Claire Kirkland-Casgrain: un monument

Claire Kirkland-Casgrain
Photo: Claire Kirkland-Casgrain

Claire Kirkland-Casgrain, la femme des premières, a eu droit à des Funérailles nationales, bien méritées. Il y a 55 ans, quand elle a fait l’histoire en devenant la première députée du Québec, la question qu’on se posait dans les chaumières était de savoir si elle allait « porter le chapeau » à l’Assemblée. Selon Saint Paul, dans son Épître aux Corinthiens, les chrétiennes devaient porter le voile comme signe de leur subordination à l’homme. Claire n’a pas porté de chapeau.

Je lui voue une grande admiration tellement que je me suis battue pour qu’elle soit immortalisée, de son vivant, à côté des trois suffragettes, dans le Monument en hommage aux femmes en politique, dont j’ai piloté le projet pour l’Assemblée nationale, érigé sur la Colline parlementaire, depuis décembre 2012.

« Il y a trop de renards dans la politique pour y introduire des poules »

Une lecture du Journal des débats et des journaux de l’époque sont très parlants quant aux discours de nos « augustes élus » sur le droit de vote et d’éligibilité des femmes. Robert Raoul Bachand, député de Shefford, dira, en 1935, en pleine Assemblée « Il ya trop de renards dans la politique pour y introduire des poules ».

Pas étonnant que même si ce droit ait été octroyé aux Québécoises par le premier ministre libéral d’alors, Abélard Godbout, en avril 1940, il a fallu attendre plus de 21 ans avant que la première femme fasse son entrée au Parlement, en décembre 1961. Claire Kirkland-Casgrain tiendra le fort, seule, dans un forum d’hommes, pendant près de 12 ans.

Comment a-t-elle pu affronter la misogynie dominante de son époque ? Cette réponse, elle me la donnera elle-même, quelques années plus tard, lors d’un entretien-vidéo que j’ai eu avec elle et diffusé lors du colloque sur les 50 ans de présence des femmes en politique, que j’avais organisé, en 2008, dans le cadre du 400e anniversaire de la Ville de Québec, et dont l’original est disponible aux Archives de l’Assemblée nationale.

« Je pensais qu’on m’avait oubliée »

Ce documentaire avait touché les participantes dont plusieurs voyaient cette pionnière, pour la première fois. Une jeune étudiante, émue aux larmes, m’avait interpellée « Comment se fait-il que je sois rendue à l’Université et que personne ne m’ait parlé de Claire Kirkland-Casgrain ? ». C’est un peu le commentaire que m’avait fait Claire, à l’issue de notre entretien mémorable « Je pensais qu’on m’avait oubliée ! ».

Non Claire, vous ne serez pas oubliée car vous faites partie de ces immortels qui ont marqué l’histoire. Par l’exemple, vous avez démontré aux femmes qui suivent vos traces que tout est possible.

Votre monument, avec les trois suffragettes, sur le site du Parlement, continuera de nous raconter cette remarquable histoire. Vous y êtes, debout, tenant dans votre main droite, la Loi 16 sur la capacité juridique de la femme mariée. De votre main gauche, vous faites signe aux futures générations de femmes d’entrer au Parlement et d’y prendre leur place.

Déjà le Maire de Montréal, Denis Coderre a annoncé qu’il vous honorera en nommant un espace public, en votre nom. Je formule le voeu que l’Assemblée nationale, qui a entrepris des travaux d’agrandissement, puisse attribuer votre nom à l’une des salles des commissions parlementaires. Reposes en Paix Claire. On se souviendra de toi pour des générations à venir !

2 commentaires
  • Hélèyne D'Aigle - Inscrite 2 avril 2016 12 h 00

    " Je me souviens "



    Un rappel très apprécié, Madame Fatima Houde - Pepin , Merci !

  • Michel Lebel - Abonné 3 avril 2016 13 h 00

    Quelle mémoire?

    Mais les Québécois ont peu de mémoire. Question: un peuple sans mémoire a-t-il un avenir? Je ne le crois pas. Jean Lesage: une autoroute ou un aéroport; Félix Leclerc: une autre autoroute; Robert Bourassa: un barrage; Georges-Émile Laplame: connais pas, Félix-Antoine Savard: connais pas, etc.

    M.L.