Le Québec sur la scène internationale : Notre devoir d'audace

Comment Daniel Turp peut-il prétendre, comme il l'a fait dans Le Devoir de jeudi, que l'action du gouvernement du Québec, en matière de politique de relations internationales, constitue une abdication de son rôle sur la scène internationale? [...] Loin d'abdiquer ses responsabilités, le gouvernement Charest a mis la promotion de l'expertise québécoise au centre de ses priorités puisque notre prospérité économique en dépend. [...]

Jamais, par le passé, un premier ministre du Québec ne s'est autant investi dans les dossiers internationaux que M. Charest. Au lendemain même des élections du 14 avril 2003, il se rendait à New York, confirmant ainsi notre volonté de relations étroites avec notre principal partenaire. Fait sans précédent, il s'est entretenu avec le chef de la diplomatie américaine, Colin Powell.

Il y est retourné en octobre dernier à l'invitation de la prestigieuse Foreign Policy Association. Il a profité de l'occasion pour y énoncer les priorités de son gouvernement et réaffirmer sa volonté de mettre l'accent sur l'international pour assurer la prospérité des Québécois. En septembre, il a participé activement à la Conférence des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l'est du Canada. [...] Parallèlement, d'autres membres du gouvernement, à la demande de M. Charest, se sont rendus aux États-Unis pour renforcer notre dialogue avec nos partenaires.

Plus près de nous, en début d'année, M. Charest a effectué une importante mission en Europe. [...] Au programme des rencontres: des chefs d'entreprise, des leaders politiques — est-il besoin de rappeler qu'en Allemagne, il a eu une rencontre avec le chancelier Schröder (une première avec un chancelier allemand depuis M. Bourassa); au Royaume-Uni, le vice-premier ministre John Prescott, de même que des représentants de grands médias internationaux. Autant de contacts établis pour rétablir l'image d'un Québec qui travaille à son avenir plutôt qu'à sa séparation.

Événement hors du commun au Forum économique mondial de Davos, le premier ministre a présenté sa vision des relations transatlantiques, une occasion privilégiée pour souligner toute l'importance que le Québec accorde au dialogue entre l'Europe et les Amériques. Et, à l'inverse du Parti québécois, plutôt que de procéder à des annonces hâtives, risquant de perdre une proportion importante d'investissements en cours de négociation, nous attendons de conclure des ententes avant de les rendre publiques. Les résultats paraissent moins spectaculaires sur le coup, mais on évite ainsi de vivre une situation où seulement 3 % des investissements annoncés en valeur se réalisent après plus d'un an alors que 40 % sont irrémédiablement abandonnés.

Au Québec même

L'action internationale du gouvernement du Québec ne s'est pas limitée à l'étranger. En mai 2003, le Québec accueillait le ministre-président de la Bavière, Edmund Stoiber. Visite réussie puisque, à l'issue de cette mission, Bavarois et Québécois convenaient de mettre le cap sur une coopération à fort potentiel dans le domaine des hautes technologies, notamment grâce au Sommet des régions partenaires qui aura lieu au Québec en décembre prochain.

Par la suite, le premier ministre de la République française, Jean-Pierre Raffarin, a visité le Québec. De l'avis de tous les observateurs, cette visite officielle a marqué un point tournant dans la relation privilégiée entre la France et le Québec. Les deux chefs de gouvernement ont décidé de faire prendre à la relation franco-québécoise un virage significatif. Des projets communs originaux et porteurs — je pense entre autres à une mission conjointe de prospection économique au Mexique, visant les petites et moyennes entreprises — ont été arrêtés. [...]

En juin 2003, le Québec a accueilli le secrétaire général de la Francophonie, Abou Diouf. M. Charest et moi-même avons profité de l'occasion pour proposer officiellement la candidature de Québec pour la tenue du Sommet des chefs d'État et de gouvernement en 2008 dans le but de marquer ainsi de façon exceptionnelle le 400e anniversaire de la fondation de Québec. Sans parler de la rencontre avec le président Chirac, en Estrie, durant la période estivale.

