Langue française au Québec: juste deux mots…

Dans les rues de Montréal, plusieurs commerçants contreviennent aux règlements sur l’affichage prévu par la loi 101.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Dans les rues de Montréal, plusieurs commerçants contreviennent aux règlements sur l’affichage prévu par la loi 101.

Il y a quelques jours, au Téléjournal de la SRC, un journaliste nous informe qu’une coiffeuse d’un arrondissement massivement francophone de Sherbrooke, a ouvert un commerce et fait inscrire en gros « Barber Shop » sur sa vitrine avant. Quelques semaines plus tard, elle reçoit la visite d’une représentante de l’Office québécois de la langue française.

Le journaliste nous présente le sujet : « Lorsqu’on reçoit la visite d’un inspecteur de l’OQLF, on retient son souffle. » (Ah bon ! Comme si on se sentait coupable de quelque chose ?) On nous montre ensuite la coiffeuse en question qui ajoute : « C’est juste deux mots ! » On nous présente ensuite la propriétaire d’un restaurant voisin dont le commerce est sous-titré « Steak and Eggs ». Encore juste deux mots…

La suite du reportage joue sur l’aspect légal en lien avec les règlements sur l’affichage prévus par la loi 101 et nous apprend que les deux propriétaires citées ont finalement été innocentées, le tout s’étant avéré conforme à la loi.

Dès lors, la question que je me pose est la suivante : quelle est la signification de cette propension à vouloir nommer les choses en anglais : « Barber Shop » au lieu de « Barbier »… Pour un nombre grandissant de francophones, il semble que ce soit plus prestigieux et plus puissant de le dire en anglais. Même la France n’y échappe pas.

Quand on constate que les citoyens du Québec s’abreuvent et se lavent le cerveau avec le rêve américain, virtuel et illusoire, on se dit que la partie est inégale et qu’il faudrait résister et se battre. Mais j’entends plusieurs s’écrier : « Qu’ossa donne ? » Il semble que, depuis de nombreuses années, les chaînes de télévision et tous les autres médias anglophones jouent un rôle d’acculturation et, éventuellement, d’assimilation des francophones au Québec, comme cela est arrivé partout ailleurs en Amérique du Nord. Il semble que la Société Radio-Canada prend la même direction. Dans ce reportage, on semble suggérer qu’il ne faudrait peut-être pas harceler les honnêtes gens pour si peu : après tout, c’est juste deux mots.

Dans à peu près toutes les émissions à la radio de la SRC, il se glisse dans la bouche des animateurs, quotidiennement et à toutes les sauces, des termes anglophones. Je trouve cette tendance plutôt antipédagogique. L’oeuvre de colonisation linguistique suit son cours et ceux qui devraient être nos alliés, nos promoteurs et nos défenseurs contribuent plutôt à l’accélération du processus.

À la toute fin du reportage, une anglophone de l’arrondissement mixte de Lennoxville commente en souriant un immense panneau qui identifie un commerce : Hatley Factory Outlet : « Ça ne me dérange pas si c’est en anglais ! »

Comme dirait Bernard Émond : « Il convient de se rappeler que les peuples ne meurent pas deux fois. La première fois est la bonne. Un peuple peut survivre à des siècles de défaites et de répression, mais il ne peut pas survivre à sa propre indifférence. »

17 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 9 mars 2016 03 h 31

    Seulement deux mots pour...

    L'indifférence de certains des nôtres dans la bourasque linguistique est déjà une complicité de leur part.
    Une complicité voulue et affirmée, pour le plus petit nombre, ou une complicité involontaire, pour le plus grand nombre, venant de la même molle indolence commerciale qui pousse nos sociétés à consommer sans réfléchir.
    Mais vivre n'est banal que pour celles et ceux qui ignorent la valeur de la vie elle-même. Eux qui ne savent donner à leur angoisse existentielle de la fragilité et de la brièveté de l'existence, qu'une réponse riante en forme d'exaltation.
    Exaltation narcissique du ratatissement égocentrique et donc, le plus souvent, d'une exultation consumériste auto-gratifiante.
    L'attentisme politique historique d'une part importante de notre peuple a pour conséquence actuelle que plus que jamais auparavant, l'avenir en français du Québec repose sur l'émergence définitive d'un courage culturel généralisé et manifeste de notre population.
    Les fédéraillistes jouent dorénavant si bien leur partition d'endormissement au Québec, qu'aucune autre avenue politique que celle de la cristallisation volontaire de notre détermination, dans un processus partagé exigeant de courage de tous devant la mort culturelle, n'est plus envisageable pour nous.
    Le temps de l'héroïsme est à la porte de notre peuple.
    Comme individus, pour respecter l'esprit de nos Ainés et donner leur part d'héritage à nos descendants, sommes-nous de celles et ceux qui se présentent au rendez-vous ?
    Ou bien sommes-nous médiocrement de ces gens qui parmi nous, ont déjà perdu le nord en ignorant ou pire en méprisant, le sens de leur propre place en Amérique ?
    La réponse est en chacun-chacune de nous.

