Pour un élargissement du mandat du CSF


La médecine est un secteur où la féminisation des effectifs fut rapide.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La médecine est un secteur où la féminisation des effectifs fut rapide.

Le présent texte offre quelques données sur l’amélioration de la position relative des femmes. Comme tout phénomène démographique, les effets se font sentir progressivement, mais ceux-là demeurent bien réels. Arrivé à la dernière étape de la vie, je suis bien placé pour en juger toute l’importance.

Au milieu des années 1960, l’expression « Qui prend mari, prend pays » était courante. Aujourd’hui, cette expression susciterait à tout le moins la risée. D’ailleurs, le mariage est devenu une institution minoritaire : seulement 27 % des hommes et 30 % des femmes se marieraient avant 50 ans si les taux de nuptialité de 2014 se poursuivaient. Au reste, les indicateurs du progrès relatif des femmes sont nombreux. Il est utile d’en donner des illustrations.

La féminisation de la médecine et le succès relatif des femmes en éducation

La médecine est un secteur où la féminisation des effectifs fut rapide. En 1979, un médecin sur neuf au Québec était une femme contre près de la moitié, soit 46 %, en 2014. La situation est encore plus marquée pour les médecins âgés de moins de 40 ans : les femmes médecins représentent 63 % des effectifs.

La publication Indicateurs de l’éducation (édition 2013) fournit de nombreuses données sur les importants progrès, ou mieux, la domination relative des femmes dans les apprentissages en éducation, et cela, depuis de nombreuses années. En voici trois extraits :

Sur l’obtention des diplômes universitaires : « Quant à l’obtention d’un baccalauréat, la situation relative des sexes s’est modifiée profondément depuis 1976, alors que le taux d’obtention d’un baccalauréat était de 13,1 % chez les femmes et de 16,7 % chez les hommes. C’est en 1983 que les taux des deux groupes se sont rejoints. Depuis ce temps, la progression s’est poursuivie à l’avantage des femmes et, en 2011, les taux atteignaient 40,8 % chez les femmes et 25,9 % chez les hommes. Les gains chez les femmes, depuis 1976, sont donc de 27,7 points, contre 9,2 points chez les hommes. » (p. 114)

Sur l’accès aux études collégiales : « En 2011-2012, la proportion de jeunes Québécois et Québécoises qui atteignaient l’enseignement ordinaire au collégial se situait à 63,9 %. L’accès à l’enseignement collégial ordinaire a donc connu une hausse de 24,6 points depuis 1975-1976. […] L’écart n’a cessé de se creuser entre les femmes et les hommes depuis le milieu des années 1970, pour atteindre 17,8 points en faveur des femmes en 2011-2012 alors qu’il était inférieur à 1 point en 1975-1976. » (p. 60)

Sur le décrochage scolaire au secondaire : « Le décrochage annuel en formation générale des jeunes est plus élevé chez les garçons que chez les filles. En 2010-2011, le taux annuel de décrochage s’élève à 20,1 % pour les garçons, comparativement à 12,6 % pour les filles. Il s’agit donc d’un écart de 7,5 points. » (p. 58)

La société privilégie le savoir. Grâce à la machinerie et à l’équipement, la force humaine brute est de moins en moins importante. La production des biens exige peu de main-d’oeuvre sur le plancher. Dans le passé, les gens étaient payés pour brûler des calories ; aujourd’hui, ils doivent au contraire dépenser de l’argent pour le faire. Dans toutes les activités, le capital humain prend de plus en plus de place et la performance relative des femmes en éducation les favorise.

Le taux de chômage selon le sexe

La détérioration de la situation relative des hommes se reflète aussi dans les taux de chômage. La situation se résume ainsi : avant 1982, le taux de chômage des femmes dépassait appréciablement celui des hommes pour être assez comparable entre 1982 et 1991. Depuis cette date, le taux de chômage des hommes est plus élevé que celui des femmes et l’écart est substantiel : entre 2008 et 2015, l’écart moyen a été de 2,1 unités de pourcentage par rapport à un taux moyen de chômage pour les femmes de 6,7 %.

