les autres fonds) reçoivent des bourses. Or, les étudiants chercheurs constituent 76% des effectifs de recherche au Québec. D'autre part, les universités souffrant d'un manque à gagner de près de 375 M$, il est illusoire de croire que celles-ci peuvent assumer la part amputée aux fonds subventionnaires. [...]

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