La fin des hommes n’est pas arrivée

Les femmes accèdent certes davantage à l’éducation supérieure que les hommes, mais en dépit de ce fait, elles demeurent largement désavantagées sur le marché de l’emploi.
Photo: Frank Helena Getty Images Les femmes accèdent certes davantage à l’éducation supérieure que les hommes, mais en dépit de ce fait, elles demeurent largement désavantagées sur le marché de l’emploi.

Dans Le Devoir du 15 mars, Gérard Bélanger, professeur d’économie, propose d’élargir le mandat du Conseil du statut de la femme pour y inclure la promotion et la défense des intérêts et droits des hommes. L’auteur suggère, en citant certaines statistiques, que l’amélioration de la condition des femmes au cours des dernières décennies a mené à une « évolution défavorable aux hommes », voire à « la fin des hommes ». En tant qu’hommes proféministes, nous nous inscrivons en faux contre ces propos. Nous croyons que l’avancée des droits des femmes se fait au bénéfice de toutes et de tous, et non au détriment des hommes.

Gérard Bélanger souligne, à juste titre, que la situation des femmes sur le marché du travail et en éducation a connu de grandes avancées. Toutefois, les statistiques qu’il évoque ne dressent en rien un portrait représentatif de l’état de l’égalité des sexes au Québec. Par exemple, les femmes accèdent certes davantage à l’éducation supérieure que les hommes, mais en dépit de ce fait, elles demeurent largement désavantagées sur le marché de l’emploi. À ce titre, M. Bélanger passe notamment sous silence que les hommes sont encore aujourd’hui mieux rémunérés que les femmes pour un même emploi ; qu’ils sont majoritaires dans les sphères de pouvoir ; qu’ils bénéficient de conditions de travail moins précaires ; que des secteurs d’emploi leur demeurent quasi exclusifs ; et que leur environnement les protège largement du sexisme, de la discrimination et du harcèlement dont les femmes sont encore trop souvent les victimes.

Un système discriminatoire

M. Bélanger souligne que la proportion de femmes gagnant plus que leur conjoint a augmenté, s’établissant désormais à 30 %. « Quelle sera-t-elle dans dix ou vingt ans ? » s’inquiète-t-il. Nous espérons qu’elle continuera d’augmenter et nous serions indignés qu’il en soit autrement. Suggérer que l’avancée de la condition des femmes se fasse au détriment des hommes constitue selon nous un plaidoyer implicite pour le maintien d’un système discriminatoire, patriarcal et oppressif qu’il nous faut rejeter. Bien sûr, les hommes souffrent de problèmes qui leur sont propres, mais ceux-ci ne sont pas causés ou aggravés par l’avancée des droits des femmes.

Au-delà des statistiques, il est crucial de reconnaître que l’égalité des droits ne se traduit pas nécessairement par une égalité de faits. L’égalité, en outre entre hommes et femmes, passe également par l’identification et la déconstruction des idées, des normes sociales et des discours qui cantonnent systémiquement certains groupes dans des rôles prédéterminés et qui dictent quels comportements sont acceptables, que ce soit au travail, au sein des ménages ou dans la sphère publique. Il ne suffit pas que les femmes accèdent à l’éducation supérieure en (plus) grand nombre pour que se brisent ces barrières, souvent non écrites, à l’égalité des sexes et qui se traduisent en privilèges systémiques dont les hommes bénéficient au détriment des femmes.

Nous croyons que nous profitons, toutes et tous, d’une société égalitaire. Nous nous réjouissons des progrès des dernières décennies au chapitre de l’égalité entre les hommes et les femmes. Cependant, force est d’admettre qu’il reste encore beaucoup à faire. Laissons le Conseil du statut de la femme, qui y travaille depuis 1973, continuer son mandat.

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7 commentaires
  • Jacques Lamarche - Inscrit 17 mars 2016 06 h 53

    La discrimination est difficile à chiffrer!!!

    En effet, les barrières les plus élevées tiennent à des mentalités, à des attitudes, à des regards, ou encore à une façon de penser qui a inspiré le discours de M. Béanger! De toute évidence, il ne sera pas aisé de les faire tomber!

  • François Beaulé - Abonné 17 mars 2016 07 h 05

    Une égalité à géométrie variable

    Les femmes accèdent à l'enseignement collégial et universitaire en beaucoup plus forte proportion que les hommes. 41 % des femmes ont un diplôme de premier cycle universitaire contre 26 % des hommes. Le taux de chômage des hommes est nettement plus élevé que celui des femmes, un écart de 2 %.

