L’aboutissement logique de la laïcité «ouverte»?

Manifestation contre la loi HB1523 devant la maison du gouverneur à Jackson, au Mississippi. Cet État autorise l’homophobie au nom du pluralisme des convictions sincères face au mariage, écrit X. H. Rioux.
Photo: Rogelio V. Solis Associated Press Manifestation contre la loi HB1523 devant la maison du gouverneur à Jackson, au Mississippi. Cet État autorise l’homophobie au nom du pluralisme des convictions sincères face au mariage, écrit X. H. Rioux.

La « Loi protégeant la liberté de conscience de la discrimination gouvernementale » (House Bill 1523) adoptée récemment au Mississippi est ignoble. Elle est aussi l’aboutissement logique des principes relevant de la laïcité « ouverte », tout comme ses dispositions homophobes sont le corollaire de la discrimination sexuelle encore exercée au nom de la liberté religieuse, au Québec et au Mississippi comme ailleurs. Évidemment, les tenants québécois de cette conception de la laïcité s’offusqueront d’être associés à une loi qu’ils rejettent certainement. Peut-être faudrait-il s’en inquiéter, puisque cela démontre qu’ils ne saisissent pas tout à fait les implications politiques de leur philosophie lorsqu’elle est partagée par des gens de pouvoir prêts à aller au bout de son application.

La proximité intellectuelle invoquée ici se perçoit d’abord quant au vocabulaire, le HB1523 fournissant « certaines protections concernant les croyances religieuses ou les convictions morales sincères », une rhétorique souvent utilisée pour associer liberté religieuse et liberté de conscience. Les parallèles dépassent la rhétorique toutefois, l’intention derrière le HB1523 étant de protéger de « l’intrusion gouvernementale » la diversité des convictions sincères propres à la sphère privée, qui s’étend dans nos sociétés capitalistes à la propriété et donc au commerce. Il s’agit ainsi de libérer les citoyens du fardeau de la laïcité pour mieux la réserver aux institutions publiques, un principe central à l’idée de laïcité ouverte.

Demain, le Québec ou le Canada consentira peut-être officieusement à des dérives similaires, au nom des mêmes principes

 

Une loi obscurantiste

Le HB1523 permettra notamment aux travailleurs autonomes, aux propriétaires et aux employés d’entreprises ainsi qu’aux associations religieuses de refuser, au nom de convictions sincères, d’embaucher, d’admettre comme membre, de servir ou de vendre à une personne homosexuelle, bisexuelle, ou transsexuelle. Cette loi autorisera également la mise en place de normes sexuelles et morales régissant l’accès aux toilettes, aux vestiaires, aux piscines et aux spas d’établissements privés. L’État du Mississippi pourra désormais s’abstenir de poursuivre quiconque applique des principes religieux homophobes à la sphère de ses interactions privées ou de ses activités commerciales. Une loi obscurantiste, au nom du pluralisme des consciences.

Le HB1523 a été conçu en fonction de la majorité chrétienne s’opposant à la légalisation du mariage homosexuel. Toutefois, les dispositions de la loi n’y font aucunement référence. Les minorités juive et musulmane seront donc parfaitement libres de l’invoquer et la neutralité de l’État, qui consiste principalement en régime de laïcité ouverte à ne pas favoriser officiellement une confession au détriment des autres, sera sauvegardée. Cette loi fait par ailleurs suite au Religious Freedom Restoration Act de 2014, qui stipule que l’État ne peut limiter la liberté religieuse d’une personne ou d’un groupe qu’au nom « d’intérêts publics supérieurs » et lorsque « aucune autre mesure moins contraignante » n’en permet l’atteinte. Deux logiques très chères aux partisans de la laïcité ouverte.

Le HB1523 stipule par exemple que l’État du Mississippi ne sévira pas contre ceux qui, par objection de conscience au nom des valeurs homophobes qui leur sont — ils le croient « sincèrement » — dictées par Dieu, refuseront d’autoriser, de célébrer ou d’officialiser un mariage homosexuel à condition qu’ils prennent « les mesures nécessaires afin d’assurer que tout mariage légalement valide ne soit pas empêché ou retardé ». Or, Le Devoir nous apprenait par ailleurs dernièrement que le gouvernement libéral du Québec, tout comme la juge Christiane Alary de la Cour supérieure, considère que les mariages religieux « ne concernent pas l’État » et ne devraient donc pas nécessairement entraîner de conséquences civiles. On ose à peine imaginer les implications liberticides d’une telle conception des choses, qui a été décriée de toutes parts et avec raison.

