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La rhétorique du vide et de l’échec des princes

En Libye (photo) comme en Irak, une minorité d’États et leurs oligarchies respectives récoltent aujourd’hui le fruit de ce qui a été semé hier encore. On joue aux pompiers pyromanes.
Photo: Abdullah Doma Agence France-Presse En Libye (photo) comme en Irak, une minorité d’États et leurs oligarchies respectives récoltent aujourd’hui le fruit de ce qui a été semé hier encore. On joue aux pompiers pyromanes.

Le discours de certains chefs d’État en réponse aux événements de Bruxelles, réponse maintes fois répétée après chaque événement de cette nature, est malheureusement une rhétorique de l’évidence, du vide et de l’échec. Comme des médecins d’urgence, certains leaders prescrivent une approche palliative et réactionnaire.

S’y juxtaposent les émotions de peur et de tristesse qui se mélangent à une analyse médiatique souvent sensationnaliste, superficielle et spontanée. Le cadre est celui du pathos. La « réponse globale à une menace globale », comme le tonnait encore récemment le président Hollande, est une formule galvaudée qui équivaut à une recrudescence des frappes aériennes et au resserrement de l’appareil sécuritaire. La défense est légitime et nécessaire, tout comme le sont les représailles et la réponse armée. Mais à quelle fin ? Pour vaincre qui ? Une idéologie ? Des fois, souvent, ce type de réponse ne semble répondre qu’au besoin de catharsis de la population.

Après 15 ans de « guerre au terrorisme », force est de constater que non seulement l’approche militariste et sécuritaire ne fonctionne pas, mais qu’au contraire, elle attise le fléau qu’elle prétend combattre. L’approche va-t-en-guerre ne fait qu’amplifier le chaos. La réponse à la violence ne passe pas par plus de violence. Le choix du conflit armé, sans réponses politiques plus profondes qui agiraient en amont, n’est qu’aveu d’échec.

Pompiers pyromanes

Le système international se dérégule et est en surchauffe. De nature impérialiste et capitaliste, il génère les sources de ses propres problèmes, comme le pharmakon qui contient à la fois le poison, le remède et le bouc émissaire, dans ce cas-ci la majorité de la population mondiale et en particulier les plus vulnérables. Pour des millions de personnes, le droit de migrer est plutôt aujourd’hui la chance de fuir les désastres et la violence. Réfugiés des catastrophes, leur périple s’arrête parfois de façon tragique aux portes des pays riches où s’échouent leurs rêves et leur vie. Alan Kurdi, que ta mort nous hante !

Ce système, débridé et totalisant, est dominé par une minorité d’États et leurs oligarchies respectives, qui, apatrides par avarice et par égoïsme, ont comme seul objectif l’accumulation de leurs avoirs. Ces acteurs légitiment, au nom de la stabilité — mais en réalité pour assurer la sauvegarde de leurs propres intérêts — des pouvoirs fantoches et dictatoriaux qui sont pourtant à la source des maux qu’ils prétendent combattre, et ce, au nom de la liberté. En Libye comme en Irak, on récolte aujourd’hui le fruit de ce qui a été semé hier encore. On joue aux pompiers pyromanes.

Des solutions, telle l’aide publique au développement (APD), peuvent atténuer les problèmes du sous-développement. À cet égard, l’APD du Canada, qui doit être de 0,7 % du PIB, est plutôt de 0,25 %. L’annonce budgétaire faite par le gouvernement d’augmenter l’APD est positive. Le Canada peut toutefois « faire plus et mieux », comme l’affirmait Marie-Claude Bibeau, ministre du Développement international. Mais cette aide ne doit pas être permanente. Comme l’est souvent la réponse armée, l’APD sert plutôt à panser les plaies et à atténuer les symptômes de souffrance que génère un système profondément inéquitable. Peut-être nous aide-t-elle aussi à soulager notre conscience collective en ayant l’impression de faire oeuvre utile auprès des plus faibles, mais en réalité pour mieux oblitérer le rapport inégal dont nous jouissons.

D’autres solutions, telles que les programmes de déradicalisation, sont louables et nécessaires, mais là encore, n’est-ce pas trop peu trop tard ?

Le terreau fertile de l’embrigadement

Les jeunes forment la majorité de la ressource des groupes extrémistes. Mais comme le rappelait récemment Edgar Morin, « on ne naît pas fanatique ». Victimes d’une mauvaise intégration, le sentiment de vengeance prend le relais là où le sentiment de participation et d’émancipation fait défaut. La stigmatisation est le trait commun qui structure l’identité sociale et politique des terroristes. Face au constat d’échec et d’exclusion, certains choisissent la violence. Les recruteurs exploitent ces sentiments. Comme une soupape, ce vecteur d’attraction comble un vide que la société n’a pas su combler. L’embrigadement devient le refuge de la peur, de l’incertitude et de l’angoisse qui composent la condition psychique et physique de ces jeunes. Quand on sait que 90 % de la jeunesse mondiale vit dans des pays sous-développés et qu’elle représente le tiers de la population mondiale, on saisit on ne peut plus la mesure des défis qui se posent à nous.

