Libre opinion: Un ordre des enseignants, du gaspillage

Depuis 1996, l'idée de la création d'un ordre professionnel des enseignants au Québec a fait son chemin. Depuis lors, les divers intervenants dans le milieu de l'éducation se livrent à une certaine propagande chacun de leur côté. Les deux principaux belligérants idéologiques sont certainement les syndicats impliqués dans la représentation des enseignants (FSE-CSQ), qui opposent leur vision de cette question à celle du ministère de l'Éducation du Québec (MEQ) et à celle du Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec (CPIQ).

En tant que jeune enseignant, j'ai moi-même quelques réticences en ce qui a trait à la création d'un tel ordre. Tout d'abord, selon l'aveu même du CPIQ, un ordre professionnel a surtout pour vocation de protéger le public. À l'heure actuelle, je ne vois aucunement ce contre quoi le public pourrait être protégé. Récemment, il y a eu très peu de polémiques impliquant des enseignants québécois. Alors, en ce qui me concerne, la question demeure: protéger les Québécois contre quoi, exactement? Si nous suivons cette optique, il y a certainement d'autres professions qui auraient davantage besoin d'un tel ordre professionnel ou qui auraient avantage à rendre le leur plus compétent.

En Ontario

Deuxièmement, pourquoi ne pas jeter un petit coup d'oeil en Ontario? Ils ont eu leur Ontario College of Teachers (OCT) depuis 1996 à la suite d'une initiative du ministre Cooke, membre du fameux cabinet Harris. Inutile de vous dire que l'idée n'a jamais été très bien reçue et que, aujourd'hui, la guerre entre l'ordre et les différents syndicats de la fonction enseignante ontarienne existe bel et bien.

J'ai moi-même pu constater à quel point l'OCT n'est rien de moins qu'une autre lourde structure bureaucratique gouvernementale. J'ai enseigné quatre années dans un programme d'immersion française dans la banlieue de Toronto. Après ma première année, l'ordre a exigé que je suive un cours universitaire de six crédits intitulé «Didactique du français, langue seconde». Pourtant, je suis francophone et titulaire d'un baccalauréat en enseignement au secondaire (BES) de quatre années; je ne voyais pas la pertinence de suivre un tel cours. Finalement, on m'a dit que le cours n'était plus obligatoire; cependant, un mois plus tard, l'ordre avait changé d'avis.

J'ai longuement contesté cette mesure et ai attendu quelques années avant que l'on m'oblige finalement à suivre ce cours. Après avoir eu la joie de payer plus de 800 $ en droits de scolarité, j'ai suivi ce cours avec une douzaine d'enseignants anglophones qui ne parlaient presque pas français. Inutile de vous dire que je n'ai rien appris et que cela n'a aucunement enrichi mes qualités d'enseignant.

Pour avoir été membre d'un ordre professionnel des enseignants au cours des quatre dernières années, je n'y ai trouvé que des désavantages. Encore aujourd'hui, lorsque je parle à mes anciens collègues de travail, ils se plaignent que les tarifs des membres ont encore augmenté, désormais établis à 139 $ par année, alors qu'ils ne tirent aucun bénéfice de cette adhésion obligatoire, et ce, sans parler du magazine de l'ordre, qui fait le délice des boîtes de recyclage de la très grande majorité des enseignants que je connais.

En ce qui me concerne, l'OCT m'a prouvé qu'il s'agissait d'un gaspillage pur et simple de fonds publics, et je suis persuadé que si un ordre professionnel des enseignants est imposé au Québec, la situation sera la même. Les relations entre le nouveau mandataire gouvernemental et les enseignants québécois s'envenimeront. [...] Pourquoi investir des millions dans cet ordre professionnel alors qu'on pourrait investir le tout dans une meilleure formation des mêmes enseignants ou encore dans les écoles ou les commissions scolaires où ils travaillent? Décidément, je n'y comprends plus rien et je crains de ne pas être le seul dans cette situation plutôt inconfortable.