L’homophobie autorisée

Aujourd’hui, le Mississippi autorise l’homophobie au nom du pluralisme des convictions sincères face au mariage. Demain, le Québec ou le Canada consentira peut-être officieusement à des dérives similaires, au nom des mêmes principes. Mais le HB1523 a pour effet d’institutionnaliser la discrimination, rétorquera-t-on, ce qui n’a rien à voir avec la laïcité ouverte. Pourtant, rappelons à titre d’exemple que la Société de l’assurance automobile du Québec accepte d’entamer le droit à l’égalité et à la dignité de ses employé(e)s si un croyant réclame un évaluateur ou lorsqu’une croyante exige une évaluatrice pour un examen de conduite. Bouchard, Taylor et la Commission des droits de la personne ont tous approuvé cette pratique sous prétexte qu’elle ne s’applique que si « le demandeur a une croyance sincère et honnête » et « si une évaluatrice se trouve alors disponible », à défaut de quoi « un rendez-vous d’accommodement peut être donné plus tard ».

Il faut bien admettre qu’au Québec, il s’agit pour l’instant de cas relativement isolés. Plus largement toutefois, n’acceptons-nous pas encore que soit exercée dans les sphères privée et communautaire une discrimination religieuse systémique à l’égard des femmes et des homosexuels ? Qui peut sérieusement prétendre que nous ne tolérons pas, au nom de « l’autonomie réciproque de l’Église et de l’État », l’exclusion et la ségrégation dans toutes sortes de lieux de culte, d’institutions confessionnelles parfois financées par l’État, et même dans certains lieux publics ? Le Canada ne vient-il pas aussi de vendre des armes à un régime qui pend les homosexuels et lapide les femmes adultères ? Il est facile de dénoncer le Deep South américain et son conservatisme religieux ; il est beaucoup plus difficile de reconnaître que notre laïcité « ouverte » nous entraîne dans la même direction, c’est-à-dire en arrière.

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48 commentaires
  • Pierre Desautels - Abonné 19 avril 2016 06 h 22

    N'importe quoi...


    C'est vraiment n'importe quoi, cette "analyse". Monsieur Rioux compare le Mississippi au Québec, où la religion a presque complètement quitté la sphère publique depuis de nombreuses années. Certes, s'il cherche des poux, il va sûrement en trouver. Il admet même que ce sont des cas isolés.

    Il nous parle d'un État américain qui est un des plus religieux aux É.-U. , un des phares de la "Bible Belt". Rien à voir avec le Québec. Et non, le concept de la laïcité ouverte n'existe tout simplement pas là bas. C'est plutôt la religion fermée qui est la norme dans beaucoup de sphères de la société, de là cette loi ignoble, parrainée par les représentants de la très vaste majorité chrétienne.

    Ici au Québec (et au Canada), nous sommes à l'avant-garde au niveau des droits des homosexuels et des femmes, si l'on se compare à l'ensemble de l'Amérique du Nord, et même dans le monde entier. De nombreux jugements sont venus appuyer des recours devant les tribunaux, malgré le fait qu'il y a encore beaucoup de progrès à accomplir. Contrairement au Mississippi, nous avons beaucoup plus de forces vives qui veillent au grain. Et c'est tout à notre honneur...

    • Hubert Rioux - Abonné 19 avril 2016 12 h 51

      M. Desautels,

      En tout respect, il ne s'agit évidemment pas de comparer bêtement le Québec et le Mississippi, mais de comparer les motifs invoqués de part et d'autre, à mon sens souvent à tort, lorsqu'il s'agit de "protéger" la liberté religieuse.

      Bien que les conséquences en soient potentiellement beaucoup plus graves au sein de sociétés encore relativement peu sécularisées, comme le cas du Mississippi le démontre effectivement, je considère que cela ne devrait pas nous empêcher de réfléchir aux causes des dérives qui, à plus petite échelle, entraînent progressivement le Québec et plusieurs autres sociétés occidentales sur un terrain bien glissant.

