Un pionnier généreux et discret

Comme l’ensemble des Québécois, j’ai d’abord connu Jean Bissonnette par vedettes interposées, via la télévision et les émissions de Radio-Canada. Mais c’est bien plus tard que j’ai pu prendre vraiment la mesure de l’apport unique de ce pionnier et visionnaire du petit écran et de l’industrie du spectacle au Québec.

J’ai personnellement fait sa connaissance en 1990 au Musée des beaux-arts de Montréal, alors qu’à titre de conservateur en chef il m’a été donné d’y travailler de concert avec son épouse, Denise Leroux-Bissonnette, responsable du Service des publications. J’ai dès lors pu avoir des échanges aussi nourris que généreux avec Jean, lequel manifesta d’emblée un intérêt aussi soutenu qu’authentique pour mon travail muséal ainsi que pour les arts visuels en général.

Il aura été une grande et belle pointure, un homme foncièrement ouvert aux autres et désireux de servir leurs talents

 

Cet esprit d’ouverture allait plus tard se confirmer quand je devins directeur général du Musée national des beaux-arts du Québec, d’une part au gré d’une présence assidue et de liens étroits avec des artistes en arts visuels, d’autre part à la faveur de gestes de mécénat aussi déterminants que discrets posés de concert avec son épouse Denise. Leur générosité aura eu pour effet qu’aujourd’hui on les retrouve dans la catégorie des Grands Collectionneurs sur le tableau des donateurs du Musée. De façon plus précise, leurs contributions se seront manifestées via des dons d’oeuvres d’art auxquelles sont associés les noms de certains de nos grands artistes. Je pense entre autres à Jean Cartier, Jordi Bonet, Jean McEwen, Simone Aubry-Beaulieu et Jean-Paul Riopelle, sans oublier des artistes de la relève oeuvrant tout particulièrement dans le domaine du verre contemporain. Ce type d’apport, Jean Bissonnette ne l’a jamais crié sur les toits. Il n’a jamais non plus clamé le rôle conseil qu’il a joué auprès des uns et des autres ou encore son travail au chapitre du mentorat.

Jean a été pendant plusieurs années l’un des administrateurs de la Cinémathèque québécoise. Il fut, à compter de 2003, l’un des tout premiers fiduciaires de la Fondation du patrimoine de Gilles Vigneault, une fondation visant à préserver et à mettre en valeur l’univers de l’enfance de cet artiste plus grand que nature. C’est par son entremise que je suis à mon tour devenu fiduciaire et que j’ai eu le privilège d’oeuvrer au sein de cette fondation aux préoccupations identitaires.

Je me permettrai enfin d’ajouter que, sur le plan humain, Jean Bissonnette aura été une grande et belle pointure, un homme foncièrement ouvert aux autres et désireux de servir leurs talents ou d’appuyer leurs initiatives. Tout au long de sa carrière, il aura laissé les feux de la rampe aux autres, lui-même préférant l’ombre des coulisses. Or, pour peu qu’on s’y arrête, son apport se révèle unique et sans commune mesure. Pour tout dire, Jean Bissonnette aura été un homme engagé et généreux, une figure exemplaire dont le parcours créatif n’a pas fini de nous inspirer.