Du fait français en Asie

Une boulangerie dans une rue de Séoul
Photo: Jean-Frédéric Légaré-Tremblay Le Devoir Une boulangerie dans une rue de Séoul

Pour la plupart des francophones, il n’est pas instinctif de concevoir que le fait français puisse exister sur un territoire aussi éloigné que l’Asie. Et pourtant ! Représentant près de deux millions de locuteurs, la francophonie asiatique s’exprime avec une vitalité qui surprend. Au Japon et en Corée du Sud, par exemple, on ne compte plus les enseignes de boutiques et de restaurants qui utilisent le français pour se mettre en valeur, une langue associée au prestige et au luxe. Si l’avenir de la francophonie semble assuré par le développement démographique africain, une stratégie durable devrait cependant inclure le continent asiatique.

Il est sans doute un peu trop tôt pour parler d’un « modèle », mais la formule employée en Asie jusqu’ici semble prometteuse. En 2010, sous l’impulsion de la Délégation générale du Québec à Tokyo — appuyée par le Canada et la France, et qui a suscité l’adhésion de plusieurs ambassadeurs de pays francophones au Japon, un premier Conseil pour la promotion de la francophonie a été créé. L’objectif de ce conseil ? Promouvoir la francophonie et l’usage de la langue française au Japon, une initiative qui s’inscrit parfaitement dans le sillon du soft power de Joseph Nye, théoricien célèbre des relations internationales.

Une entreprise qui fut couronnée de succès puisqu’elle a permis, en 2015, d’envoyer sept jeunes Japonais à Liège, en Belgique, pour y prendre la parole et s’exprimer au sujet du Japon dans la langue de Molière dans le cadre du deuxième Forum mondial de la langue française. Il faut savoir que ce projet a fait l’objet d’une collaboration entre le Conseil pour la promotion de la francophonie et le bureau du premier ministre Japonais Shinzo Abe, qui souhaitait être associé à ce projet. Cette décision du Japon d’aider un groupe de jeunes Japonais à faire connaître leur pays en français représente l’ouverture d’une fenêtre sur la francophonie.

Et l’idée a fait du chemin, depuis 2010. En effet, des ambassadeurs de la francophonie de plusieurs autres pays ont importé le modèle développé au Japon pour valoriser le français sur le territoire où ils servent. C’est le cas notamment en Corée du Sud, où un conseil semblable à celui du Japon a été créé, mais aussi à Jakarta, Hanoï et Bangkok, ce qui consolide un réseau francophone déjà bien établi.

Des valeurs communes

Si la prémisse à l’origine de la création de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est le français, il n’en demeure pas moins que son intérêt dépasse aujourd’hui la question linguistique. La promotion des valeurs telles que la démocratie, la diversité culturelle, l’économie et l’ouverture sur le monde font partie intégrante de sa ligne d’action. En 2016, les pays de la francophonie constituent un espace économique de plus de 7200 milliards de dollars. Il est donc permis de croire que le rôle de l’OIF sur la scène internationale sera appelé à croître dans les années à venir.

Par ailleurs, le Japon sera en 2020 l’hôte des Jeux olympiques. Pour la déléguée générale du Québec à Tokyo et vice-présidente du Conseil pour la promotion de la francophonie à Tokyo, Claire Deronzier, le regard du conseil est actuellement tourné vers cet horizon. Le conseil travaille actuellement à élaborer une stratégie de mise en valeur du français dans les activités et ateliers se déroulant en marge des Jeux olympiques, un événement international qui procurerait au français une vitrine avantageuse.

Un modèle à développer

Non, l’Asie n’est pas l’Afrique. La croissance globale de la langue française ne repose pas sur le Japon, la Corée ou le Vietnam. Mais cela n’exclut pas qu’une véritable stratégie de la francophonie puisse miser davantage sur les actuels locuteurs du français de l’Asie, en y incluant des pays aussi populeux que la Chine, l’Indonésie et l’Inde. La francophonie y a déjà des racines et offre une multitude de raisons de s’y intéresser — que ce soit pour le travail, l’accès à la culture, les voyages et le besoin d’être branché sur les cinq continents.

À cet effet, le modèle des Conseils pour la promotion de la francophonie propose une approche décentralisée, déconcentrée et franchement originale. Il serait intéressant de voir, dans l’avenir, s’ils ne pourraient pas être institutionnalisés davantage, voire subventionnés par l’OIF. Ajustés à la mesure de nos ambitions, ces outils permettraient un rayonnement culturel efficace à peu de frais au bénéfice de cette langue bien vivante qu’est le français.

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2 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 19 mars 2016 05 h 50

    Au fait...

    Monsieur Trempe, au fait, si vous vous êtes aussi penché sur la question, dites-nous SVP si le modèle "déconcentrée et franchement originale" dont vous parlez, ne s'expose pas assez souvent lui-même en anglais à l'international ???
    Comme au Japon, par exemple ?
    Autrement, à tout le moins, acceptez que le doute continue de planer sur mes idées du travail concret de Madame Jean pour valoriser la défense du français par son usage quotidien dans tous les pays où il se pratique.
    Incluant au Québéc et au Canada...
    Bonne fin d'études, Monsieur !

    Et merci républicain pour votre lecture.

  • Carl Grenier - Inscrit 20 mars 2016 09 h 10

    Pas un mot sur l'Indochine...

    À l'occasion d'une mission commerciale que j'avais pilotée au Vietnam en 1991, j'avais constaté que tous les responsables gouvernementaux (communisme oblige!) parlaient couramment le français s'il étaient agés de 50 ans ou plus. Pratiquement tous avaient aussi des souvenirs douloureux (perte d'un membre de la famille, tortures) du régime colonial français (1867-1954, approx.). Les plus jeunes avaient appris l'anglais comme langue seconde, et curieusement, n'avaient que peu de ressentiment contre les États-Unis, et les pertes humaines énormes subies par la guerre (1954-1975) terrible que leur pays avait fini par gagner. Ils souhaitaient même dans une large proportion la normalisation des relations entre les deux pays, ce qui fut fait en 1994 avec la levée de l'embargo américain en 1994. Aller comprendre...