      Ceci dit, je me permets de vous faire remarquer qu'à ce jour, pas moins d'une trentaine d'États américains ont voté des "Religious Freedom Restoration Acts" ou en ont adopté les principes suite à des décisions juridiques. Plusieurs de ces États sont généralement considérés comme relativement libéraux, et sont bien loins de la Bible Belt dont vous parlez: Connecticut, Illinois, Indiana, Pennsylvanie, Rhode Islands, Ohio, Maine, Massachussetts, Hawaii, Michigan, Minnesota, Washington et Wisconsin, entre autres. Je vous invite à vous intéresser de plus près à ces lois et aux principes qu'elles défendent, qui sont d'ailleurs au coeur du HB1523.

      Pour ce qui est de la lutte à l'homophobie et à la misogynie au Québec et au Canada, vous avez heureusement raison: nous sommes bien en avance et nos lois sont, jusqu'à preuve du contraire, solides. Il serait donc bien qu'il en demeure ainsi, et c'est précisément pourquoi il faut continuer à débattre de la direction que nous souhaitons réellement prendre en matière de laïcité.

      XH,

    • - Inscrit 19 avril 2016 13 h 56

      M. Rioux, votre réponse est on ne peut plus limpide et pertinente.

      Merci surtout de souligner que des lois du type HB1523 sont aussi au programme dans les États mentionnés, qui ne sont pas de la bible belt.

      Vraiment, ça donne froid dans le dos et démontre que la laïcité, nos traditions humanistes et la démocratie ne sont jamais garanties à tout jamais.

      Il y a au Canada des provinces pourraient très bien accepter des lois de ce type. On n'a qu'à penser à l'Ontario, qui, il y a quelques années, avait songé à accepter les principes de la charia dans ses tribunaux !

    • Yann Ménard - Inscrit 19 avril 2016 14 h 04

      «(...) Québec, où la religion a presque complètement quitté la sphère publique depuis de nombreuses années.»
      Pierre Desautels

      Le Québec, et l'Occident en général, où la religion fait plutôt un retour en force sur la place publique et dans les institutions, et particulièrement chez certaines communautés très, très revendicatrices à cet égard.

    • Pierre Desautels - Abonné 19 avril 2016 15 h 59

      @ H.Rioux,

      En somme, vous nous dites que si de nombreux États américains ont des lois
      qui favorisent les fondamentalistes chrétiens, cela pourrait être notre problème aussi. Comme ceux qui avancent que si la France a des problèmes avec une minorité de musulmans, un danger nous guette aussi.

      C'est loin d'être le cas et si ça l'était, quel serait le remède? Plusieurs croient que finalement, le Québec, avec sa charte actuelle, avalisée par la Cour suprême, est le modèle à suivre. D'autres croient que des ajustements mineurs suffiraient. Ce n'est pas vrai que la religion est devenue un bar ouvert ici. Certes, le kirpan a été accepté sous certaines conditions, mais la charia en Ontario n'a pas passé. Quant au chanoine Jean Tremblay, sa prière au conseil municipal non plus.

      On voit bien maintenant que le modèle français républicain est un échec. Avec une facture d'intégrisme laïque et une partie de la population qui ne veut pas que les musulmans s'intègrent, ce modèle ne fait que nourrir les intégristes musulmans.

      Monsieurs Rioux nous ferait un grand service en nous renseignant sur ce qui se passe chez nos voisins du Sud. Mais ça n'a rien à voir avec ce qui se passe ici. Pour le reste, une laïcité à la québécoise, qu'elle soit "ouverte" ou non, est et sera un modèle solide et un modèle qui sera imité ailleurs.

  • Pierre R. Gascon - Inscrit 19 avril 2016 07 h 28

    L’État est laïc. La société est pluralisme.

    L’expression publique et sociale de sa foi fait partie du droit de chaque croyant. Effacement, éloignement et affaiblissement des religions, c'est la méthode utilisée par ceux qui préconisent une fausse laïcité.

    Il y a aujourd’hui tout un courant militant qui souhaite étendre la référence de l’espace publique à la laïcité, non seulement à l’État mais à la société entière, réduisant ainsi l’expression publique et sociale des religions. Il s’agit d’une forme de laïcisme qui veut enfermer le religieux dans le domaine du privé et de l’intime et lui interdire toute forme d’expression dans l’espace public.

