Québécois et Franco-Américains: l’avantage de l’éducation

Les résidents natifs de la Nouvelle-Angleterre dont la langue maternelle était le français auraient profité d’un avantage considérable sur le plan de la scolarité, selon Daniel Parent.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Les résidents natifs de la Nouvelle-Angleterre dont la langue maternelle était le français auraient profité d’un avantage considérable sur le plan de la scolarité, selon Daniel Parent.

Environ un million de Canadiens français ont émigré du Québec vers les États-Unis, et plus particulièrement vers la Nouvelle-Angleterre, entre 1865 et 1930. Cet article cherche à documenter les effets que l’émigration vers les États-Unis a eus sur les descendants des Québécois francophones en matière de scolarité. Je compare les Américains d’origine canadienne-française avec des individus du même âge résidant au Québec en 1971. Cette approche est principalement motivée par le fait que, tandis que le système d’éducation québécois est demeuré pratiquement inchangé jusqu’à la fin des années soixante, les émigrants, et en particulier leurs enfants, pouvaient profiter du système public d’éducation aux États-Unis, beaucoup plus accessible, y compris dans son volet postsecondaire.

J’effectue ensuite le même exercice en comparant cette fois la scolarité des Américains d’origine canadienne-française en 2000 à celle de leurs lointains cousins québécois en 2001, en mettant à profit le « traitement correctif » grâce auquel les nouvelles générations de Québécois ont eu accès à partir de la fin des années soixante à un système public d’éducation alors que le système américain demeurait inchangé. Les résultats sont les suivants : les résidents natifs de la Nouvelle-Angleterre dont la langue maternelle était le français ont profité d’un avantage considérable sur le plan de la scolarité. Plus précisément, ils étaient plus susceptibles d’être inscrits dans un établissement postsecondaire, surtout dans le cas des filles. J’attribue cet écart important de scolarité à l’accès des Franco-Américains au système public d’éducation des États-Unis, qui n’avait pas d’équivalent au Québec jusqu’à la fin des années soixante.

Scolarité plus poussée

En examinant les trente dernières années du XXe siècle, il y a de fortes indications selon lesquelles l’écart s’est résorbé chez les plus jeunes. En fait, contrairement à ce qui s’est passé trente ans plus tôt, les jeunes Québécois en 2001 avaient une scolarité plus poussée et étaient plus susceptibles d’avoir une éducation postsecondaire même partielle, bien qu’ils accusent toujours un retard considérable pour ce qui est de détenir au moins un baccalauréat. Ce renversement partiel reflète l’effet du « traitement correctif » par lequel le Québec a apporté des changements profonds à ses institutions d’enseignement, particulièrement au niveau postsecondaire, au milieu et à la fin des années soixante.

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, un extrait de la revue L’Actualité économique de septembre 2014. L’article intitulé Institutions et scolarité : le cas des francophones au Québec vs. les Américains d’origine canadienne-française par Daniel Parent a gagné le Prix de L’Actualité économique pour le meilleur article publié dans L’Actualité économique entre 2013 et 2015.

Cette étude montre que le relâchement de la contrainte de l’accès à l’éducation a augmenté le niveau d’éducation d’abord des Québécois francophones (et de leurs descendants) ayant choisi d’émigrer en Nouvelle-Angleterre, et ensuite des Québécois francophones eux-mêmes plus tard au XXe siècle suite aux réformes entreprises au système scolaire québécois. Dans le cas des Franco-Américains, la présence dès leur arrivée d’un système public a sûrement joué un rôle très important, quoiqu’il faille être prudent étant donné que l’environnement social américain favorisait en soi l’obtention d’une scolarité plus poussée.

Quant à l’effet substantiel sur la scolarité qu’ait pu avoir l’implantation d’un réseau d’écoles publiques de niveaux secondaire et postsecondaire, s’il est indéniable, il serait hasardeux d’utiliser ces résultats pour justifier le fait que les contraintes d’accès continuent à être telles que, par exemple, toute hausse des droits de scolarité nuirait à la fréquentation scolaire au niveau universitaire. Les réformes des années soixante répondaient à un besoin qui n’est tout simplement plus là aujourd’hui.

 

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2 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 22 mars 2016 06 h 45

    Qui peut croire... ?

    "il serait hasardeux d’utiliser ces résultats pour justifier le fait que les contraintes d’accès continuent à être telles que, par exemple, toute hausse des droits de scolarité nuirait à la fréquentation scolaire au niveau universitaire.", dites-vous doctement Monsieur Parent ?
    Tiens, j'ai brusque envie d'être gentil avec vous et votre conclusion !
    Ne serait-il pas aussi hasardeux de conclure, donc, que ce qui ne nuit pas automatiquement à la fréquentation scolaire au niveau universitaire en aide la chose ?
    Hein ?
    Comme si l'objectif que nous devions nous fixer au Québec était justement de ne pas accroître les connaissances et les compétences de notre jeunesse ?
    Même si le contexte a changé, l'objectif que nous devons nous fixer au Québec est le même que dans les années 60-70 Monsieur. Il est de toujours mieux instruire et éduquer notre population, en commençant à le faire avec les jeunes...
    Voyons-voyons, qui peut croire que d'augmenter les frais d'études aide donc les jeunes (et les moins jeunes) à s'instruire ?
    Monsieur, si vous vous contentez pour notrre peuple du statu quo en cette matière, c'est que vous participez activement à son appauvrissement intellectuel et culturel.
    Tout le monde, Monsieur, doit finir par avoir les moyens financiers de s'instruire au Québec.
    Le talent peut être une limite raisonnable au succès de l'intelligence, cela est compréhensible bien que toujours à combattre par l'amélioration des techniques pédagogiques, mais est à rejeter que le manque d'argent des familles puisse être l'élément limitatif d'étude au Québec pour les Québécois.
    Selon moi, il ne peut y avoir de mesures autres acceptables que celle-là.
    Ce qu'il faut ce n'est pas de ne pas empêcher des jeunes de s'instruire, tant il serait vrai que l'augmentation des frais de scolarité ne le ferait pas automatiquement, ce qu'il faut c'est de permettre à tous les jeunes de le faire.
    Surtout à celles et ceux qui se trouve en situation de vulnérabilité économique.

  • Serge Morin - Inscrit 22 mars 2016 19 h 50

    Confusion

    Ramassez vous un peu , la cohérence de votre texte en manque.
    Dire peu, mais juste.
    Copie à reviser
    C-