De l’urgence d’un fonds de restructuration

Si un fonds de restructuration avait existé, il aurait pu acheter St-Hubert au prix payé par Cara, solidifier sa gestion et, ensuite, soit la revendre à une entreprise québécoise existante (avec l’aide des autres instruments que nous possédons déjà), soit inscrire sa propriété à la Bourse, puisqu’il s’agit d’une société privée. Normalement, une telle opération se serait soldée par un profit substantiel.
Photo: Peter McCabe La Presse canadienne Si un fonds de restructuration avait existé, il aurait pu acheter St-Hubert au prix payé par Cara, solidifier sa gestion et, ensuite, soit la revendre à une entreprise québécoise existante (avec l’aide des autres instruments que nous possédons déjà), soit inscrire sa propriété à la Bourse, puisqu’il s’agit d’une société privée. Normalement, une telle opération se serait soldée par un profit substantiel.

La vente récente à des intérêts extérieurs d’entreprises québécoises bien identifiées au milieu, comme Les rôtisseries St-Hubert, Rona, Provigo, le Cirque du Soleil et Alcan, a soulevé à nouveau la question de la perte d’emplois et de sièges sociaux qui en résulte généralement. Cette question est légitime, même dans le cas où les acquisitions québécoises seraient plus nombreuses que celles de l’extérieur. Car il vaut toujours mieux conserver ce qu’on a que de s’en départir. D’autant plus que les entreprises perdues auraient pu servir de base pour des acquisitions ultérieures à l’étranger.

Depuis la Révolution tranquille et l’arrivée de la garde montante, le Québec s’est doté de plusieurs instruments qui ont favorisé le développement chez nous d’un grand nombre d’entrepreneurs et de multiples entreprises. On pense à cet égard à la Caisse de dépôt et placement, à Investissement Québec, au Fonds de solidarité FTQ, aux fonds régionaux de Desjardins, à Fondaction de la CSN. Mais il manque encore à cet ensemble une institution capable d’agir, au besoin, comme agent principal de restructuration sur le modèle des grands fonds privés d’investissement (les private equity funds) comme il en existe aux États-Unis ou en Ontario (dont Fairfax qui, soit dit en passant, est le principal actionnaire de Cara, qui achète St-Hubert). En effet, aucune des institutions que nous avons créées n’est en mesure d’acquérir la totalité d’une entreprise, de la gérer temporairement, de la restructurer au besoin et de la revendre ensuite à profit.

Si un tel instrument avait existé, il aurait pu acheter St-Hubert au prix payé par Cara, solidifier sa gestion et, ensuite, soit la revendre à une entreprise québécoise existante (avec l’aide des autres instruments que nous possédons déjà), soit inscrire sa propriété à la Bourse, puisqu’il s’agit d’une société privée. Normalement, une telle opération se serait soldée par un profit substantiel, puisqu’il s’agit d’une entreprise déjà rentable. On n’a qu’à se référer à l’expérience des Blackstone, Fairfax et autres KKR pour constater que ce genre de restructuration est extrêmement profitable.

La mise sur pied d’un tel fonds de restructuration exigerait des fonds substantiels, possiblement de l’ordre du milliard de dollars. Il est probable que, chez nous, une telle somme de capitaux ne puisse pas être amassée rapidement sans que le gouvernement en prenne l’initiative. Ce n’est pas hors de ses moyens puisqu’on peut se rappeler qu’Investissement Québec et la Caisse de dépôt et placement ont récemment versé, chacun, 1,3 milliard de dollars pour le soutien de Bombardier. Mais il serait souhaitable qu’afin d’éviter toute pression politique indue, le secteur privé et coopératif en prenne le contrôle le plus rapidement possible. D’ailleurs, rien n’empêcherait que la Caisse de dépôt et placement, le Fonds de solidarité FTQ, Desjardins et d’autres investisseurs puissent y contribuer dès le départ s’ils le souhaitent.