    Pour moi, l'État doit permettre à chacun, sans exception aucune, de pratiquer et de vivre sa liberté religieuse. Laïcité de l'État ne veut pas donc dire refus ou ignorance des religions. La laïcité de l'État lui interdit d'intervenir dans le fonctionnement interne des cultes. Pourtant, cela n'empêche pas certaines relations de courtoisie ou de bonne entente entre l'État et tel ou tel culte.

    Ainsi, dans une société pluralisme, tout élu qui ne croit ni en Dieu, ni au diable, ne peut refuser ni ignorer les religions.

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 avril 2016 10 h 07

      L'État, la société... Sous prétexte que seul l'État a à être laïque, devrait-on accepter de la discrmination dans la sphère commerciale? Après tout, c'est cette logique qui justifiait des commerces privés à refuser des femmes, Noirs ou des juifs comme clients.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 avril 2016 11 h 52

      Pierre R Gascon écrit : ‘Effacement, éloignement et affaiblissement des religions, c'est la méthode utilisée par ceux qui préconisent une fausse laïcité.’

      Ce n’est pas de cela dont il s’agit dans ce cas-ci.

      Le combat pour la liberté de religion dont il s’agit ici est une façade à l’intolérance. HB1523 fait partie de ce combat, beaucoup plus vaste.

      Défendre le droit de tout employeur opposé à la contraception de refuser que le régime d’assurance médicaments de son entreprise rembourse la pilule contraceptive à ses employées revient à donner le droit à l’employeur d’imposer ses valeurs morales à ses subalternes.

      Lorsque, dans un parc de maison mobile, le propriétaire pénètre armé d’une carabine afin d’expulser l’amant d’une locataire parce qu’ils vivent dans le péché, il tente d’imposer ses valeurs morales à un couple qui ne les partagent pas.

      HB1523 n’oblige personne à devenir homosexuel ou à changer de sexe. Il légalise la discrimination et le refus de service à l’égard des gais et des transsexuels.

      HB1523 est l’exact opposé des lois québécoises à ce sujet.

      Associer les valeurs qui animent le Québec à l’intolérance séculaire du ‘Bible Belt’ est d’un ridicule consommé.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 avril 2016 07 h 30

    Les sophismes de l’université McMaster

    Que de gymnastique intellectuelle tordue pour tenter de prouver que la laïcité conduit à l’intolérance.

    La vérité est plus simple; le fanatisme religieux -- qu’il soit chrétien, musulman ou juif -- conduit au pire de ce qu’il y a dans l’être humain.

    Quand on laisse les gens libres d’imposer leurs principes religieux ou moraux à ceux qui ne les partagent pas, voilà la véritable intolérance.

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 avril 2016 10 h 08

      Au contaire, ce dont M. ou Mme Rioux parle, c'est de cette fausse laïcité dite ouverte qui laisse toute la place à l'expression des religions.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 19 avril 2016 10 h 36

      Il y a deux types de laïcité, monsieur Martel : la laïcité (d'origine française, aussi appelée laïcité républicaine), et la laïcité d'accommodements (aussi appelée laïcité ouvert, anglo-saxonne). C'est de la laïcité ouverte dont il est question ici. Lorsque cette dernière est adopté, l'État est multiconfessionnel et intègre les règles religieuses dans le fonctionnement de l’Administration publique, et par conséquent, on assiste à une restriction des libertés, notamment, la liberté d'expression, l'égalité homme-femme, et toutes libertés si durement acquises dans nos sociétés.

    • Sylvain Deschênes - Abonné 19 avril 2016 11 h 49

      Je pense que vous avez mal compris le sens de cette article. Il met en cause le concept fumeux de "laicité ouverte".

      La laicité c'est la laicité. Si on l'ouvre, ce n'est est plus.

    • Denis Blondin - Abonné 19 avril 2016 12 h 11

      Monsieur Martel,

      je souscris parfaitement à votre premier et à votre dernier paragraphe. Quant au deuxième, je le complèterais ainsi: « le fanatisme religieux -- qu'ils soit chrétien, musulman, juif ou laïque -- conduit au pire dans ce qu'il y a dans l'être humain.»

      La manipulation des grands principes, qu'elle soit le fait de l'État du Mississipi ou d'intellectuels québécois, permet d'invoquer n'importe quel beau principe pour justifier nos propres croyances, que celles soient étiquetées comme religieuses ou laïques (ouvertes ou fermées).

      Denis Blondin

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 avril 2016 14 h 42

      À Jocelyne Lapierre.