Bien des tensions générées par le système semblent trouver leur origine dans le conflit israélo-palestinien et devant l’absence d’un État palestinien. Plusieurs actes de violence qui frappent le monde aujourd’hui s’y abreuvent. C’est là l’intersection où se croisent les protagonistes de nombreux conflits mondiaux. La prophétie autoréalisatrice de l’Armageddon et de l’apocalypse qui anime certains acteurs au centre de ce conflit ainsi que d’autres, nombreux, qui y gravitent nous fait tous courir vers leur fin du monde.

Il faut s’attaquer aux causes profondes et structurelles du fanatisme. Cela nécessitera toutefois de la part des princes qui nous gouvernent une réelle volonté d’accomplir leur devoir moral envers les futures générations et d’agir selon une éthique que seuls les plus honorables et les plus courageux voudront accomplir. L’Histoire sera marquée par ces hommes et ces femmes qui, comme des phares pour l’humanité, se seront levés pour défendre la dignité humaine.

Acteur influent au sein de la communauté internationale, le Canada saura-t-il jouer un rôle de leadership à la hauteur des défis qui secouent la planète ? Espérons que Justin Trudeau participera à l’amorce de ce changement profond qui s’impose. Espérons que c’est cette intention qui anime la volonté de notre gouvernement de siéger au Conseil de sécurité des Nations unies.

3 commentaires
  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 2 avril 2016 07 h 32

    LA RHÉTORIQUE DU VIDE EN EFFET !

    Après une pseudo-analyse plutôt superficielle du fanatisme, où sont associées des métaphores bibliques et des données de géopolitique, on a droit à une conclusion pleine de "vacuité" si l'on peut dire :"Il faut s’attaquer aux causes profondes et structurelles du fanatisme. Cela nécessitera toutefois de la part des princes qui nous gouvernent une réelle volonté d’accomplir leur devoir moral envers les futures générations et d’agir selon une éthique que seuls les plus honorables et les plus courageux voudront accomplir. L’Histoire sera marquée par ces hommes et ces femmes qui, comme des phares pour l’humanité, se seront levés pour défendre la dignité humaine. " La rhétorique du vide là aussi en action !
    Comment peut-on penser, à moins de croire aux miracles, que la communauté internationale, telle qu'elle est, est le moins du monde prête "à accomplir son devoir moral" ? Faut-il ajouter que, de toute façon et à l'évidence, quand elle agit la morale est le plus souvent le dernier de ses soucis!
    Pierre Leyraud

  • Fernand Laberge - Abonné 2 avril 2016 08 h 29

    La «jeunesse» est un fruit qui ne tombe jamais loin de l'arbre.

    Même l'obtention d'un siège au Conseil de sécurité passe par un lobbyisme aux résultats compromettants (voir les péripéties ayant mené à l'échec précédent du Canada et à l'arrivée de l'Arabie Saoudite au Conseil des droits de l'homme et l'approche délicate qui en résulte en vue de la prochaine sélection).

    Aspect périphérique mais néanmoins significatif de cette relation entre «démocraties» et dictatures dont les intérêts se négocient bien au-dessus des populations, à coup de Légion d'honneur.

    Les «populations» ? Une variable stratégique à sécuriser ou décapiter, selon. Et un rouage économique, consommateur de l'obsolescence programmé et financier d'appoint des hoquets spéculatifs néolibéraux. Religion ? Multiculturalisme ? Intégration ? Pourquoi pas plutôt individualisme ?

    En fait, égocentrisme exacerbé. Oublie-t-on combien de petits terroristes sont issus de la petite délinquance et de grands terroristes de la «grande» mouvance économique, entre autres pétrolière et narco-trafiquante ? Oublie-t-on les «autres» 11 septembre et Rainbow Warriors ? Les règles, Déclaration universelle et autres Conventions, c'est pour les autres. Moi, moi, moi semble-t-on dire unanimement pendant que Homo Sapiens ratatine.

  • Lise Allard - Abonnée 4 avril 2016 09 h 21

    N'oublions pas le rôle de la pression religieuse

    Bravo pour ce texte qui éclaire et pointe dans la bonne direction. Sauf pour un point toutefois, car vous semblez faire un peut court pour expliquer le succès du recrutement en ne mettant en cause que l'exclusion sociale des immigrants reçus en terre occidentale. C'est court et simpliste car c'est faire abstraction des insistantes pressions religieuses présentes dans ces milieux et qui fournissent une grille de lectude fermée à toute perspective d'amélioration. Or, on ne doit pas oublier ce que le recrutement doit à la réthorique fondamentaliste virale en milieu immigré. Il y a la un réseau de pyromanes, de jetteurs d'huile et de souffleurs de braises motivés et supportés par le royaume salafiste d'Arabie saoudiste, notre allié, le cheval de Troie de l'Occident.