Le Fonds de restructuration est l’instrument qui nous manque. Il est d’autant plus urgent de le mettre en place qu’au cours des prochaines années, plusieurs centaines de nos entrepreneurs, ceux qui ont créé et développé les entreprises qui font notre fierté, devront céder la place à la relève. À nous de les aider, si nous ne voulons pas perdre le fruit de leur travail et le céder à d’autres.

6 commentaires
  • François St-Pierre - Abonné 5 avril 2016 09 h 04

    Bof...

    Si les Québécois avaient vraiment à cœur le développement des entreprises de chez nous, McDonald, Starbuck, Tim Horton et compagnie fermeraient leurs portes, faute de clients. On parle, on revendique, mais on se contredit avec nos sous.

    • Pierre Hélie - Inscrit 5 avril 2016 12 h 51

      D'accord avec vous que nous n'avons pas de colonne vertébrale (j'aimerais en souvent en avoir plus), mais je ne crois pas que de baisser les bras soit une solution... M. Bernard aurait à mon avis été un excellent premier ministre, mais que voulez-vous, il n'était pas aussi photo/télégénique et n'avait pas le bagou de l'insignifiant de première classe Boisclair. Depuis l'avènement du "capitalisme stalinien" enfanté par la mondialisation (où tous les exploités le sont de façon égalitaire par les "élites" transnationales") et la démission de nos gouvernements, surtout ceux du PLQ, je me sens souvent comme dans "La Route" de McCarthy, mais je refuse de céder...

  • Claude Bernard - Abonné 5 avril 2016 09 h 29

    Le fond et l'expertise

    L'argent ne règle pas tous les problèmes.
    L'expertise, la motivation et la capacité de redresser le navire ou de développer une compagnie ne courrent pas les rues.
    Assurer la pérennité d'une entreprise est quelque chose de difficile et de risqué et tout le monde n'est pas Warren Buffet.
    Cela prend autre chose que des fonctionnaires et des milliards et explique la décision du fondateur des rotisseries St-Hubert.

    • André Nadon - Inscrit 5 avril 2016 12 h 03

      L'actuel président n'est pas le fondateur. Il est le fils du fondateur qui a su se trouver une relève, en véritable bâtisseur.
      Comme c'est souvent le cas, le fils n'a pas su relever le défi, même sa fille travaille dans l'alimentation pour une autre compagnie.
      Louis Bernard ne parle pas de fonctionnaires, mais bien de fonds privés qui aideraient les entreprises à se développer, ici et ailleurs, tout en gardant le contrôle.
      Il semble que le président pensait plus à son argent qu'à convaincre le Canada anglophone et son préjugé défavorable des entreprises québécoises.
      Nous en avons un bel exemple avec les atermoiements et la mauvaise presse au sujet de l'aide à Bombardier, qui représente plus de 60% de la recherche au Canada et des milliers d'emplois. Aidons GM avec une perte de 3 milliards, mais non Bombardier qui a toujours remboursé ses prêts et dont les subventions ont généré des revenus profitables pour le Canada.

    • Claude Bernard - Abonné 5 avril 2016 16 h 37

      M. Nadon,

      J'ai apparemment mal compris l'auteur, mais vu qu'il réfère à la Caisse de dépôt et à Investissement Québec, il me parait qu'il voit un investissement du Gouvernement et cela ne crée pas les compétences recherchées pour ce genre de sauvetage.
      Bombardier est une entreprise de haute technologie qu'il faut soutenir et sauver si nécessaire, St- Hubert ne peut pas déménager ou être offshorée.

  • Michel Blondin - Abonné 5 avril 2016 19 h 59

    excellente formuile

    La formule suggérée est excellente.
    C'est un effort de synergie normal qui vient de protéger les acquis et les développer.
    Avec un passage difficile à la génération suivante, les entreprises deviennent des proies faciles. Il faut assurer le contrôle des entreprises ici naturellement.
    Ce serait bien le dernier des écus si le Québec ne faisait pas ce que toutes localités font: favoriser l'achat local.
    La dépossession de nos richesses c’est aussi celle de nos entreprises de services qui sont contrôlées par les autres.