      La laïcité repose sur la séparation entre l'État et l'Église. Elle ne peut pas être ouverte/fermée. Pas plus qu'il existe des divorces ouverts/fermés.

      L"ouverture" de la laïcité de rime à rien.

      Cette séparation peut s'exprimer par l'interdit des employés de l'État d'afficher la confession religieuse à laquelle ils appartiennent : c'est la laïcité à la française et c'est celle du projet de Charte des valeurs québécoises.

      La neutralité de l’État peut s’affirmer d’une autre manière, soit en laissant la liberté de chacun de vivre sa religion comme il l’entend, du moment que cela ne porte pas atteinte aux droits des autres de vivre selon leurs principes à eux. C’est donc une autre forme de neutralité : en n’intervenant pas.

      En d’autres mots, cette neutralité, c’est l’indifférence totale des institutions publiques face aux croyances religieuses du citoyen. Ce dernier n’aurait donc pas à renier sa foi (ni aux manifestations extérieures de celle-ci) avant de donner ou de recevoir un service public. C'est la laïcité anglo-saxonne à laquelle je souscris entièrement.

      Dans un cas comme dans l'autre, cela n'a aucun rapport avec HB1523. Donc tout le château de cartes argumentaire de M. Rioux s'effondre lorsqu'on tient compte de ce que la laïcité veut dire.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 avril 2016 14 h 57

      Sylvain Auclair éctit : "Au contraire, ce dont M. ou Mme Rioux parle, c'est de cette fausse laïcité dite ouverte qui laisse toute la place à l'expression des religions."

      M. Rioux confond laïcité et liberté de religion. Un État laïc ne professe aucune religion; un citoyen sans religion est dit athée et non laïc. Cela n’est pas pareil.

      HB1523 ne concerne pas la laïcité (sous-entendu: de l’État); il légalise la discrimination sexuelle du citoyen prétextée par des convictions religieuses.

    • Raymond Labelle - Abonné 19 avril 2016 15 h 29

      Différences de degré et de modalités entre la loi du Mississipi et la "laïcité ouverte", mais les deux sont basés sur un principe fondamental commun : la liberté d'expression et d'action religieuse a priorité sur les autres formes de liberté de conscience et d'action.

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 avril 2016 15 h 49

      Monsieur Martel,

      La laïcité, c'est avant tout de confiner la religion à la sphère privée. La liberté de religion n'a rien à voir avec la pâtisserie...

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 19 avril 2016 17 h 06

      M. Martel, ne vous en déplaise, la laïcité ouverte est un concept de la laïcité fort documenté et en application, notamment aux États-Unis, et probablement au Canada dans un proche avenir, il n'y a qu'à voir le nombre de personne qui appuient ce genre de principe de gouvernance, habituellement des gens à la vision courte qui prônent toutes les libertés individuelles, incapables de voir l'impossibilité d'appliquer un tel principe dans une société multiculturelle sans que cela ne dégénère en société multiconflictuelle... en une tour de Babel.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 avril 2016 17 h 20

      Sylvain Auclai écrit : "La laïcité, c'est avant tout de confiner la religion à la sphère privée. La liberté de religion n'a rien à voir avec la pâtisserie..."

      Vous avez entièrement raison. Permettre au pâtissier de refuser de servir des homosexuels sous le prétexte que sa religion est contre l'homosexualité, c'est un prétexte à la discrimination basée sur l'orientation sexuelle. C'est précisément ce que permet HB1523.

      Cela ne concerne ni la laïcité, ni la iberté de religion. Sauf que c'est celle-ci (et non celle-là) qui lui sert de prétexte.

    • Pierre R. Gascon - Inscrit 19 avril 2016 20 h 26

      Je choisi une société qui a une ambition: être une société, non pas où on musèle les religions, mais une société qui permet à celles-ci d'enrichir la vie sociale elle-même.

      Les relations Église-État peuvent et doivent donner lieu à un dialogue respectueux, porteur d'expériences et de valeurs fécondes pour l'avenir d'une nation.

  • Fernand Laberge - Abonné 19 avril 2016 07 h 33

    Fausse noblesse

    La laïcité serait plutôt que la liberté religieuse garantie par les Chartes ne puisse interférer avec les autres droits garantis. On aura beau arguer que les droits ne peuvent être hiérarchisés, ils le sont pourtant de facto lorsque la prémisse est que ces autres droits garantis ne peuvent interférer avec la liberté religieuse (loi 59 dans sa forme actuelle, notion d'«union spirituelle»...).

