Les leçons oubliées du Sommet des Amériques

La mobilisation contre le Sommet des Amériques aura été une victoire, car elle a mené au rejet de la ZLÉA.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La mobilisation contre le Sommet des Amériques aura été une victoire, car elle a mené au rejet de la ZLÉA.

En avril 2001, la Ville de Québec était au coeur de l’actualité. Les chefs d’État des Amériques se réunissaient dans une cité barricadée. Depuis le déraillement de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle, on assistait à des mobilisations massives contre la mondialisation du capital. Québec n’allait pas rater ce rendez-vous.

Loin de se résumer à une fin de semaine d’actions, les mobilisations autour du Sommet des Amériques ont donné lieu, dans les mois précédents, à la diffusion de dizaines de milliers d’articles de journaux, à l’organisation de centaines de conférences et de débats. Tout le Québec prenait alors conscience du danger lié aux négociations secrètes de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). Notons que cet accord « de deuxième génération » incluait des tribunaux donnant le droit aux « investisseurs » de poursuivre les États dont la réglementation sociale et environnementale pouvait nuire à leurs profits. On constatait aussi les effets de l’ALENA, qui favorise la désindustrialisation du Nord et la perte de bons emplois ici pour les déménager au Mexique, où les conditions restent médiocres.

Mobilisation imposante

 

Malgré une campagne de peur relayée malheureusement par les médias, plus de 60 000 personnes ont participé à la Marche des peuples. La journée précédente, 15 000 personnes s’étaient rendues au « mur de la honte » qui coupait le centre-ville en deux et l’avaient fait tomber. Enfin, 2000 représentantes et représentants des mouvements sociaux de toutes les Amériques participèrent au Sommet des peuples, qui se tenait en parallèle.

La mobilisation contre le Sommet des Amériques aura été une victoire, car elle a mené au rejet de la ZLEA. Les mouvements sociaux et les gouvernements de gauche d’Amérique latine qui ont fait tomber la ZLEA en 2005 ont souligné le rôle clé de l’opposition lors du Sommet de Québec dans leur cheminement.

Présentement, un accord Canada-Europe est en négociation, et Jean Charest en a été l’un des grands artisans. Le gouvernement canadien cherche par cet accord à permettre l’accès au marché européen du pétrole et du boeuf canadien en sacrifiant les services publics (ouvert à la privatisation) et la protection des fromages (québécois). On ne peut que se désoler du manque de mobilisation actuelle sur ces enjeux.

La crise économique mondiale de 2008 a démontré la justesse des revendications de l’époque : déréglementer le capitalisme, c’est laisser les puissances de l’argent provoquer des krachs et des récessions. Les scandales actuels liés aux paradis fiscaux sont aussi liés à des accords de libre-échange comme l’accord Canada-Panama. Il faut en tirer des leçons et avoir le courage politique de faire d’autres choix, celui d’un commerce respectant les droits de la personne et la souveraineté des peuples.

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