En somme, les données ne mentent pas : l’avenir favorise le sexe féminin même si les femmes continuent de consacrer plus de temps aux enfants. Les effets se produisent sur une longue période à mesure que les générations vieillissent ou disparaissent. Au Canada, en 1976, environ 12 % des femmes dans les familles comptant deux soutiens gagnaient plus que leur conjoint. En 2011, cette proportion avait augmenté de 150 %, atteignant 30 %. Quelle sera-t-elle dans dix ou vingt ans ?

Cette évolution défavorable aux hommes pourrait même être qualifiée par certains de « la fin des hommes ». Ne justifierait-elle pas d’étendre le mandat du Conseil du statut de la femme pour qu’il devienne dorénavant le Conseil du statut de la femme et du statut de l’homme ? Bref, de l’égalité des sexes.

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4 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 15 mars 2016 08 h 02

    La domination des femmes sur le discours public

    C'est la première fois que je lis un texte exposant la position d'infériorité des hommes relativement jeunes par rapport aux femmes. Je m'étonne de constater à quel point les économistes et sociologues se sont abstenus jusqu'à aujourd'hui de brosser un tel tableau réaliste de la situation des hommes de moins de 45 ans.

    Cette auto-censure des universitaires n'est-elle pas l'expression d'une domination des femmes sur le discours universitaire, voire sur l'ensemble du discours public ?

    • Jean-Pierre Gagnon - Abonné 15 mars 2016 11 h 00

      La domination des organismes féministes grassement subventionnés à mon avis. Ces organismes profitent d'une immunité totale dans les médias. Malheur à celui qui oserait dénoncer leurs dérapages idéologiques!

      Le Conseil du statut de la femme coûte environ 5 miilions $ par année aux contribuables alors que les itinérants masculins de la rue ont de la misère à se trouver un endroit pour dormir la nuit. Des centaines d'organismes féministes grassement subventionnés par contre.

      Plus de 1000 suicides au masculin par année... Qui se préoccupe de ce fléau? Combien d'organismes pour venir en aide aux gars en difficulté? Faites le test et allez sur le site du gouvernement du Québec... Tapez "femmes" puis tapez "hommes"...

  • Serge Simard - Abonné 15 mars 2016 11 h 17

    La domination des femmes sur le discours public

    Très simpliste comme analyse. D'abord, que les femmes aient eu à se battre pour avoir accès à l'éducation est une aberration en soi. Les hommes n'ont pas eu à faire de lutte pour avoir le droit de vote, le droit de travailler, le droit d'être éduqué. Il reste encore plusieurs combats à faire pour avoir l'équité entre les hommes et les femmes dont la présence des femmes dans les postes de décisions notamment en politique, l'équité au niveau de mesures fiscales, etc. Pour ce qui est de l'équité salariale, et bien que maintenant des femmes gagnent un salaire plus élevé que les hommes, il n'en demeure pas moins que le salaire moyen des femmes est encore environ à 70 % de celui des hommes. Bref il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre l'égalité. Pour ce qui est de l'éducation, les hommes ont les mêmes droits que les femmes Ils ont les mêmes droits au travail également. Et s'il existe encore des inégalités dans ces domaines elles le sont entre les hommes eux-mêmes et entre les femmes elle-mêmes. Tous ne naissent pas égaux et ne réussissent pas de la même façon. Ce n'est pas une question de sexe. Est-ce une forme de discrimination? peut-être? mais ce n'est une discrimination entre les sexes. Enfin rappelons que le Conseil du statut de la femme vise l'égalité entre les hommes et les femmes, l'égalité entre les femmes, bref l'égalité pour toutes et tous. Rappelons également que tous les avancés qui ont été fait suite aux revendictions des femmes ont été bénéfiques pour toute la population.

    • Jean-Pierre Gagnon - Abonné 15 mars 2016 12 h 49

      Veuillez me donner la source crédible et impartiale qui démontre que les femmes gagnent 70% du salaire des hommes tout en consacrant autant d'heures de travail...