Lettres: Fessée et tendresse

Un enfant est turbulent, dérangeant, voire menaçant si on ne l'a pas préparé à faire face à la vie avec ses contraintes, ses lois et ses règles. Pas préparé? Dès l'âge de deux ans, comme disent les juges de la Cour suprême, on peut donner la fessée à un enfant parce qu'il a l'âge de comprendre que ce qu'il fait n'est pas bien. Donc, on peut aussi, dès l'âge de deux ans, avec beaucoup de tendresse et de patience, expliquer tranquillement à un enfant qu'il commence à être responsable de sa vie et qu'il aura toujours à subir les conséquences des mauvais gestes commis dans la colère ou l'emportement. [...]

La Cour suprême a-t-elle eu raison de limiter les recours en justice en fixant «des balises minimales»? Peut-être... Mais la juge Deschamps dit que «l'article 43 perpétue l'idée que les enfants sont des possessions plutôt que des êtres humains et transmet le message que leur intégrité et leur sécurité physiques doivent être sacrifiées à la volonté de leurs père et mère, aussi peu judicieuse soit-elle».

En somme, on tolère la fessée «raisonnable» comme un moindre mal, mais sans exiger en contrepartie un virage essentiel avec la société laxiste et permissive qui ne fournit pas de soutien valable aux parents pour savoir comment instiller tendresse et responsabilité dans le coeur d'un enfant... Et c'est cela qui est criminel.

Si on exige des cours pour le maniement des armes à feu, ne pourrait-on pas, avec nos nombreuses agences familiales, suggérer des cours de maniement de l'article 43 pour encourager les parents à prévenir les situations délicates plutôt que de laisser faire ses petits caprices à l'enfant jusqu'à la venue de l'exaspération qui entraîne des réactions physiques punitives? Je peux frapper sans me faire arrêter, vraiment? [...]

[...] Mais si les parents ont préparé un enfant dès l'âge de deux ans, dans un climat de tendresse, à devenir graduellement responsable de ses actes et de sa vie, ils lui auront fourni les armes indispensables de la sécurité contre la peur, de l'autonomie contre la dépendance et de la fierté contre l'abaissement.