    Merci de votre lecture.
    Et Vive le Québec libre !

  • Hélèyne D'Aigle - Inscrite 9 mars 2016 04 h 51

    " Même débat en ACADIE ! "



    " Ainsi, au Nouveau - Brunswick , si on se contente

    de revendiquer collectivement une égalité linguistique sans au préalable

    assumer individuellement cette réalité, on va devoir revendiquer longtemps ,

    comme en font foi les revendications des francophones qui durent depuis

    des siécles. " ( Rino Morin-Rossignol de l' Acadie Nouvelle -09/03/16)


    Être fier et cohérent de qu'on est, serait de mise ? !

  • Hélèyne D'Aigle - Inscrite 9 mars 2016 05 h 49

    " Même débat en ACADIE ! "

  • Michel Thériault - Abonné 9 mars 2016 07 h 23

    Juste deux mots...

    "Merci beaucoup" monsieur Marcoux.

  • Claude Bariteau - Abonné 9 mars 2016 08 h 02

    La survie est une agonie, pas un combat.

    Vous citez Bernard Émond pour qui un peuple ne meurt qu'une fois. Mais mort, l'est-il vraiment s'il peut survivre. S'il peut survivre, c'est qu'il n'est pas mort, mais en agonie. Et, en agonie, la mort est à l'horizon.

    Mais de quel peuple s'agit-il au juste ? Pour Émond, ce n'est pas le peuple québécois mais le peuple défini Canadiens par les Britanniques en 1760, en 1836, puis Canadiens-français après 1840 jusqu'en 1970.

    C'est ce peuple en agonie que la mort attend, que le PLC entend maintenir en vie, car il en a grand besoin, aussi le PLQ, car, sans lui, ces partis risquent de perdre pied.

    Il y a par contre un autre peuple, celui qui s'exprime depuis 1970 et aujourd'hui en se cherchant comme peuple non pas dans celui qui agonise mais en s'exprimant autrement.

    Il le fait toutefois sans trop savoir comment faire dans presque tous les domaines. Ses problèmes ne proviennent pas institutions comme Radio-Canada qui contribuent autant à l'agonie qu'à sa survie des Canadiens-français en leur injectant des antidotes de qualité médiocre parce que les injecteurs s'en nourrissent et envisagent ainsi survivre.

    Ses problèmes découlent du fait que ces Québécois, qui disent l'être à 70 % et plus, ne sont pas arrivés à se définir en combattant. Ils ne sont pas morts. Ils sont vivants mais ne savent pas trop comment se battre pour exister au Québec, divisés qu'ils sont en allégeances politiques diverses ou sans allégeance politique, celles présentes ne leur convenant pas.

    C'est ça qui explique l'utilisation qu'ils font de la langue française. Tous les jours j'entends, comme vous, les termes anglais auxquels ils recourent.

    Que signifie leurs recours ? J'en suis arrivé à la conclusion qu'ils témoignent d'un refus de prendre la voie de l'agonie et d'une recherche d'une autre voie, celle qui bouillonne, pour laquelle ils se mobiliseraient si elle devenait une voie de combat pour affirmer au Québec le peuple qui s'agite.

    • Alexis Richard - Abonné 9 mars 2016 10 h 21

      Bonjour M. Bariteau. Agonie vient du grec "agôn", qui signifie lutte, combat, joute, affrontement.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 mars 2016 12 h 51


      Monsieur Richard, « agôn », terme grec, qui a sens de combat, a engendré « agônia » qui signifie « lutte contre la mort », celle à laquelle réfère le Larousse pour qui « agonie » est un état précédant la mort où « l’organisme peut paraître lutter pour demeurer en vie ».

      En quelue sorte, c'est le dernier combat avant la mort et non le combat pour la vie qui bouillonne chez les « Québécois ».