    Les Chartes sont viciées par une énumération de conditions objectives (race, sexe, orientation - cette dernière relevant justement du «choix du péché» selon le religieux) et la notion subjective de croyance (la canadienne affirmant même la «suprématie de Dieu» - autre réaction trudeauesque à la Révolution tranquille ? - en préambule).

    Accorder une telle importance au flou, c'est effectivement ouvrir la porte au pire des arbitraires. L'Arabie Saoudite, qui n'en soutient pourtant qu'une forme sectaire (mais de manière fort militante et intéressée...), ne justifie-t-elle pas la punition de l'«insulte à l'Islam» par la «menace aux droits humains» qu'elle représente ? Un autre, jadis, suggérait plutôt de «rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu»...

    • - Inscrit 19 avril 2016 11 h 26

      "On aura beau arguer que les droits ne peuvent être hiérarchisés, ils le sont pourtant de facto lorsque la prémisse est que ces autres droits garantis ne peuvent interférer avec la liberté religieuse (...)."

      Vous mettez exactement le doigt sur le problème qui meace de miner les droits dans les sociétés démocratiques.

    • Pierre R. Gascon - Inscrit 19 avril 2016 12 h 29

      Pour moi, aucune laïcité ne peut se développer sainement sans affirmer le respect réciproque entre politique et religions en évitant la tentation constante du mélange ou de l’opposition.

      Et, à mon point de vue, l’État doit permettre à chacun de pratiquer et de vivre sa liberté de conscience, sa liberté religieuse; et, s’il y a interdiction, elle doit être justifiée par une raison de respect de l’ordre publique et non pas une motivation antireligieuse.

    • - Inscrit 19 avril 2016 13 h 39

      Je suis aussi d'accord avec M. Gascon pour sa pondération. La seule nuance, c'est que l'approche religieuse elle, n'a pas la préoccupation de la pondération. Elle est essentiellement absoutiste et a tendance à vouloir s'insinuer dans les institutions publiques pour imposer leurs idéologies.

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 19 avril 2016 07 h 52

    HB1523 ET L'HUMANISME UNNIVERSEL !

    Il y a quelque jours G.Leroux,en réponse à D. Baril , exposait les principes qui le guidaient au sujet du cours Ethique et Politique et il terminait son texte par la phrase claire et révélatrice:" Je crois possible enfin de soutenir un humanisme de la différence, ouvert sur la diversité et source de respect des convictions de tous, et cela dans le cadre de nos lois et de nos chartes. Tel est en effet le meilleur chemin pour accéder à un humanisme universel." Ce n'est pas faire un procès d'intention que de dire que pour G Leroux la base de son humanisme est le respect des convictions de tous, ce qui n'est pas très différent du respect de toutes les convictions. D'autre part le fait de remplacer le mot croyance par celui de conviction ne change pas grand chose étant entendu qu'en matière de religion on conçoit mal une croyance qui ne soit pas absolue. L'humanisme que propose G Leroux vise donc un respect des croyances et convictions sans égard aux progrès accomplis par l'humanité en matière de valeurs . G Leroux confond un humanisme universel avec un humanisme totalement et aveuglément inclusif et sa conception de l'ouverture et de la différence prend le pas sur le respect des valeurs fondamentales à la base d'un véritable humanisme universel ( égalité homme -femme, liberté d'orientation sexuelle, ...)
    Certes, je n'irai pas jusqu'à utiliser les termes "'aboutissement logique " pour faire le lien entre la loi HB 1523 et les conceptions de la"laïcité ouverte " mais il est quand difficile de ne pas y voir un " air de famille ".
    Pierre Leyraud

    • - Inscrit 19 avril 2016 09 h 15

      Très bonnes observations.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 19 avril 2016 11 h 34

      Ce que vous décrivez est imprégné d'utopisme et me fait penser au livre de Thomas More, "L'Utopie".

      L'humanisme universel est un idéal très noble, mais très, très loin d'être partagé par toutes les cultures, ethnies, tribus, sociétés, religions du monde. Nos sociétés occidentales ont eu la prétention de croire qu'elles pouvaient être fondées sur cet idéal et que le monde entier en ferait de même. C'est ce qui est en train de causer le suicide des peuples occidentaux.