Du terrain plutôt que des structures

Pour ma part, je n'ai eu de cesse de contribuer au rayonnement du Québec à l'étranger et à la promotion de l'expertise québécoise. Au lieu de créer des structures comme avait l'habitude de le faire le Parti québécois, que ce soit l'Observatoire de la mondialisation ou le Centre Québec-Europe — ce qui n'est pas sans conséquence pour les finances publiques —, j'ai pris la décision de travailler sur le terrain en mettant à contribution les acteurs de la société québécoise.

Mon premier engagement, tout comme celui du Parti libéral du Québec, a été de rappeler l'importance de notre réseau à l'étranger et de ne pas procéder à des fermetures improvisées comme l'a fait le PQ au milieu des années 90. Réglons le cas du bureau à Washington: il conservera le statut qu'il a depuis son ouverture, en 1978, et dont le PQ s'est accommodé pendant toutes ces années.

En septembre dernier, j'ai lancé un événement international de premier plan au Mexique, «Voilà Québec en Mexico». Jamais auparavant dans ce pays, partenaire de premier plan du Québec dans les Amériques, le Québec n'avait pu profiter d'une vitrine culturelle et économique d'une envergure qui a été unanimement saluée par les milieux culturels et économiques québécois. Cet événement a connu son point culminant en novembre à l'occasion de la Foire internationale du livre de Guadalajara, où le Québec était l'invité d'honneur. [...]

Cette foire a été le dernier événement dont l'organisation a été confiée au Bureau des événements. Le ministère des Relations internationales possède l'expertise nécessaire pour organiser ce que le PQ appelait pompeusement les «Saisons du Québec». Ce bureau qu'on nous accuse de fermer est un organisme sans but lucratif. Le vérificateur général a dénoncé, dans plusieurs cas, les coûts excessifs liés aux organismes de ce type et le manque de transparence de l'utilisation des fonds publics. Il était temps qu'un gouvernement sérieux et responsable y mette bon ordre.

En novembre, je me suis rendue au Japon, pays qui n'avait pas été visité par un ministre des Relations internationales depuis de très nombreuses années. La mission que je dirigeais regroupait une vingtaine de gens d'affaires et de représentants de six universités québécoises. [...] Et je pourrais longuement évoquer la participation québécoise aux instances de la Francophonie, notamment lors de la Conférence des ministres qui s'est tenue à Paris à la fin de l'année dernière. Dans le cadre de cette conférence, j'ai tenu notamment à exprimer la solidarité des Québécois à l'endroit du peuple haïtien et à fermement rappeler que les droits de la personne doivent y être respectés. Le Québec a ainsi repris la place de leader qui lui revient au sein de cette instance internationale. [...]

Est-il vraiment besoin de revenir également sur ce succès de la diplomatie québécoise que représente la décision de la Conférence générale de l'UNESCO en regard de la diversité culturelle? Grâce à nos initiatives conjuguées à celles du gouvernement canadien, l'idée d'une convention sur la diversité culturelle a été retenue. Il s'agit là d'un enjeu majeur pour la société québécoise, et le gouvernement québécois entend prendre toutes ses responsabilités pour faire valoir son point de vue. [...]

Que ce gouvernement fasse les choses différemment s'inscrit dans la nature des choses. Le premier ministre nous a demandé de faire preuve d'audace. Aucun effort n'a été ni ne sera ménagé. Audacieux, nous l'avons encore été lors de la dernière Conférence annuelle des premiers ministres alors que le premier ministre du Québec et celui du Canada se sont entendus pour conclure une entente par laquelle le Québec aura plus d'occasions de se faire entendre sur la scène internationale.

Si c'est là abdiquer nos responsabilités en matière de relations internationales, les mots n'ont pas la même signification selon que nous soyons péquistes ou libéraux. L'action convient mieux à un gouvernement libéral que les effets de toge d'une opposition péquiste.