    Mais, selon les auteurs, les femmes « demeurent largement désavantagées sur le marché de l’emploi ». Se pourrait-il que ce ne soient pas des mêmes femmes dont on parle ? Sont-ce les femmes qui ont des diplômes universitaires (41% des femmes) qui sont désavantagées sur le marché de l'emploi ? Ou n'est-ce pas plutôt les femmes sans diplôme d'études supérieures qui auraient des salaires plus bas que ceux des hommes ?

    Autrement dit, c'est bien plus les inégalités sociales que les inégalités entre les sexes qui nous éloignent de la société égalitaire que revendique les auteurs. Eux qui pourtant distinguent l'égalité des droits et l'égalité de faits. Même s'il y a égalité des droits dans le Québec contemporain, dans les faits, les inégalités sociales s'accentuent. Entre les hommes et entre les femmes.

    Dans les faits, les femmes, en moyenne, gagnent moins d'argent que les hommes, en moyenne. Dans les faits, les hommes sont beaucoup moins nombreux à posséder un diplôme universitaire. Selon les auteurs, le premier fait est intolérable. Alors que le deuxième fait n'aurait que peu d'importance. Les auteurs nagent dans l'idéologie féministe et ils ont perdu la notion objective de l'égalité.

    • Hélène Paulette - Abonnée 17 mars 2016 09 h 12

      Et pourquoi, monsieur Beaulé, les hommes ont-ils moins de diplômes universitaires que les femmes? Serait-ce qu'ils en ont moins besoin pour accéder à un salaire supérueur?

  • Jean-Pierre Gagnon - Abonné 17 mars 2016 08 h 42

    La cause des hommes

    Beaucoup de mots mais peu de faits dans ce texte...

    Voici quelques faits qui affectent très majoritairement les hommes du Québec: plus de 1000 suicides par année, individus sans-abris, décrochage scolaire, accidentés graves du travail, absence d'organismes d'aide pères-enfants victimes de violence conjugale, violence statistiquement égale à celle subie par les femmes, taux de violence confirmée par les enquêtes sociales impartiales de Statistique Canada. Enquêtes malheureusement ignorées par nos décideurs politiques et sociaux...

    Une société qui fait exprès pour ignorer ces faits établis par des enquêtes sérieuses et qui parle d'égalité des sexes se prépare des lendemains humains problématiques...

  • André Mutin - Abonné 17 mars 2016 10 h 34

    En effet ils nagent !

    « Les auteurs nagent dans l'idéologie féministe et ils ont perdu la notion objective de l'égalité. »

    Monsieur Beaulé, je suis entièrement de votre avis mais je n’ai pas les capacités de l’exposer comme vous le faite si bien.

    Merci

  • Raynald Richer - Abonné 17 mars 2016 12 h 39

    Égalitariste ? (1/2)

    Plutôt que nous énoncer simplement des résultats parfois surprenants, les statistiques féministes gagneraient sûrement en crédibilité s’ils présentaient les méthodes et les calculs qui ont servi pour les établir.

    Il est indéniable que le féminisme a contribué à l’évolution d’une société plus égalitaire. Et que tous, homme et femmes, en ont profité et en profitent encore aujourd’hui. De même qu’il est aussi indéniable que malgré les grands progrès accomplis, il reste encore du chemin à faire et des combats à mener pour les femmes.

    Mais il est aussi évident que les hommes d’aujourd’hui vivent des problèmes qui leur sont propres et qui ne sont pas adressés dans le cadre du féminisme. Et il est important que l’on s’en occupe et que l’on cherche des solutions à ces problèmes. Tous y gagneront.

    S’il existe plusieurs courants féministes et tous sont d’accord pour dire que le but du féminisme est de défendre l’intérêt des femmes. Ce qui est parfaitement correct et justifié.
    Prétendre que le féministe se préoccupe des problèmes spécifiques des hommes est un non-sens. Ce n’est pas leurs mandats et c’est très bien ainsi.

    Personnellement, je partage beaucoup des préoccupations des féministes même si je ne partage pas toujours leur grille d’analyse et je ne suis pas féministe. Je partage aussi certaines préoccupations des masculinistes, je ne partage pas non plus entièrement leur grille d’analyse et je ne suis pas masculiniste.