Femmes et francophones, une combinaison mortelle pour Paul Martin

L'arrivée au pouvoir de Paul Martin ne représente rien de bon pour l'implication des femmes et des Franco-Canadiens. Pendant qu'on s'interroge sur le désengagement politique des jeunes et le manque de représentativité des femmes dans notre système parlementaire, le comportement de l'équipe Martin soulève des questions fondamentales que l'on pensait pourtant résolues en ce début de XXIe siècle.

Alors qu'au Nouveau-Brunswick, Claudette Bradshaw a dû mener une bataille publique serrée pour garder son siège de ministre au sein du nouveau cabinet Martin (qui est loin d'être garanti après les élections), Sheila Copps, en Ontario, n'est quant à elle même pas assurée de pouvoir être candidate libérale aux prochaines élections, et ce, malgré le fait qu'elle représente sa circonscription depuis 20 ans. Et il y a quelques jours à peine, on apprenait que Raymonde Folco, au Québec, aurait été victime d'écoute électronique et que les bonzes du parti préféreraient qu'un autre candidat remporte l'investiture libérale.

Bien sûr, le gouvernement Martin a toutes les bonnes excuses du monde pour expliquer à qui veut l'entendre que tous ces cas ne sont en fait le résultat que de circonstances extraordinaires. Mais est-ce vraiment une coïncidence que toutes ces candidates doivent lutter afin de conserver le droit d'être candidates libérales alors que le clan Martin tente de les remplacer par des hommes?

Cependant, lorsqu'on voit la réaction des médias à l'annonce de Belinda Stronach, qui y vont de titres comme «Blonde Ambition» ou de commentaires du type «Elle est belle, jeune et millionnaire», on se demande bien où sont allées les victoires du mouvement féministe des dernières décennies. Aucun média n'a pourtant mentionné, lors de la course au leadership libéral, que John Manley est blond. À voir le traitement privilégié que les médias accordent aux femmes candidates, on comprend pourquoi plusieurs sont réticentes à se présenter en politique.

Finalement, le fait que deux des ministres les plus influents du cabinet Martin, Ralph Goodale et Anne McLellan, soient unilingues anglophones représente aussi un sérieux retour en arrière pour l'ensemble du pays et pour les valeurs canadiennes. Le message que Martin envoie ainsi à la population canadienne est puissant, surtout lorsque Ralph Goodale affirme que la politique de bilinguisme de la fonction publique pourrait être revue car elle nuit à l'avancement des Canadiens de l'Ouest, unilingues anglophones.

En tant que jeune femme francophone, pourtant passionnée par la politique canadienne, je m'interroge sérieusement sur la place et l'importance que me réserve Paul Martin au sein de son gouvernement, qui est aussi mon gouvernement en tant que Canadienne. Mes préoccupations sont-elles prises au sérieux au sein du gouvernement libéral de Paul Martin ou suis-je simplement une électrice à séduire pour obtenir mon vote tous les quatre ans?